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La “Tour aux figures”, dernière folie de Dubuffet aux portes de Paris, se dévoile enfin de l’intérieur

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Publié le , mis à jour le
Vous avez aimé la Closerie Falbala ? Vous allez adorer la Tour aux figures ! Moins connue que sa cousine de Périgny-sur-Yerres, cette construction insolite de Jean Dubuffet, sorte de grotte totémique haute de 24 mètres, domine le parc verdoyant de l’île Saint-Germain, située sur la Seine à Issy-les-Moulineaux. Après de longues années de réhabilitation, elle a enfin rouvert au public cette année, pour une plongée dans l’art joyeux du maître de l’Art brut !
L’intérieur de La Tour aux figures de Jean Dubuffet, récemment restaurée
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L’intérieur de La Tour aux figures de Jean Dubuffet, récemment restaurée

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© ADAGP, Paris 2024 / CD92 / Photo Willy Labre

« L’usager de cette demeure, à défaut d’autre luxe, y jouira d’une exceptionnelle profusion d’espace où se déplacer librement sans portes à passer. Avec le plaisir d’un habitat grimpant comme celui d’un mouflon. » Bien avant que la Tour aux figures ne soit érigée, Jean Dubuffet (1901–1985) avait en tête notre parcours ascensionnel où, petits comme grands, nous entrons dans la peau d’un dahu pour clopiner dans la joie jusqu’au sommet…

Elle domine l’est du parc de l’île Saint-Germain, figure de proue qui défie du regard la tour Eiffel, à quelques encablures sur la Seine. Les « figures » dont nous parle Dubuffet, ce sont les visages qui se détachent de l’époxy bleu, blanc et rouge qui recouvre le bâti, autant de traits propres à « l’Hourloupe », manière que développe le théoricien de l’Art brut à partir de 1962. Des visages mais pas de fenêtre : l’archi-sculpture est une tour d’ivoire, et c’est dans l’intimité de l’artiste que le curieux est invité à pénétrer…

Un projet qui remonte à 1967

Jean Dubuffet à la Closerie Falbala, août 1973
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Jean Dubuffet à la Closerie Falbala, août 1973

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© Fondation Dubuffet / Photo K. Wyss

Avec « l’Hourloupe », le peintre entend investir les trois dimensions, et même l’habitat. Le projet de tour remonte à 1967, quand Dubuffet livre une maquette de plâtre avec un intérieur en forme de spirale et des figurines indiquant l’échelle. La Tour aux figures prend vraiment forme en 1983, quand le ministre de la Culture Jack Lang encourage la commande publique auprès du CNAP. Dubuffet réalise une maquette aboutie, prête à être agrandie au pantographe. Il rêve d’un emplacement en plein Paris qui ne pourra jamais être trouvé, avant que le maire d’Issy-les-Moulineaux, André Santini, propose cette installation sur la butte de l’île Saint-Germain.

Dubuffet meurt en 1985, sans avoir vu débuter les travaux. Richard Dhoedt, peintre et assistant de l’artiste, prend alors en charge la réalisation des 90 panneaux de placage pour les façades.

La Tour aux figures de Jean Dubuffet rénovée dans le parc départemental de l’Île Saint-Germain à Issy-les-Moulineaux, août 2020
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La Tour aux figures de Jean Dubuffet rénovée dans le parc départemental de l’Île Saint-Germain à Issy-les-Moulineaux, août 2020

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© ADAGP, Paris 2024 / CD92 / Photo Willy Labre

La Tour aux figures est inaugurée en 1988 mais, faute de moyens pour la conserver et même l’entretenir, elle est rapidement couverte de suie de fumée et de lichens qui la rendent aussi triste qu’impraticable. En 2008, le Département des Hauts-de-Seine rachète le monument, désormais classé, pour un euro symbolique et met en place un comité scientifique qui rassemble la fondation Dubuffet de Périgny-sur-Yerres, la DRAC Île-de-France et le LRMH, laboratoire de recherche des monuments historiques.

Le négatif de la Closerie Falbala

L’ensemble intègre aussi des enjeux environnementaux puisque le parc est labellisé « Refuge LPO » (Ligue pour la protection des oiseaux) et « Eve » (Espace vert écologique) en 2012. L’ouverture au public prévue en 2019 est retardée, puis perturbée par le Covid, et c’est finalement en mars 2024 que la Tour aux figures a retrouvé toute sa superbe pour accueillir un maximum de 6 000 visiteurs annuels.

