Lucie Cousturier, Femme faisant du crochet, vers 1908
Huile sur toile • 92 x 73,5 cm • Coll. Musée d’Orsay, Paris • © Gordon Roberton Photography Archive / Bridgeman Images
Lucie Cousturier, Autoportrait, 1905–1910
Huile sur panneau • 55,9 × 45,7 cm • Coll. Indianapolis Museum of Art, Indianapolis • Artvee
Lucie Cousturier. Ce nom ne vous dit rien ? Pourtant dans les années 1900, ses contemporains, ses amis les pointillistes ou encore le réputé critique d’art Félix Fénéon ne cessait de faire son éloge ! Car, au même titre que les Paul Signac, Maximilien Luce, Henri-Edmond Cross, ou Théo van Rysselberghe, peintres passés à la postérité, Lucie Cousturier fit rayonner le mouvement néo-impressionniste, correspondait régulièrement avec eux, de même qu’elle participait à toutes leurs expositions.
Née Brû en 1876, dans une famille bourgeoise, Lucie s’intéresse, comme il est de bon ton, à la musique et à la peinture dès l’adolescence. En 1897, à 21 ans, la jeune fille fait la rencontre décisive de Paul Signac, dont elle intègre l’atelier. Le mentor l’introduit dans le milieu artistique et lui présente Edmond Cousturier, qu’elle épouse en 1900 et dont elle aura un fils, François. Le cadeau de mariage du couple ? Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte acheté par son père, magnat de la poupée, lors de la première rétrospective honorant Seurat, que Lucie et Félix Fénéon avaient organisée quelques mois plus tôt, dans les locaux de la Revue blanche, 23 boulevard des Italiens.
Parfaitement intégrée au groupe néo-impressionniste jusqu’au début des années 1920, la benjamine est aussi connue pour ses talents d’écriture. Au cours de la Grande Guerre, cette propriétaire d’une maison à Fréjus croise la route de tirailleurs sénégalais, établis dans un campement proche. Elle leur donne des cours de français (ce qu’elle dessine), peint à l’aquarelle et le raconte dans Des inconnus chez moi, publié en 1920. Une découverte qui bouleverse son rapport à l’altérité et va la conduire à voyager en 1921 et 1922 en Afrique de l’Ouest, dont elle ramène de nombreuses toiles et la matière de trois livres engagés. Collaboratrice du Paria, « journal des prolétariats noirs et jaunes », Lucie Cousturier consacre la fin de sa vie à lutter pour l’émancipation des Noirs. Engagement de courte durée puisqu’à partir de 1923 sa santé se dégrade. Elle meurt en 1925, à 48 ans.
Portraits de ses amis, de sa famille, natures mortes, paysages, de Paris ou de chez elle, sur la Côte d’Azur gorgée de lumière… Lucie Cousturier peint ce qu’elle a sous les yeux, son monde. Ses autoportraits constituent un formidable terrain d’explorations plastiques. De 1901 à 1921, chaque année, elle participe à l’exposition du Salon des Artistes indépendants à Paris et à d’autres manifestations en Belgique aux côtés de ses amis pointilliste Maximilien Luce, Henri-Edmond Cross, Charles Angrand, Théo van Rysselberghe, et bien sûr son maître Paul Signac, auquel elle consacre tout un ouvrage en 1922. En 1907, l’artiste est même au centre d’une exposition personnelle à la galerie Eugène Druet, saluée par la critique.
Experte de la technique divisionniste, elle s’en écarte toutefois avec un style qui lui est propre, opposant aux petits points de larges carrés, qu’elle appose sur la toile avec une brosse. À la fin de sa vie, l’artiste délaisse l’huile au profit de l’aquarelle, qu’elle embarque dans son voyage en Afrique et qui lui permet de s’exprimer davantage sur le vif.
Lucie Cousturier, Le Nègre écrivant, 1921–1924
Aquarelle sur papier • 63 × 47 cm • Coll. musée de l’Annonciade, Saint-Tropez
Si de nombreuses œuvres sont en mains privées, le musée d’Orsay conserve, mais sans l’exposer, Femme faisant du crochet (vers 1908) [ill. en Une]. Le musée du quai Branly-Jacques Chirac et le musée de l’Annonciade à Saint-Tropez possèdent quant à eux des aquarelles sur papier de sa période anticoloniale dans leurs collections. Et c’est au musée d’Indianapolis, de l’autre côté de l’Atlantique, qu’il faut filer pour admirer un de ses autoportraits !
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