Cinéma

Léa Drucker et Nora Hamzawi : « Découvrir un tableau aussi extraordinaire provoque forcément des émotions fortes »

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Inspirée d’une histoire vraie, la comédie de Pascal Bonitzer Le Tableau volé nous emmène dans les coulisses d’une vente aux enchères exceptionnelle : celle d’un tableau d’Egon Schiele spolié par les nazis et retrouvé à Mulhouse chez un jeune ouvrier. Aux côtés d’Alex Lutz, Léa Drucker et Nora Hamzawi tiennent les rôles clés d’une commissaire-priseur et d’une avocate. Rencontre.
À gauche, Nora Hamzawi en 2019. À droite, Léa Drucker en 2022
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À gauche, Nora Hamzawi en 2019. À droite, Léa Drucker en 2022

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© Bertrand Noël / Sipa. © Syspeo / Sipa.

Le film nous plonge dans le monde du marché de l’art, et notamment dans celui des salles de vente aux enchères qui sont assez peu connues du grand public. Qu’est-ce qui vous a intéressé dans cet univers ?

Léa Drucker : Il y a quelque chose d’extrêmement passionné dans ce milieu. Ce sont des personnes qui ont la fièvre de l’art ! En même temps, ils baignent dans un univers dans lequel les enjeux financiers sont très importants. Ça crée des contrastes et des personnages intéressants… Pas toujours sympathiques, mais qui sont quand même réunis autour d’une passion.

Nora Hamzawi : Sur le tournage, j’ai été assez époustouflée par la scène de la vente aux enchères. Parmi les figurants, on avait la chance d’avoir avec nous des personnes dont c’est réellement le métier d’être au téléphone avec les potentiels acheteurs au moment d’une vente. Elles indiquaient à Alex Lutz, qui interprète le personnage principal, toutes les manières de parler et de bouger. Il y a une certaine musicalité des gestes, une tension dramatique… Du grand spectacle ! J’ai trouvé ça stimulant et fascinant.

Alex Lutz dans le rôle d’un commissaire-priseur pour le film « Le Tableau volé », 2024
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Alex Lutz dans le rôle d’un commissaire-priseur pour le film « Le Tableau volé », 2024

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© Pyramide Distribution

Léa, vous jouez Bertina, une commissaire-priseur qui est aussi l’ex-femme d’André, le personnage principal joué par Alex Lutz. Et vous Nora, vous êtes Maître Egerman, une avocate qui défend Martin, ce jeune ouvrier chez qui l’on découvre le tableau d’Egon Schiele, interprété par Arcadi Radeff. Ce sont deux femmes spécialistes de leur domaine, confiantes et indépendantes, qui vont aider les deux personnages masculins principaux à être à la hauteur d’un événement qui va changer leur vie…

LD : Oui, complètement. André fait appel à Bertina pour qu’elle l’accompagne dans cette aventure et pour vérifier l’authenticité du tableau. Au départ, ils n’y croient pas du tout. Pour eux, le tableau a disparu en 1939 : c’est presque un fait historique ! Mais en même temps – et c’est ce qui est beau dans l’écriture de Pascal Bonitzer – c’est aussi une façon pour Bertina de le soutenir alors qu’il se trouve un peu perdu dans sa vie et dans son ambition. André est un type un peu paumé et très seul.

Arcadi Radeff dans le film « Le Tableau volé » réalisé par Pascal Bonitzer, 2024
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Arcadi Radeff dans le film « Le Tableau volé » réalisé par Pascal Bonitzer, 2024

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© Pyramide Distribution

NH : C’est vrai que ces deux femmes se retrouvent face à de grands enfants. Ce sont deux hommes qui, pour des raisons complètement différentes, ont besoin à un moment d’être épaulés et portés. Pour mon personnage, Maître Egerman, il s’agit de soutenir son client, Martin, un personnage profondément humain et sincère.

LD : Martin, c’est peut-être le personnage le plus juste du film. Le plus moral, même. Tous ces enjeux financiers autour du tableau, ça le déconcerte. Le poids de l’Histoire l’angoisse aussi, car le tableau a été spolié par les nazis. Il dit ne pas vouloir avoir du sang sur les mains. C’est lui le personnage qui vient bousculer tous les autres.

Egon Schiele, Soleil d’automne
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Egon Schiele, Soleil d’automne, 1914

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Huile sur toile • 100 × 120,5 cm • Coll. particulière • © Christie’s Images / Bridgeman Images

Qu’est-ce qui vous a le plus séduit dans vos rôles respectifs ?

« Moi, j’aimais bien l’idée d’être un peu le contrepied au cynisme apparent du monde de l’art. »

Nora Hamzawi

NH : Moi, j’aimais bien l’idée d’être un peu le contrepied au cynisme apparent du monde de l’art. Il y a quelque chose qui me touchait dans l’idée de représenter « le monde réel ». Le snobisme, je trouve ça assez affreux. J’aime que mon personnage remette un peu les choses à leur place et accompagne ce garçon, Martin. Elle lui dit qu’il n’a pas à être impressionné. Qu’il a sa place. Et puis sinon, je dois dire que j’adore les tout petits détails dans l’écriture de Pascal Bonitzer. Il n’est pas du genre à nous parler des heures du personnage. Mais par contre je sais que Maître Egerman aime les frites, qu’elle est fatiguée en ce moment et qu’elle a eu un Covid long ! Il y a plein de petites subtilités qui font que j’arrive à m’identifier.

