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Alvar Aalto, Anniversaire du Tabouret n°60 Kontrasti, depuis 1933
bois de bouleau • 44 x 38 cm • ARTEK © Photo par Hannah Segerkrantz et Silver Mikiver
Vu et revu. Mille fois copié. Si le design du tabouret Stool 60 nous semble familier, c’est parce que sa simplicité n’a cessé d’inspirer les designers depuis son année de création en 1933. Même le géant suédois Ikea en a édité une pâle copie, vendue à moins de vingt euros. Mais pour obtenir l’original, il faut rajouter un zéro (son prix tourne autour de 260 €) car l’acheteur ne s’empare pas d’un simple tabouret. Il acquiert un symbole du design nordique, fruit d’une technicité étudiée qui s’est vendue à des millions d’exemplaires à travers le monde…
L’architecte finlandais Alvar Aalto, vers 1960
photographie en noir et blanc • © Wikimedia Commons
Son histoire débute à Vyborg (aujourd’hui en Russie mais alors en Finlande). En 1933, pour la bibliothèque municipale qu’il est en train de construire, l’architecte et urbaniste finlandais Alvar Aalto (1898–1976) pense à meubler l’intérieur d’assises standardisées, au processus de fabrication à la fois rapide et peu coûteux. Alors que d’autres designers tels que Marcel Breuer (1902–1981) en Allemagne ou Charlotte Perriand (1903–1999) en France explorent le tube métallique, facile à produire et à courber, lui préfère concentrer ses recherches sur le bois, notamment celui du bouleau dont la Finlande est riche en forêts. En mettant au point différents types de piètements de mobilier, il conçoit celui qui lui servira à réaliser le tabouret empilable n°60 : une forme de L.
Son principe ? Glisser de fines feuilles de placages dans des planches de bois incisées. Un procédé aussi appelé « lamellé-collé » capable de rendre le bois plus flexible avant la courbure. Mais ce n’est pas tout : en récupérant les chutes de la fabrication liée au piètement (quelque peu laborieuse, elle nécessite plus de vingt étapes !), on peut y découper l’assise circulaire du tabouret. Un formidable gain de temps et de matière… Il n’y a plus qu’à visser les pieds à l’assise, sans châssis ou structure supplémentaire. Une prouesse industrielle.
Alvar Aalto, Tabouret n°60 Kontrasti, édition 2023
bois de bouleau • 44 × 38 cm • ARTEK © Photo par Hannah Segerkrantz et Silver Mikiver
Mais au départ, Alvar Aalto est loin d’imaginer un tel succès. Selon lui, son meuble n’est autre que le prolongement de sa bibliothèque, un élément de son œuvre d’art totale dont le piètement lui rappelle les colonnes architecturales. C’est donc dans l’auditorium, où le bois envahit l’espace du sol au plafond, qu’il dispose ses tabourets par dizaines, en rang d’oignon. Il s’en dégage une forme de poésie et de modernisme inspirée de la nature… Qui ne tarde pas attirer les regards à l’étranger.
Intérieur de l’Atelier Aalto
© Alvar Aalto Foundation / Photo Maija Holma
Le public aime sa polyvalence, l’adoptant aussi bien en tabouret qu’en guéridon ou table de nuit.
Pour répondre à la demande croissante de mobilier, le créateur fonde en 1935 la société Artek (contraction des mots art et technologie) avec son épouse Aino Aalto, l’historien de l’art Nils-Gustav Hahl et la mécène Maire Gullichsen, dans l’espoir de « vendre des meubles et promouvoir une culture moderne par des expositions et d’autres moyens éducatifs ». L’occasion de diffuser dans le monde entier son Stool 60 et de l’inscrire dans l’histoire du design. Le public aime sa polyvalence, l’adoptant aussi bien en tabouret qu’en guéridon ou table de nuit.
Alvar Aalto, Les Tabourets n°60, Les Éditions 1933 et 2023
bois de bouleau • 44 × 38 cm chacun • ARTEK © Photo par Hannah Segerkrantz et Silver Mikiver
Aujourd’hui, il est emballé à plat, vendu en kit avec ses trois pieds et son assise dans un carton fermé tel une boîte à pizza, fabriqué en quarante-huit étapes mêlant savoir-faire artisanal et nouvelles méthodes de production. Son bois clair et doré se patine au fil du temps et, en l’observant de plus près, on peut apercevoir les rainures au niveau de la courbure des pieds, là même où des feuilles de placages ont été insérées. D’ailleurs, pour l’une de leurs éditions anniversaires tout juste lancée en mars dernier, Artek a décidé d’accentuer le graphisme de ces lignes emblématiques de l’innovation finlandaise. Intitulée Stool 60 Kontrasti, cette version perpétue une série de customisations, comme la finition très sixties de Jo Nagasaka en 2019 ou l’intervention audacieuse de l’artiste américaine Barbara Kruger qui fit écrire « Kiss » sur l’assise du tabouret. Lui faire expérimenter toutes les modes et tendances, voilà le luxe du design intemporel.
En septembre prochain, une autre édition limitée pensée par le studio Formafantasma, guidé par une démarche de développement durable, promet une version en « bouleau sauvage », incluant les tâches sombres, nœuds ou traces naturelles du bois nordique. Artek, comme beaucoup d’autres éditeurs de design face au défi écologique, a ainsi décidé d’intégrer cette déclinaison à sa gamme de produits dès l’année prochaine. De quoi faire vivre le design de ce tabouret iconique en respectant la volonté de son créateur : « J’ai, presque tout au long de ma vie, cherché à réaliser une standardisation souple, qui devrait, dans l’idéal, accroître la diversité de la vie, et non la forcer à entrer dans un moule quelconque », prononçait-il dans un discours inaugural en 1955, en maître d’un nouveau fonctionnalisme, chaleureux et organique. Celui-là même qui inspirera le couple de designers américains Charles et Ray Eames pour sa célèbre Lounge chair…
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