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Peintre de la renaissance italienne tardive, le « maître roux de Florence » est considéré comme un maniériste. Éloquent, cultivé et libre, Rosso Fiorentino (1494–1540) était un talent multiple, maîtrisant les arts de l’architecture, de la peinture, de la gravure et de la musique. Singulier, son style est caractérisé par les corps étirés, aux proportions gigantesques, et une palette acidulée. Appelé à travailler pour François Ier, Rosso s’exila loin d’une Italie qui ne l’avait jamais véritablement apprécié. En France, son rôle fut très important puisqu’il dirigea la décoration du château de Fontainebleau aux côtés du Primatice. Ce grand décorateur connut une fin de carrière sombre qui le poussa au suicide.
Jean Baron, Rosso Fiorentino (Giovanni Baptista di Jacopo), XVIIe siècle
Burin (estampe) • 21,6 m x 16,9 cm • © Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / image château de Versailles
« Rosso devint parmi nous le promoteur d’une révolution dont notre école se souvient encore. » Charles Blanc, critique d’art
Né en 1494 à Florence, Giovanni Battista di Jacopo dit Le Rosso se forma dans divers ateliers, notamment celui d’Andrea del Sarto. À ses côtés, le jeune artiste travaille pour l’Église. En 1516, Rosso entre dans la corporation des peintres florentins. L’année précédente, il aurait reçu une première commande sur le thème du Christ mort pour le tabernacle d’une église.
En 1524, Rosso séjourne à Rome où il admire les fresques de la chapelle Sixtine. L’art de Michel-Ange, qu’il avait déjà approché à Florence, exerce sur lui une puissante attraction. Rosso lui empruntera le goût pour les musculatures tourmentées. Sa palette est vive, les tons souvent acides, les contours exagérés. Ses fonds noirs profonds font magistralement ressortir les figures. L’artiste cultive une certaine désinvolture propre à le singulariser.
À Rome, le peintre est l’ami de tout un cercle d’artistes dont Benvenuto Cellini, sculpteur et orfèvre florentin, avec qui il mène une vie de plaisirs. Malgré tout, Rosso peint assidument et travaille pour des graveurs. Pendant le sac de Rome par les troupes de Charles Quint, en 1527, Rosso est capturé par la soldatesque allemande et dépouillé de ses biens. Il s’enfuit à Pérouse, puis à Venise jusqu’à ce que François Ier l’appelle à le rejoindre en France.
Invité à Fontainebleau en 1530, auprès d’un roi bâtisseur et grand admirateur de l’art italien, Rosso Fiorentino se voit confier la supervision du décor de la galerie François Ier, aux côtés du Primatice. Cette aventure durera dix ans. L’artiste, très apprécié du roi en raison de son éloquence et de la finesse de son esprit, est installé au château et confortablement rémunéré. Rosso possède même une maison à Paris où il vit en gentilhomme, et travaille pour quelques grands personnages de la cour de France.
Dans la galerie François Ier, Rosso met en application des principes décoratifs qui n’étaient jusque là pas en usage en France : un système complexe de panneaux peints, enchâssés dans des encadrements mêlant le stuc et la peinture. Parmi les nombreux ornements, le motif de la salamandre, emblème du roi et symbole de la vertu, est récurrent. La galerie est ornée de scènes mythologiques principalement peintes par Rosso, insérées dans des cartouches encadrés de grandes figures et de putti, sur fond de décors de cuirs découpés entremêlés de masques. Pour ce travail magistral, Rosso est nommé premier peintre du roi et chanoine de la Sainte-Chapelle.
Rosso entretient sur ce chantier une sourde rivalité avec le Primatice, qui finit par être éloigné par François Ier. Pour autant, la vie de Rosso va connaître un étrange dénouement : après avoir injustement accusé l’un de ses amis d’avoir volé ses biens, Rosso, coupable de calomnie, aurait mis fin à sa vie en s’empoisonnant en 1540.
Rosso Fiorentino (Giovanni Baptista di Jacopo), Le Mariage de la Vierge, 1523
Huile sur bois • 325 × 250 cm • Basilique de San Lorenzo, Florence
Le Mariage de la Vierge, 1523
Cette œuvre fut peinte par Rosso avant son départ pour Rome. L’artiste n’est pas encore totalement habité par l’influence de Michel-Ange, son maniérisme est encore sage mais les couleurs sont audacieuses et les espaces représentés de manière complexe. La composition, foisonnante de personnages, ménage un effet de perspective par plans. Marie et Joseph se trouvent au deuxième plan et sont en train de s’unir dans une ambiance festive, peu habituelle dans ce type de sujets.
Rosso Fiorentino (Giovanni Baptista di Jacopo), Le Christ parmi les Anges, entre 1524 et 1527
Huile sur panneau • 133,4 × 104,1 cm • Coll. Museum of Fine Arts de Boston
Le Christ mort, vers 1524–1527
Entouré d’anges à l’opulente chevelure bouclée, tenant de hauts cierges allumés symboles de la Résurrection à venir, le Christ est représenté dans une attitude paisible. Son corps, dont la musculature reflète l’intérêt de Rosso pour Michel-Ange, n’exprime pas la douleur mais plutôt la certitude de la vie après la mort. Cette œuvre aurait été peinte par Rosso pendant sa période romaine. Il exécuta plusieurs tableaux sur ce même thème, l’un ayant été commandé par Anne de Montmorency en 1530 (Louvre).
Rosso Fiorentino (Giovanni Baptista di Jacopo), Fresque dans la galerie François Ier : l’éléphant royal, au château de Fontainebleau, 1536
© RMN-Grand Palais (Château de Fontainebleau) / Gérard Blot
L’Éléphant royal, 1536
Image de la force et de la sagesse, cet immense éléphant porte un caparaçon marqué de l’emblème de la monarchie française. L’écu qui ceint son front est orné du motif de la salamandre, cher à François Ier. Plusieurs personnages mythologiques entourent le majestueux animal, associé à d’autres animaux symboliques. Le personnage en manteau vert et à la barbe rousse, à gauche dans la composition, pourrait être un autoportrait du peintre.
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