Célèbre critique d’art américain et plume incontournable du New York Magazine, Jerry Saltz est l’auteur du guide Comment devenir artiste, tout juste traduit en français et publié chez Beaux Arts Éditions.
Dans cet ouvrage savoureux, rédigé comme un mode d’emploi ponctué d’exercices pratiques, l’auteur prodigue de précieux conseils pour surmonter les blocages créatifs, se mettre (enfin) au travail et, qui sait, peut-être un jour rencontrer le succès. Un petit livre pratique, gorgé d’humour, à mettre entre les mains des créatifs de tous horizons, qu’ils soient peintres, écrivains ou même, pourquoi pas, chefs cuisiniers !
Salvador Dalí, Le Grand masturbateur, 1929
Huile sur toile • 110 × 150 cm • Madrid, Muséo Nacional Centro de Arte Reina Sofia • © Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dali / Adagp, Paris 2019 / Index Fototeca / Bridgeman Images
Avant de percer en tant qu’artiste, il faut d’abord se persuader d’en être un ! Premier conseil donc : laissez de côté les doutes et ce fichu syndrome de l’imposteur. Faites-vous guider par votre imagination ! « L’imagination est votre credo, le sentimentalisme et l’insensibilité sont vos ennemis », note Jerry Saltz pour qui l’art est avant tout une affaire d’actions et d’expériences, plutôt qu’une question de compréhension et de maîtrise. Ainsi, n’ayez pas peur de vos idées les plus farfelues : au contraire, notez-les et osez avoir la folie des grandeurs !
Claude Monet dans son atelier à Giverny dans les années 1910
© SZ Photo / Knorr + Hirth / Bridgeman Images
Le saviez-vous ? Tous les grands artistes ont une routine bien réglée. Monet, par exemple, ne commençait jamais sa journée sans une bonne andouillette ! Si ce régime ne vous met guère en appétit, veillez à organiser correctement vos journées. Ainsi, pour ne pas vous laisser envahir par ce que Jerry Saltz nomme « les démons du quotidien », commencez à travailler dès que vous mettez un pied hors du lit. Le travail, parlons-en : c’est, selon l’auteur, « la seule chose qui éloigne la peur. » N’hésitez pas, dans un premier temps, à imiter : voilà la clé de l’apprentissage. Observez le monde qui vous entoure, remplissez chaque jour des pages et des pages de croquis… Une fois votre voie trouvée, acceptez que vos projets ne soient pas parfaits, surtout si ces derniers doivent respecter une deadline. Autrement dit : fuyez la perfection !
L’appartement-atelier de Suzanne Valadon
Musée de Montmartre – Jardins Renoir © Jean-Pierre Delagarde
« L’atelier est votre sanctuaire ». Ceci posé, veillez à vous y sentir bien ! Cela passe d’abord par une décoration soignée, qui vous inspire : « La déco de l’atelier va déteindre sur votre imaginaire, alors choisissez avec soin les cartes postales, les objets personnels et toute autre œuvre que vous y affichez, et changez-les régulièrement. » Surtout, l’atelier est un lieu sacré, où le désordre n’a pas sa place, surtout si vous vous sentez, à un moment donné, face à une impasse. Dans ce cas, une seule solution : « Faites un grand ménage, ramassez ce qui traîne, balayez, déplacez certaines choses, créez de nouvelles piles à partir de vieux fouillis. » Du balai !
Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat à New York, 1984
© Ben Buchanan / Bridgeman Images
Vous êtes plutôt du genre loup solitaire ? Pas de chance ! Pour le critique d’art, mieux vaut s’entourer d’une solide bande d’artistes de votre âge : ils sont votre premier réseau mais aussi le meilleur remède à l’inquiétude et à l’isolement. En dehors de ce clan, pas besoin de s’entourer outre mesure : un galeriste, précieux soutien émotionnel (et si possible bon payeur), quelques collectionneurs (environ six) qui achèteront régulièrement votre travail malgré les hauts et les bas de votre carrière, environ trois critiques d’art « qui ont l’air de cerner votre œuvre » et, pour finir un ou deux commissaires (si possible de votre génération). Le compte est bon !
Quentin Metsys, Le Prêteur et sa femme (détail), 1514
Huile sur panneau • 71 × 67 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Tony Querrec
« Affirmer que l’on se méfie du succès, c’est juste une couverture qui dissimule un manque d’assurance, une peur du rejet, la terreur d’être pris pour un imposteur et toutes sortes de ces excuses qui ne sont qu’un putain de prétexte pour suivre la pente la plus facile : ne pas travailler. » Surtout, pour Jerry Saltz, il est important pour un artiste de déterminer sa propre définition du succès car, contrairement à ce que l’on pourrait croire, celui-ci n’est pas qu’une affaire d’argent, de bonheur ou de visibilité : « la meilleure définition du succès c’est le temps – le temps passé à créer votre œuvre »… Et ce temps peut parfois prendre une vie ! À ceux qui pensent que le réussite rime avec argent, Jerry Saltz le rappelle : sauf si vous faites partie du « 1 % d’1 % d’1 % » des artistes qui s’enrichissent grâce à leur art, vous finirez pauvre de toute façon.
Le point commun entre Monet, Warhol ou De Kooning ? Tous ont reçu des critiques acerbes de la part de journalistes comme de leurs pairs artistes ! Ainsi Jerry Saltz préconise-t-il d’avoir « la peau aussi dure que celle d’un éléphant », sans toutefois ignorer les mauvais articles ou les remarques acerbes : les critiques sont au contraire une excellente source de motivation ! Si cela peut être douloureux à admettre, toutes ont généralement un fond de vérité, même si celle-ci paraît exagérée… Encaisser : tout un art !
Lettre de René Magritte au critique d’art Richard Dupierreux
© Adagp, Paris, 2023
Comment devenir artiste
Par Jerry Saltz
Éd. Beaux Arts Éditions • 144 p. • 19 €
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