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Harry Bertoia, Fauteuil “Diamond”
Acier chromé poli et tissu ou cuir • © Knoll
« Affaire conclue », mai 2023. L’émission diffusée sur France 2, qui offre à des propriétaires l’expertise de leur bien avant leur vente aux enchères, annonce l’arrivée d’un ensemble de six fauteuils « Diamond » du designer Harry Bertoia. Très vite, les enchères grimpent puis s’envolent : estimé à 600 euros, le lot part finalement à plus de 4 000 euros. Il faut dire que les assises, probablement achetées dans les années 1970, font leur show – leur treillis blanc en forme de losange semble ciselé comme un bijou.
Mais comment expliquer une telle envolée des prix ? Pour le comprendre, il faut d’abord se pencher sur l’histoire du créateur du « Diamond », Harry Bertoia. Né en 1915 en Italie, c’est lors d’une visite à son frère aîné aux États-Unis qu’il décide, à seulement quinze ans, de définitivement s’y installer. Le jeune Arieto y étudie le design et la joaillerie artisanale puis obtient une bourse en 1937 pour la prestigieuse Académie des arts de Cranbrook (Michigan).
Harry Bertoia et son collègue en 1968
© Harry Bertoia Foundation
Là, il fait des rencontres décisives : celle du mythique couple de créateurs Charles et Ray Eames pour qui il travaillera jusqu’en 1945, développant une extraordinaire maîtrise du métal ; mais aussi celle de Florence Knoll, fondatrice avec son mari de l’entreprise Knoll. Lorsqu’il part en Pennsylvanie fonder son propre studio, cette dernière lui laisse carte blanche pour créer des chaises à éditer.
Voilà donc qu’en 1952, grâce à des fils d’acier cintrés et soudés, Harry Bertoia (il a décidé d’américaniser son prénom) conçoit un maillage ergonomique reposant sur de fins pieds métalliques… Une idée qui lui serait venue de l’observation d’un égouttoir ! La maison Knoll, qui a déjà commercialisé la chaise « Barcelone » de l’architecte Ludwig Mies van der Rohe (1886–1969) et certaines assises du créateur d’origine finlandaise Eero Saarinen (1910–1961), accepte aussitôt de produire quelques modèles de cette assise aérienne dont le procédé de fabrication, presque artisanal, nécessite d’arranger et de souder un à un les fils d’acier.
Harry Bertoia, Grande chaise « Diamond », 1950–1952
Fabriquée par Knoll International, New York, 1979 • © Bridgeman Images
Chaise puis fauteuil lounge et son ottoman, tabouret de bar, chaise longue asymétrique… Une série voit le jour en métal noir, blanc ou chromé, aux coques parfois entièrement rembourrées ou simplement agrémentées d’une galette en mousse. Pour Knoll, c’est un pari gagné : les pièces sont de tels best-sellers qu’Harry Bertoia peut finalement se concentrer sur la sculpture tout le reste de sa carrière, explorant allégrement les propriétés sonores du métal pour créer des milliers de ces « Sonambients » aux tailles très variables, comme des instruments de musique. Il meurt en 1978 mais sa création, elle, perdure, désormais septuagénaire.
La cuisinière Rayburn et le fauteuil « Diamond » d’Harry Bertoia
© Andreas von Einsiedel / Alamy / Hemis
À l’heure où les seventies ont le vent en poupe, le « Diamond », venu tout droit des fifties, n’a pas dit son dernier mot ! Discrète et graphique, cette assise séduit toujours par sa modernité et son aspect cinétique qui fonctionne dans tout type d’espace et de décoration. Comptez 1 000 euros pour l’acquérir, et gare aux copies qui pullulent sur le web : le logo Knoll doit être gravé sur le piètement du fauteuil. Si vous chinez l’authenticité en brocante, contrôlez également la qualité et la brillance du métal. Après tout, c’est une assise de sculpteur et de joaillier, aussi doit-elle étinceler !
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