LD : J’aimais beaucoup l’indépendance de Bertina. C’est quelqu’un qui aime vraiment ce qu’elle fait, tout en ayant beaucoup de fantaisie – elle prend des bains tout le temps ! Elle est très à l’aise avec le cynisme de son ex-époux qu’elle connaît par cœur. Elle est aussi très cœur d’artichaut. Mais c’est avant tout une experte. Dans le film, elle est celle qui va raconter l’histoire sombre de ce tableau, lié à la Shoah.

Léa Drucker et Alex Lutz incarnant un couple de commissaires-priseurs dans le film « Le Tableau volé », 2024
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Léa Drucker et Alex Lutz incarnant un couple de commissaires-priseurs dans le film « Le Tableau volé », 2024

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© Pyramide Distribution

Justement, lorsque Bertina et André se retrouvent face au tableau à Mulhouse, ils ont une réaction très surprenante : ils éclatent de rire. On ne sait pas au début si ce rire traduit un mépris à l’égard de ceux qui ignoraient posséder un tel chef-d’œuvre ou la joie immense de faire une telle découverte…

« Il s’agit peut-être de la rencontre avec l’art la plus forte de leur parcours professionnel et de leur existence. »

Léa Drucker

LD : Oui, tout à fait. Je ne pense pas que ce soit du mépris, mais il est interprété comme cela par les personnages de Martin et de sa mère. C’est normal : ils voient deux experts débarquer chez eux et rire nerveusement devant ce tableau… Faire une découverte aussi extraordinaire et inattendue provoque forcément des émotions fortes. Ça aurait pu être une crise de larmes. Il s’agit peut-être de la rencontre avec l’art la plus forte de leur parcours professionnel et de leur existence. Et comme ces deux personnages sont très liés, ça leur déclenche un fou rire complice.

Ce film pose la question du pouvoir de l’art, qu’il s’agisse des émotions qu’un tableau peut susciter ou de la valeur marchande qu’une œuvre peut avoir…

LD : Tous les personnages sont bouleversés par ce tableau. Pour André Masson [nom du personnage du commissaire-priseur interprété par Alex Lutz, ndlr], c’est le rêve de sa vie professionnelle. Il est dans un combat, en compétition féroce avec les autres maisons de vente. Il se remet aussi en question sur tous les plans, même affectif. Il est bousculé d’une façon presque existentielle. Ce qui est beau, c’est qu’on apprend des choses sur ce monde de l’art, tout en étant connecté à l’humain.

Et vous, quelles sont les œuvres d’art qui ont particulièrement marqué votre vie ?

Anonyme, Tenture dite de « La Dame à la Licorne ». Tapisserie « À mon seul désir »
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Anonyme, Tenture dite de « La Dame à la Licorne ». Tapisserie « À mon seul désir », 1484–1538

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Tapisserie • 377 × 473 cm • Coll. musée de Cluny – musée national du Moyen Âge, Paris • © Bridgeman Images

NH : Le premier moment où je me rends compte que je peux être intéressée par l’art, j’ai cinq ans environ. Je suis émerveillée par les tapisseries du musée de Cluny, et La Dame à la licorne. Je trouve ça beau et mystérieux. J’ai l’impression qu’on me raconte une histoire et que je peux y projeter plein de choses. La seconde œuvre qui m’a marquée, je la découvre à un âge clé de ma vie, quand je n’étais pas encore consciente que je voulais faire du stand-up et écrire des histoires. Alors que je suis en plein chagrin d’amour, une amie m’offre Prenez soin de vous, le livre de Sophie Calle où elle fait analyser une lettre de rupture. Soudain, je réalise que les émotions peuvent être transformées. Qu’on peut se réapproprier notre peine pour en faire quelque chose de créatif. Je sais que j’ai vraiment commencé à écrire en comprenant ça.

Edward Hopper, New York Movie
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Edward Hopper, New York Movie, 1939

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Songeuse, immobile dans le couloir d’une salle de cinéma, cette belle ouvreuse figure l’intériorité telle que la conçoit l’artiste, à l’écart de la société du spectacle.

Huile sur toile • 81,9 × 101,9 cm • Coll. MoMA, New York / © akg-images

LD : Adolescente, mon père et mon oncle m’avaient emmenée voir une exposition sur Jean-Michel Basquiat à Marseille. Ça m’avait fait une très forte impression. Quelque chose de presque organique et étrange. Puis, plus tard, il y a eu le tableau d’Edward Hopper, New York Movie (1939). On voit des spectateurs à gauche qui regardent un film, et sur le côté, il y a cette ouvreuse, perdue dans ses pensées. J’adore ce tableau ! Il y a aussi un dessin de Toulouse-Lautrec réalisé à la fin de sa vie où l’on voit un dompteur avec un cheval ; sauf que c’est le cheval qui domine le dompteur. On comprend que cette œuvre parle de son addiction à l’alcool qu’il n’arrivait pas à soigner. Je me rappelle avoir eu peur en la regardant.

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Le Tableau volé

de Pascal Bonitzer

91 min · 2024

Avec Alex Lutz, Léa Drucker, Nora Hamzawi, Louise Chevillotte, Arcadi Radeff…

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