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Grand nom du néo-impressionnisme avec Georges Seurat et Paul Signac, Henri-Edmond Cross (1856–1910) a joué un rôle important dans la naissance du fauvisme en familiarisant Henri Matisse à la science des couleurs. Avant cela, ce peintre installé dans le midi pour des raisons de santé a développé l’une des palettes les plus lyriques de sa génération, faisant éclater les couleurs du Sud dans ses vues provençales.
Maximilien Luce, Portrait d’Henri-Edmond Cross, 1899
Huile sur toile • Coll. particulière • © Bridgeman Images
« Je voudrais que ma conception spontanée, instinctive de l’image soit avant tout […] une harmonie. »
Né à Douai, sous le nom de Delacroix, le jeune Henri-Edmond débute des études de droit tout en prenant des cours de peinture auprès de Carolus-Duran à Lille. Au début des années 1880, il s’installe à Paris et se consacre à ses études d’art dans l’atelier de Bonvin. À cette époque, sa palette est sombre et marquée par le réalisme. Voulant exposer au Salon, il change son patronyme – Delacroix n’étant pas simple à porter… – et adopte le nom Cross, en hommage à sa mère, d’origine anglaise. Rapidement, il se tourne vers l’impressionnisme.
En 1884, Cross s’associe à la fondation du Salon des Indépendants, une exposition annuelle qui se veut à l’opposé du Salon traditionnel. Georges Seurat et Paul Signac font également partie des fondateurs. C’est par eux que Cross découvre le néo-impressionnisme, dont le manifeste Un Dimanche à l’île de la Grande Jatte de Seurat est exposé en 1886. Cross reste toute sa vie fidèle à ce Salon, et expose également en Belgique.
En 1890, l’artiste se lance dans l’aventure du néo-impressionnisme, adopte la division des couleurs et la technique du pointillé. Il peint le portrait d’Irma Clare, qui deviendra son épouse. Grand dessinateur, il participe également à des revues anarchistes de son temps, aux côtés de son ami Maximilien Luce, peintre engagé. Cross était également un aquarelliste talentueux. Comme beaucoup d’artistes de son temps, à l’exemple de Seurat, il est influencé par le japonisme.
Cross est affecté par des problèmes de santé, des rhumatismes qui nécessitent son déménagement vers des contrées plus ensoleillées. En 1891, il choisit Saint-Clair, dans le Lavandou, non loin de Saint-Tropez. C’est grâce à lui que Signac viendra s’installer dans cette région. La luminosité des paysages, la présence de la mer, influencent considérablement son œuvre.
Le peintre réalise de grandes séries de paysages méditerranéens marqués par une palette lyrique, et l’adoption de couleurs pures. Les points serrés des débuts cèdent la place à des touches plus larges. En 1904, il accueille de jeunes peintres venus dans le Sud renouveler leur regard sur le paysage. Parmi eux se trouve Henri Matisse. Ce dernier apprend beaucoup de Cross, et lui rend hommage dans Luxe, calme et volupté (1904), un tableau inspiré d’une œuvre de Cross, L’Air du soir (vers 1893). Cross privilégie les thèmes idylliques, et la qualité décorative de la peinture.
En 1910, l’artiste, très affaibli par un cancer, décède à Saint-Clair à l’âge de 54 ans. Dès l’année suivante, sa ville natale lui rend hommage en organisant une exposition rétrospective.
Henri-Edmond Cross, Monaco, 1884
Huile sur toile • 196 × 246 cm • Coll. Musée de la Chartreuse, Douai • © Photo Josse/Leemage
Monaco, 1884
Ce tableau peint dans la maison de son oncle illustre son entrée dans le monde de l’impressionnisme. Tout en conservant une approche réaliste de son sujet, l’artiste est attentif à représenter les effets de la lumière, le jeu de ses passages entre les branches. Cette œuvre a été exposée lors de la première édition du Salon des Indépendants à Paris, en 1884.
Henri-Edmond Cross, L’Air du soir, vers 1893
Huile sur toile • 116 × 164 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Bridgeman Images
L’Air du soir, vers 1893
Cette vaste composition met en scène une vision fantasmée de la Méditerranée. Dans la lumière d’une fin d’après-midi idyllique, l’artiste représente des femmes occupées à des activités séculaires. Tout traduit la plénitude et le calme. Par rapport aux premières œuvres divisionnistes de Cross, sa touche s’est affirmée et a pris plus d’ampleur. La toile, par son caractère décoratif, évoque l’art de la mosaïque ou de la tapisserie. Elle inspire Matisse qui vient visiter Cross et Signac dans le Sud en 1904.
Henri-Edmond Cross, Après-midi à Pardigon, 1907
Huile sur toile • 81 × 65 cm • Coll. musée d’Orsay • © Photo Josse/Leemage
Après-midi à Pardigon, 1907
Cette œuvre est emblématique de la dernière manière de Cross, franchement lyrique. L’artiste ne verse plus dans le ton local mais utilise des couleurs quasiment irréelles pour représenter le paysage provençal. Sa palette est celle d’un fauve, en exaltant les teintes et en créant entre elles des oppositions franches. Par ces couleurs exubérantes, qui ont fasciné Maurice Denis, Cross cherchait à traduire les effets du soleil de plomb. L’artiste était à la recherche de la lumière pure.
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