Christian Krohg, Portrait d’Oda Krohg, 1888
Huile sur toile • 68,8 x 86, cm • Coll. Nasjonalmuseet, Olso • Photo Børre Høstland
On la connaît comme cette femme fatale vêtue de rouge dans le portrait iconique qu’en a laissé son mari. Oda Krohg était pourtant bien plus qu’un modèle. Née Othilia Lasson en 1860 d’un père norvégien et d’une mère russe, elle se distingue dès le milieu des années 1880 en divorçant de sa propre initiative d’un mari qui la cantonne au foyer, et ce afin de vivre de son art. C’est alors qu’elle entre dans l’école de dessin gratuite du peintre Christian Krohg, avec qui elle entame bientôt une liaison. Ils élèvent ensemble les enfants d’Oda et en 1885, elle donne naissance à Nana, trois ans avant d’épouser Christian. En 1889, naît leur fils, Per.
Oda se fait très vite remarquer dans la bohème de Christiania (Oslo). Avec Christian Krohg et l’écrivain Hans Jæger pour figures centrales, ce cercle moderniste pourfend les institutions chrétiennes et bourgeoises et prône l’amour libre. Ainsi, Oda Krohg vit un temps dans un ménage à trois avec Hans et Christian. Christian et Oda se rendent à Berlin pour côtoyer le cercle scandinave du Cochon noir, avant de se séparer lorsqu’elle jette son dévolu sur l’écrivain Gunnar Heiberg. Le couple se retrouve pour de bon en 1909.
Oda Krohg, Une abonnée au journal, 1887
Pastel sur toile • 54,5 × 46,5 • Coll. National Museum, Oslo • Photo Nasjonalmuseet/Høstland, Børre
Malgré sa force de caractère, Oda Krohg vit toujours dans l’ombre de son mari, puis de son fils Per. Ce brillant élève d’Henri Matisse s’imposera comme l’un des peintres norvégiens les plus en vue de la génération suivante. Oda Krohg a tout de même représenté la Norvège à plusieurs Expositions universelles, mais n’a en revanche jamais exposé dans les Salons parisiens. Elle s’éteint à Oslo en 1935, tout juste dix ans après Christian.
Oda Krohg, Lanterne japonaise, 1886
Pastel sur toile • 100,7 × 67,5 cm • Coll. National museum, Olso • Photo Nasjonalmuseet / Børre Høstland
Fidèle à l’enseignement de son maître et compagnon, l’art d’Oda Krohg se veut anti-académique, d’un réalisme qui doit beaucoup à l’impressionnisme français comme aux apports de l’École de Skagen où elle passe ses étés avec Christian à la fin des années 1880. C’est dans le genre du portrait qu’elle s’illustre le mieux, en représentant les figures de la bohème, mais plus encore ses enfants et son conjoint. Maîtresse de l’intimisme, Oda Krohg glisse des messages politiques fidèles à son anarchisme dans des images a priori innocentes, par exemple quand sa fille Nana découpe la une du journal conservateur Aftenposten dans Une abonnée au journal (1887). Elle laisse peu de scènes de plein air, mais une Lanterne japonaise de 1886 – l’un de ses chefs-d’œuvre – témoigne de sa sensibilité prononcée pour la lumière nocturne, dans une composition qui précède de quatre ans la très proche Nuit à Saint-Cloud d’Edvard Munch.
Les œuvres d’Oda Krohg ont massivement été absorbées dans des collections particulières. Cependant, il est possible d’admirer un certain nombre de ses toiles au National Museum d’Oslo, dont Une abonnée du journal et La Lanterne japonaise. Le Nationalmuseum de Stockholm conserve aussi l’un de ses portraits de Gunnar Heiberg. Actuellement, certaines œuvres d’Oda Krohg sont aussi présentées à Paris, dans l’expo que le musée d’Orsay consacre à son mari, « Christian Krohg. Le peuple du nord ».
Christian Krohg (1852-1925). Le peuple du nord
Musée d'Orsay
Du 24 mars 2025 au 27 juillet 2025
Adresse : Esplanade Valéry Giscard d'Estaing • 75007 Paris
Billetterie Beaux Arts présentée par Come to Paris.
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