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UNE ŒUVRE EN DÉTAILS

« Le Cri » d’Edvard Munch : un chef-d’œuvre à l’universalité stupéfiante

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Publié le , mis à jour le
Véritable icône de l’histoire de l’art, Le Cri d’Edvard Munch s’est imposé comme la représentation universelle de l’angoisse existentielle. Décliné en cinq versions entre 1893 et 1917, ce chef-d’œuvre frappe par sa profonde expressivité, ses lignes de fuite tourmentées et ses couleurs qui semblent irréelles. Rendez-vous sans attendre sur les rives du fjord d’Oslo pour un grand plongeon dans les méandres de l’âme humaine…
Edvard Munch, Le Cri (détail)
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Edvard Munch, Le Cri (détail), 1893

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Un chef-d’œuvre autobiographique

22 janvier 1892. Dans son journal intime, Edvard Munch écrit : « Je marchais le long de la route avec deux amis – soudain, le soleil s’est couché – le ciel est devenu brusquement du sang et j’ai ressenti le grand cri de la nature » Quelques mois plus tard, probablement inspiré par cet épisode, l’artiste se lance dans la réalisation de ce qui deviendra son plus célèbre tableau, Le Cri. À cette époque, Munch est déjà un peintre reconnu qui a voyagé à travers toute l’Europe, notamment à Paris où il s’est lié avec les avant-gardes. Il est aussi un artiste sulfureux, régulièrement critiqué pour ses œuvres où règne une profonde tension psychologique, et souvent inspirées de sa propre vie ponctuée de drames.

Tempera et pastel • 91 × 73,5 cm • Coll. Nasjonalmuseet, Oslo

Edvard Munch, Le Cri
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Edvard Munch, Le Cri, 1893

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Angoisse universelle

Une silhouette androgyne et émaciée paraît aspirée par un puissant tourbillon sombre, qui s’élève tel un panache de fumée dans un ciel de feu. Tandis que de sa bouche semble sortir un cri d’outre-tombe, celle-ci plante son regard ahuri dans celui du spectateur en se couvrant les oreilles avec ses mains. D’après l’historien de l’art américain Robert Rosenblum, les traits de ce visage saisi d’effroi seraient inspirés d’une momie chachapoya (un peuple précolombien des Andes péruviennes), que le peintre aurait découverte lors d’une visite de l’Exposition universelle de 1889 à Paris. Cette figure énigmatique qui ondule tel un fantôme incarne les névroses de l’esprit fin-de-siècle, dont Munch fut l’un des importants représentants en peinture. Aujourd’hui encore, l’écho de ce Cri résonne : chacun peut projeter sur ce morbide personnage ses propres angoisses.

Tempera et pastel • 91 × 73,5 cm • Coll. Nasjonalmuseet, Oslo

Edvard Munch, Le Cri (détail)
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Edvard Munch, Le Cri (détail), 1893

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Paysage intérieur

Difficile de reconnaître le paisible fjord d’Oslo… Sous les pinceaux du peintre, le panorama se transforme en paysage tumultueux qui se fait l’écho de ses propres tourments. Rouge, orange, bleu : ici, les couleurs sont moins le reflet de la réalité que la traduction sur la toile des états d’âme de l’artiste. En totale rupture avec les paysages naturalistes du XIXe, Edvard Munch annonce les grandes révolutions artistiques du siècle suivant, en particulier celle de l’expressionnisme qui émergera dix ans plus tard.

Tempera et pastel • 91 × 73,5 cm • Coll. Nasjonalmuseet, Oslo

Edvard Munch, Le Cri (détail)
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Edvard Munch, Le Cri (détail), 1893

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Mystérieux nuages

Icône de l’art moderne, le Cri a aussi fait l’objet de nombreuses spéculations scientifiques. Qu’est-ce qui aurait pu inspirer à Edvard Munch ces ondulations colorées dans le ciel ? Les chercheurs ont longtemps pensé que le peintre avait été marqué par la spectaculaire éruption d’un volcan indonésien, dont les nuages de cendres et de lave avaient alors pu être observés jusqu’en Norvège. En 2017, Helene Muri, chercheuse à l’Université d’Oslo, avançait quant à elle qu’il s’agirait plutôt de nuages nacrés, un phénomène météorologique observé surtout en hiver dans la région des pôles et lors duquel le ciel se teinte d’iridescences à la beauté envoûtante.

Tempera et pastel • 91 × 73,5 cm • Coll. Nasjonalmuseet, Oslo

Edvard Munch, Le Cri (détail)
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Edvard Munch, Le Cri (détail), 1893

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Perspective bouchée

La composition de l’œuvre s’organise de part et d’autre d’une rambarde, qui semble s’étirer à l’infini, comme aspirée par un vortex. L’œil ne peut s’échapper du cadre : il est retenu, à l’arrière-plan, par deux silhouettes sombres à peine esquissées, qui ne semblent guère prêter attention au spectacle dramatique qui est en train de se jouer. Loin d’être rassurante, leur présence renforce la solitude du personnage principal, et donc l’atmosphère oppressante qui se dégage du tableau.

Tempera et pastel • 91 × 73,5 cm • Coll. Nasjonalmuseet, Oslo

À gauche, “Le Cri” d’Edvard Munch, 1893. À droite, l’affiche de film “Scream” de Wes Craven, 1996
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À gauche, “Le Cri” d’Edvard Munch, 1893. À droite, l’affiche de film “Scream” de Wes Craven, 1996

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Une icône maintes fois détournée

Comme la Joconde de Léonard de Vinci ou American Gothic de Grant Wood, Le Cri a maintes fois été détourné par la publicité et trouve un écho particulier dans la pop culture, en particulier dans le cinéma. En témoignent le personnage de Ghostface, mythique tueur en série de la saga Scream ou encore l’affiche du film Maman, j’ai raté l’avion. L’œuvre a aussi inspiré l’incontournable émoji utilisé aux quatre coins du monde pour manifester sa stupeur : 😱. Preuve, encore, de son universalité à travers les âges !

Retrouvez dans l’Encyclo : Edvard Munch

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