L’invention de la perspective, l’inauguration du musée du Louvre, la première exposition impressionniste : tous ces événements se sont imposés comme des moments majeurs dans la (très longue) chronologie de l’art occidental.
Après les 15 livres incontournables en histoire de l’art, voici les dix dates clés à connaître absolument, des grandes inventions qui ont bouleversé notre rapport au monde et sa représentation en passant par l’éclosion de mouvements révolutionnaires. Prêts pour un voyage dans le temps ?
Si l’on décèle, dès le XIVe siècle, une tentative d’effet de profondeur dans l’œuvre de Giotto, il faudra attendre près d’un siècle avant que l’architecte Filippo Brunelleschi (1377–1446), autodidacte passionné de géométrie à qui l’on doit aussi le Duomo de Florence, ne mette au point un procédé inédit (et révolutionnaire) pour représenter le monde tout en respectant les rapports de proportion : la perspective ! Sa découverte marquera le renouveau de l’art italien du Quattrocento. Dès lors, nombreux sont les artistes à lui emboîter le pas, à commencer par le peintre Masaccio et le sculpteur Donatello sans oublier Piero della Francesca, également auteur du traité De la perspective en peinture (vers 1475).
Piero della Francesca, La Flagellation du Christ, 1455
Tempera sur bois • 59 × 82 cm • Galleria nazionale delle Marche, Urbino • © Photo Scala, Florence / courtesy Ministero Beni e Att. Culturali e del Turismo
Chef-d’œuvre de tous les superlatifs, les fresques de la chapelle Sixtine incarnent la quintessence de l’art de la Renaissance. En témoignent les illustres noms qui y ont œuvré : Botticelli, Le Perugin, Ghirlandaio et bien sûr Michel-Ange qui déploiera toute l’envergure de son talent sur près de 800 m2 ! Quatre ans de dur labeur seront nécessaires au génie de la Renaissance pour parachever son grand œuvre : la réalisation du plafond et de la célèbre fresque du Jugement dernier.
La Chapelle Sixtine de Michel-Ange et le « Jugement dernier »
© Jon Arnold Images / hemis
Dix ans : c’est l’âge auquel Louis XIV a signé l’acte de création de l’Académie royale de peinture et de sculpture, en 1648 ! Initiée par un groupe de peintres réunis autour de Charles Le Brun, sa création mit fin à l’hégémonie de la corporation de l’Académie de Saint-Luc, qui jouissait depuis sa fondation au XIVe siècle du monopole de la marchandise des peintures et sculptures. Cette nouvelle institution d’État, qui a régné sur les arts jusqu’en 1793, a permis aux artistes d’asseoir leur statut.
Nicolas Loir, Allégorie de la fondation de l’Académie royale de peinture et de sculpture, 1666
Coll. musée du château de
Ancêtre du musée du Louvre, le Museum central des arts de la République est une création de la Révolution. Inauguré le 10 août 1793 dans l’ancien palais royal, il renferme alors les collections royales, mais aussi les œuvres confisquées au clergé et aux nobles ayant fui à l’étranger. Le 18 novembre de la même année, le Museum ouvre ses portes au public. 230 ans plus tard, il s’est imposé comme le musée le plus visité au monde !
Hubert Robert, Projet d’aménagement de la Grande Galerie du Louvre en 1796, 1796
Huile sur toile • 1.12 × 1.43 m • Musée du Louvre, Paris • Coll. musée du Louvre, Paris / © RMN-Grand Palais / Photo Jean-Gilles Berizzi
C’est Nicéphore Niépce qui découvre, vers 1824, l’héliographie – soit le premier procédé photographique. À la mort de ce dernier, Louis Daguerre, son associé, poursuit ses recherches. Il met alors au point le daguerréotype, qui est présenté par le député et scientifique François Arago à l’Académie des sciences le 7 janvier 1839. Si le succès de ce nouveau procédé est immédiat, il se trouve vite supplanté en 1851 par le collodion humide, puis par l’instantané de Kodak à partir de 1888.