Jean Dubuffet, Closerie Falbala
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Jean Dubuffet, Closerie Falbala, entre 1971 et 1973 (remanié jusqu’en 1976)

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Époxy et béton projeté peints au polyuréthane • 1610 m2 • Coll. Fondation Dubuffet, Périgny Sur Yerres • © Fondation Dubuffet / Photo J. O. Rousseau / ADAGP, Paris 2024

La Tour est en somme un négatif de la Closerie Falbala (1971–1973) : quand cette dernière s’étend en surface, la première est verticale. La Closerie est blanc et noir à l’extérieur et colorée à l’intérieure. Au contraire, une fois franchi le seuil de la Tour aux figures, les murs sont blancs, couverts de plâtre projeté traversé de lignes noires – les « cheminements rêveurs de la pensée » – dont les cellules dessinées se transforment en visages par la magie de la paréidolie, cette faculté de l’esprit à reconnaître des traits humains dans des formes abstraites.

Un sanctuaire hourloupéen

L’escalier menant à la Tour aux figures de Dubuffet
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L’escalier menant à la Tour aux figures de Dubuffet

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© ADAGP, Paris 2024 / CD92 / Photo Willy Labre

Pour décrire la visite, un retour sur le titre de la maquette initiale est instructif : « Gastovolve »… Dubuffet se régale décidément de néologismes et celui-ci inspire tout un programme ! « Gast- » évoque surtout la digestion, comme si l’on circulait dans des entrailles, et « volve » peut être compris comme l’enveloppe du pied d’un champignon, mais se rapproche phonétiquement de « vulve ». Est-ce ainsi qu’il faut comprendre l’étroitesse de l’unique porte ? La visite s’apparente à un repli maternel, un rien œdipien…

Le peintre imaginait que la Tour serait laissée dans l’obscurité afin qu’on la parcoure lampe-torche en main, pour découvrir au fil des pas les dessins mystérieux. Même avec l’éclairage constant mais diffus, plus compatible avec les normes de sécurité actuelles, cet aspect rupestre est omniprésent : les parois sont irrégulières, tout comme la hauteur de la voûte. Certains espaces sont exigus et exigent qu’on se courbe pour avancer. D’autres, au contraire, sont vastes, laissant tout leur écho au bruit des pas sur le béton. L’apothéose a lieu en bout de course, lorsque l’on atteint le dernier plateau, sanctuaire hourloupéen.

Un parcours initiatique

Jean Tinguely, Le Cyclop
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Jean Tinguely, Le Cyclop, 1969–1994

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Photo : Patricia Lecomte, FNAC 95419, Donation Jean Tinguely, Niki de Saint Phalle à l’État en 1987 / Centre national des arts plastiques © Adagp, Paris, 2022

Babel et Lascaux rassemblés en un même lieu, dans un parcours initiatique où se perdent tous les repères spatiaux, pour une expérience plastique qui ne se prend pas au sérieux… La Tour aux figures s’inscrit dans cette « archi-sculpture » joyeuse qui ne trouve, dans l’art contemporain, d’équivalent que chez Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely, avec notamment le Cyclop de Milly-la-Forêt. Dubuffet continue donc de nous surprendre près de 40 ans après sa disparition. Si sa visite n’est malheureusement pas possible pour les PMR, ni pour les enfants de moins de six ans, ceux-ci trouveront une belle consolation dans l’espace d’interprétation où sont présentées plusieurs maquettes, photographies et pièces tactiles. Pour les plus jeunes, des ateliers autour de « l’Hourloupe » et de Dubuffet sont aussi organisés, même les dimanches.

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Visite

La Tour aux figures de Jean Dubuffet

Parc départemental de l’île Saint-Germain
92130 Issy-les-Moulineaux
Pour plus d’informations sur la Tour aux figures.

Extérieur accessible toute l’année et gratuitement aux horaires d’ouverture du parc. L’intérieur se visite de mars à octobre, uniquement sur réservation par internet.

Retrouvez dans l’Encyclo : Art brut Jean Dubuffet

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