Vassily Kandinsky, Fuga (Fugue), 1914
Huile sur toile • 129.5 x 129.5 cm • Coll. Fondation Beyeler, Riehen/ Bâle • © Fondation Beyeler, Riehen/ Bâle
Vous avez les poils qui se hérissent ? Il suffit de visiter un musée pour en faire l’expérience : la contemplation d’œuvres d’art suscite la joie ou la mélancolie. Comme lorsque vous écoutez votre morceau de musique préféré ! Mais comment une image muette peut-elle faire ressentir ce que la musique insuffle en quelques notes ?
Réponse par la science ! Grâce à l’imagerie cérébrale et de récentes études menées par des chercheurs, on comprend mieux comment un tableau ou une installation immersive peut, de la même manière que la musique, transformer nos états d’âme et avoir des effets sur notre bien-être.
Admirer des tableaux, des sculptures, un dessin, tout comme écouter de la musique, active notre système limbique, le siège de nos émotions. À la vue d’une œuvre marquante, sont ainsi sollicités le cortex cingulaire antérieur, qui ressemble à un collier s’enroulant autour du corps calleux, et le cortex préfrontal, impliqué dans le langage, la prise de décision, la mémoire et la réflexion critique. La contemplation d’œuvres d’art stimule non seulement ces régions, mais augmente la connectivité fonctionnelle du cerveau, facilitant la flexibilité mentale et le traitement de sentiments complexes.
Piet Mondrian, Broadway Boogie Woogie, 1942
Huile sur toile • 127 × 127 cm • Coll. MoMa, New-York
C’est pareil en musique ! On sait aussi que l’écoute musicale déclenche la libération de messagers chimiques dans le cerveau, notamment dans le noyau accumbens – responsable de la dopamine, hormone de la joie –, l’amygdale et le cortex orbitofrontal : ce sont les mêmes circuits qui régulent le plaisir lié à la nourriture ou à l’amour. Des études récentes en imagerie par résonance magnétique (IRM) montrent que les frissons provoqués par la musique ou par les arts visuels proviennent d’une activité accrue dans ces zones.
Ce n’est pas tout. La neuroplasticité, cette capacité du cerveau à se réinventer et à créer de nouvelles connexions, est stimulée par la pratique et la contemplation artistiques, visuelles ou musicales. Un neurologue comme Pierre Lemarquis affirme que l’art « caresse » et « sculpte » le cerveau. Il nous modifie donc ; et pourrait nous faire du bien ?
František Kupka, Les Touches de piano. Le Lac, 1909
Huile sur toile • 79 × 72 cm • Coll. Galerie nationale, Prague
La question du bien-être occupe depuis février 2025 une équipe pluridisciplinaire de l’Université de Caen Normandie fédérée autour du projet ABC – « Art, Bien-être, Cerveau » – qui a été lancé dans le cadre du millénaire de la ville de Caen. Au sein du musée des Beaux-Arts de la ville normande, les chercheurs associent neurosciences et art pour mesurer les effets du visuel sur le bien-être, la mémoire et la résilience : « Aucune étude, souligne Denis Vivien, coordinateur du projet, n’a jamais démontré les bienfaits de l’art sur le cerveau concrètement. Ses effets n’ont jamais été mesurés de manière scientifique. Nous en voulons la preuve. » La visite muséale pourrait-elle devenir un outil thérapeutique ? Les premières conclusions sont attendues dans le courant de l’automne 2025.
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