Alphonse Giroux, Appareil à daguerréotype, 1839
National Media Museum, Bradford, West Yorkshire • © Bridgeman Images
Le 15 avril 1874, dans l’atelier de Félix Nadar, une trentaine de peintres, parmi lesquels Claude Monet, Berthe Morisot, Auguste Renoir, Eugène Boudin, exposent leurs tableaux. Graveur et critique officiant dans les pages du journal satirique Le Charivari, Louis Leroy tourne alors en dérision ce groupe d’artistes qu’il nomme de façon péjorative les « impressionnistes ». Une référence moqueuse au célèbre Impression, soleil levant de Monet, considéré comme fondateur du mouvement.
Claude Monet, Impression soleil levant, 1872
Huile sur toile • 48 × 63 cm • Coll. Musée Marmottan Monet, Paris • © Musée Marmottan Monet, Paris / Bridgeman Images
Influencés par l’œuvre de Paul Cézanne, Pablo Picasso et Georges Braque se mettent en quête d’une nouvelle manière de représenter le réel. En 1907, ils développent une nouvelle esthétique, non plus mimétique mais géométrique – en témoigne le célèbre tableau de Picasso, Les Demoiselles d’Avignon, peint la même année. Sur leurs toiles, les formes se démultiplient, comme autant de petits cubes aux multiples facettes. Ce qui inspirera à Henri Matisse le terme « cubisme », qu’il prononce pour la première fois en 1908.
Pablo Picasso, Les Demoiselles d’Avignon, 1906–1907
Huile sur toile • 243,9 × 233,7 cm • Coll. Museum of Modern Art, New York • © Scala, Florence, 2017 / © Succession Picasso 2018
L’année 1913 marque un tournant majeur dans l’œuvre de Vassily Kandinsky et dans l’histoire de la peinture. Considérant que l’art exprime « une nécessité intérieure », l’artiste, créateur en outre du Blaue Reiter, tourne définitivement le dos à la figuration. Il s’impose ainsi comme le pionnier d’une abstraction radicale et spontanée, qu’il a théorisée un an plus tôt dans son essai devenu célèbre Du spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier. Néanmoins, sa paternité est aujourd’hui contestée, certains spécialistes affirmant que la Suédoise Hilma af Klint serait la véritable précurseuse de l’art abstrait.
Vassily Kandinsky, Avec l’arc noir, 1912
Huile sur toile • 188 × 196 cm • Coll. Musée national d’art moderne, Paris • © Photo Josse/Leemage
C’est l’un des scandales les plus célèbres de l’histoire de l’art. En 1917, Marcel Duchamp s’empare d’un vulgaire urinoir en faïence blanche qu’il place à l’envers et signe « R. Mutt », avant de l’envoyer à la Société des artistes indépendants de New York. Ainsi est né le ready-made, qui consiste à dissocier un objet manufacturé de sa fonction initiale pour en faire une œuvre d’art. Fontaine marque pour certains historiens la naissance de l’art contemporain.
Marcel Duchamp, Fontaine (urinoir), 1917–1964
Céramique • 36 × 48 × 61 cm • Coll. The Israel Museum, Jérusalem • © Bridgeman images / © Adagp, Paris 2018
450 millions de dollars : c’est pour cette coquette somme (commission comprise) que s’est envolé le Salvator Mundi, tableau exécuté vers 1500 et attribué à Léonard de Vinci. Cette vente de tous les records s’est déroulée le 15 novembre 2017 chez Christie’s à New York, devant une salle comble : en à peine une vingtaine de minutes, l’œuvre, acquise par Mohammed ben Salmane, prince héritier d’Arabie saoudite, est devenue la plus chère de tous les temps ! Ce malgré les doutes qui, aujourd’hui encore, planent sur son authenticité…
Léonard de Vinci, Salvator Mundi (« Le Sauveur du Monde »), vers 1500
Huile sur bois • 66 × 45 cm • Coll. Louvre Abu Dhabi
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