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Reine de l’abstraction, Sonia Delaunay (1885–1979) est une artiste prolifique et polymorphe. Peintre et dessinatrice, créatrice de mode, elle prit part à l’avant-garde de son temps. Agissant constamment en faveur de l’art moderne, l’artiste d’origine ukrainienne et de culture russe est fascinée par le pouvoir des couleurs. Toute son œuvre exulte de vitalité, de joie et de fraîcheur. Unissant la création et le quotidien, Sonia Delaunay considère l’art comme une expérience esthétique et sociale, un hymne à la vie.
Florence Henri, Portrait de Sonia Delaunay, 1934
© Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Guy Carrard / © Archive Florence Henri / Martini & Ronchetti
« Tout est sentiment, tout est vrai. La couleur me donne la joie. »
Une origine modeste
Sonia (née Sara Elievna Stern) voit le jour dans une modeste famille juive dans la ville d’Odessa, en Ukraine, en 1885. Quittant ses parents, la jeune fille est élevée par un oncle, mieux nanti, à Saint-Pétersbourg. Elle y découvre la culture russe et bénéficie de la grande culture littéraire et musicale de sa tante. Étouffant dans ce milieu bourgeois, Sonia part étudier à l’Académie des beaux-arts de Karlsruhe, en Allemagne en 1904.
Paris : le temps des avant-gardes
À 19 ans, elle s’installe à Paris où elle rencontre l’avant-garde et fait la connaissance du peintre Robert Delaunay. Le couple se marie en 1910 et fréquente peintres, poètes (notamment Cendrars avec lequel Sonia signe La prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France en 1913), écrivains et artistes regroupés à Paris, capitale de l’art moderne.
Un tempérament en couleurs
Sonia Delaunay est une pionnière de l’abstraction ; pour elle, la couleur est un langage universel. En quête de la peinture pure, l’artiste est d’abord marquée par le fauvisme qu’elle découvre à son arrivée à Paris. Ses œuvres des années 1907–1908 en témoignent. Au côté de Robert Delaunay, elle met au point un vocabulaire visuel qui mène à des expériences sur les contrastes des couleurs, le mouvement, les rythmes sans fin. Elle peint et brode des compositions abstraites, véritables patchworks de couleurs. Son style est qualifié de simultanéiste.
Nulle barrière entre les beaux-arts et les arts appliqués
Sonia s’est intéressée très jeune à la couture et à la broderie. En 1913, elle confectionne ses premières robes simultanées portées au bal Bullier, et se plaît à créer des objets d’esprit novateur pour la maison. En 1917, Sonia Delaunay ouvre à Madrid (où le couple s’est exilé pendant la Grande Guerre) la Casa Sonia, un lieu dédié à la mode et la décoration. De retour à Paris, elle poursuit son ascension dans le milieu de la mode. Elle crée des costumes pour les pièces de Tristan Tzara et les Ballets russes, travaille pour des marques new-yorkaises. Malheureusement, la crise de 1929 a raison de ses ambitions commerciales. Elle poursuit toutefois ses investigations créatrices, considérant que l’art a une vocation sociale et doit intégrer la vie quotidienne. Sensible aux positions du Bauhaus, elle est membre fondatrice de l’UAM (Union des artistes modernes) qui milite pour « l’art moderne, cadre de la vie contemporaine ».
Retour à la peinture et les dernières années
Après la mort de Robert Delaunay en 1941, puis la Libération, Sonia se réinvente en se consacrant uniquement à l’art. Elle peint et s’investit dans de multiples projets, notamment d’architecture. Retirée à Grasse, elle continue de promouvoir l’art abstrait. Sonia Delaunay est la première femme à bénéficier d’une rétrospective de son œuvre au Louvre en 1964 à la suite de sa donation à l’État français d’œuvres de son époux et d’elle-même. En 1967, une grande monographie lui est consacrée au musée national d’Art moderne. Elle décède en 1979, à l’âge de 94 ans.
Sonia Delaunay, Nu jaune, 1908
Huile sur toile • 65 × 98,3 cm • coll. musée des Beaux-arts, Nantes • © Pracusa S.A
Nu jaune, 1908
Sujet empreint d’érotisme, cette œuvre est l’une des plus ambitieuses toiles peintes par Sonia Delaunay entre 1907 et 1908. Inspirée par le fauvisme et l’expressionnisme, elle utilise la couleur pour construire la composition de ce nu allongé qui s’apparente à une figure de la prostitution. L’artiste joue du contraste entre couleurs chaudes et froides, entre aplats et modelés. Cette œuvre témoigne de son inclinaison pour un certain primitivisme.
Sonia Delaunay, Prismes électriques, 1914
Huile sur toile • 250 × 250 cm • coll. MNAM, Centre Pompidou, Paris • © Pracusa S.A
Prismes électriques, 1914
Célébration de la vie moderne, des couleurs et du mouvement, Prismes électriques est une œuvre simultanéiste. Par la voie de l’abstraction, elle traduit les effets optiques créés par les lumières de la ville, tant naturelles qu’artificielles. Sonia Delaunay conjugue couleurs primaires et secondaires dans cette composition monumentale d’une grande intensité visuelle. Pleine d’énergie, la toile prend une dimension quasi cosmique.
Sonia Delaunay, Étude pour Portugal, 1937
Aquarelle, crayon et gouache • 53,4 × 97,4 cm • coll. Skissernas Museum, Lund • © Pracusa S.A
Portugal, 1937
Conçue pour le Palais des chemins de fer de l’Exposition internationale de 1937, cette grande composition murale vaut à Sonia Delaunay une médaille d’or. Elle est également l’auteure d’une autre œuvre monumentale, Voyages lointains, ainsi que de trois panneaux sur le thème de l’aviation. Des photographies témoignent de l’ampleur de ces décors, dont il ne demeure que les études préparatoires. Abstraite et figurative, Portugal associe des disques simultanés à des silhouettes féminines stylisées.
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