Série – Ces questions que vous vous posez sur l’art

Pourquoi l’histoire de l’art est-elle si centrée sur l’Occident ?

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Publié le , mis à jour le
Il existe plusieurs raisons à cette tendance à se focaliser sur l’Occident quand on parle d’art. À l’occasion de notre série de rentrée qui répond à toutes ces questions que vous vous posez sur l’art, on vous explique pourquoi et comment les horizons sont (enfin) en train d’évoluer.
Kent Monkman, Resurgence of the People
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Kent Monkman, Resurgence of the People, 2019

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Acrylique sur toile • 335,3 x 670,6 cm • Coll. The Metropolitan Museum of Art, New York • © Kent Monkman

Renaissance, période baroque, néoclassicisme, puis impressionnisme, fauvisme… Difficile de distinguer au sein de l’histoire de l’art, telle qu’elle nous est transmise depuis des siècles, les grands courants esthétiques non occidentaux. Mais d’où vient une telle impasse ?

Il suffit d’ouvrir les manuels scolaires. Jusqu’à il y a peu, l’art non occidental est, le plus souvent, abordé sous forme d’ensemble les rattachant à leur zone géographique – les arts d’Asie, les arts d’Océanie, etc. – ou sous le vocable unique d’« arts premiers », employé depuis les années 2000 pour désigner ces esthétiques.

Si ses origines remontent au moins à la Renaissance et aux écrits de Giorgio Vasari (1511–1574), premier biographe des peintres, l’histoire de l’art, en tant que discipline, se développe et se structure principalement aux XVIIIe et XIXe siècles. Nous sommes alors en plein bouillonnement de la recherche scientifique ; l’archéologie est en train de naître, on ouvre des bibliothèques et des premiers musées publics en Occident. L’histoire de l’art s’installe comme une spécialité de la philosophie et de l’histoire, complémentaire à l’étude de textes.

Science et colonialisme

Frédéric-Auguste Bartholdi, Jean-François Champollion
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Frédéric-Auguste Bartholdi, Jean-François Champollion, 1867

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Plâtre • 200 × 70 × 70 cm • Coll. musée de Grenoble • © Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. Lacroix

En posant les fondements de leur science, les premiers historiens de l’art, vont orienter leur champ d’étude : ce sera l’Occident ! On se concentre sur les « grands maîtres », qu’on « redécouvre », mais également sur les œuvres majeures de l’art. Tels les travaux de Jacob Burckhardt (1818–1897), auteur de La Civilisation de la Renaissance en Italie (1860), qui font date. Ces choix et ces écrits vont façonner des approches et des méthodologies de l’art très eurocentrées qui vont longtemps prévaloir.

La domination coloniale, exercée par les Européens jusqu’au milieu du XXe siècle, joue aussi un rôle majeur dans cette vision ethnocentrée de l’art. N’échappant pas à la doxa de l’époque coloniale, et considérant leur héritage culturel comme le plus abouti et le plus digne d’étude, une large majorité des critiques se concentre sur l’Occident. Écrite au siècle précédent, cette histoire de l’art est aujourd’hui réévaluée par les spécialistes.

Des évolutions récentes

Depuis quelques décennies, on observe une remise en question de cet occidentalo-centrisme. Une autre approche de l’histoire de l’art a émergé dans les années 1960–1980, en apportant de nouvelles perspectives et approches méthodologiques. Ainsi du théoricien Edward Saïd (1935–2003) lequel, bien que non historien de l’art, a fortement contribué à faire évoluer les regards avec ses réflexions sur l’orientalisme.

Amrita Sher-Gil, Toilette de la mariée
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Amrita Sher-Gil, Toilette de la mariée, 1937

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huile sur toile • 88,8 × 146 cm • © Wikimedia Commons

Ou encore des travaux de Griselda Pollock (née en 1949) ouvrant une voie féministe dès 1981 en interrogeant la notion de « vieux maîtres » et la partialité des genres. Les civilisations de tous les continents ont désormais voix au chapitre. Les musées participent à cet élan qui entend restaurer un art pluriel échappant jusqu’à présent aux valeurs d’une culture dominante. Telle était par exemple l’ambition du parcours foisonnant de « Connecter les mondes », qui vient de refermer ses portes au musée des Beaux-Arts de Lyon, où peintures, objets et œuvres d’art de toutes époques ont offert une vision décentrée de l’Europe.

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À lire

Les Fantômes du Louvre – Les musées disparus du XIXe siècle
par Pierre Singaravélou • éd. Hazan • 144 p. • 29 €

Catalogue de l’exposition “Une autre histoire du monde”
coéd. Gallimard / Mucem • 200 p. • 26,50 €

Les Mondes d’Orsay par Pierre Singaravélou
2021 • Coédition musée d’Orsay/Seuil • 184 pages • 18,50 €

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