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“Un coup de maître”, satire jubilatoire du marché de l’art avec Vincent Macaigne et Bouli Lanners

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Publié le , mis à jour le
Excédé par un marché de l’art qui le rejette et dont il ne partage plus les valeurs, un peintre sur le déclin décide de simuler sa mort avec la complicité de son ami galeriste… Décès qui fait immédiatement de lui une star ! Portée par les excellents Vincent Macaigne et Bouli Lanners, la comédie Un coup de maître de Rémi Bezançon (2023) attaque avec fraîcheur les travers du monde de l’art contemporain. Un délicieux buddy movie artistique, disponible en replay sur myCanal jusqu’au 5 avril.
Bouli Lanners incarnant le personnage de Renzo Nervi, artiste en difficulté dans le film “Un coup de maître”
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Bouli Lanners incarnant le personnage de Renzo Nervi, artiste en difficulté dans le film “Un coup de maître”, 2023

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© Mandarin Et Compagnie / Kinovista / Scope Pictures / Proximus

Et si l’ultime coup de maître pour un artiste était de disparaître ? Modigliani, Van Gogh… : nombreux sont les peintres qui ne vendaient pas leurs toiles de leur vivant mais qui, une fois morts, sont devenus des stars aux cotes stratosphériques. Cette injustice grinçante a fourni un excellent nœud dramatique au scénario d’Un coup de maître, remake français par Rémi Bezançon (Ma vie en l’air, Le Premier Jour du reste de ta vie, Un heureux événement, Nos futurs) d’un long-métrage argentin du même nom signé Gastón Duprat (2018).

Orange, vert, bleu intense… Avec des couleurs stridentes et des aplats énergiques rappelant ceux du fauvisme, le personnage principal du film, Renzo Nervi, peint avec ses tripes des compositions figuratives puissantes, sans se soucier de la critique ou des modes. Un peintre, un vrai, comme on en fait plus tellement… Un dinosaure qui navigue dans un milieu pris d’assaut par les NFT, l’art numérique et les installations clinquantes, dénuées de sens et d’émotion !

Un artiste ingérable et autodestructeur

Vincent Macaigne incarnant le personnage d’Arthur Forestier, galeriste dans le film « Un coup de maître »
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Vincent Macaigne incarnant le personnage d’Arthur Forestier, galeriste dans le film « Un coup de maître », 2023

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© Mandarin et Compagnie / Kinovista / Scope Pictures / Proximus

Trop asocial et radical pour se plier aux codes actuels du milieu de l’art, où règnent les courbettes et la spéculation, ce bougon authentique (incarné à merveille par Bouli Lanners, César du meilleur acteur dans un second rôle en 2023 pour La Nuit du 12) ne se rend pas à ses propres vernissages, refuse les interviews, débarque en pleine galerie pour tirer au pistolet sur une de ses peintures, sabote une collaboration de la dernière chance pour raisons politiques… L’artiste se montre si ingérable et autodestructeur que même son unique soutien, son galeriste et ami de toujours (Arthur Forestier, joué par l’irrésistible Vincent Macaigne), ne le supporte plus ! Nervi touche le fond : la critique le démolit, ses ventes sont au point mort et son atelier va être saisi…

La comédie devient noire lorsque Arthur découvre que Renzo Nervi a commandé du poison sur le dark web pour mettre fin à ses jours. Mais ce coup de mou se transforme en coup de maître : avec la complicité de son ami, l’artiste décide finalement de simuler sa mort. Hors circuit, il renaît, retrouve l’inspiration… Et voit sa cote et sa popularité monter en flèche, dès ce faux décès rendu public ! Mais comment le duo va-t-il réussir à préserver ce mensonge ?

La mort inévitable d’un vieux monde devenu obsolète

Derrière son humour et ses multiples rebondissements, le film aborde le thème sérieux du crépuscule du panache et de l’authenticité, de la mort inévitable d’un vieux monde devenu obsolète… En livrant une réflexion réussie sur les notions d’art et d’artiste, que le monde actuel pousse à réinterroger, Un coup de maître critique le vide d’un certain art contemporain (avec notamment une installation désopilante, présentée par une galeriste campée par l’actrice Aure Atika) ainsi que l’hypocrisie, les contradictions, la corruption, l’aseptisation et l’absurdité grandissantes du monde de l’art.

Bouli Lanners incarnant le personnage de Renzo Nervi, artiste en difficulté dans le film « Un coup de maître »
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Bouli Lanners incarnant le personnage de Renzo Nervi, artiste en difficulté dans le film « Un coup de maître », 2023

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© Mandarin et Compagnie / Kinovista / Scope Pictures / Proximus

Le film s’inspire en particulier (jusqu’à le faire surgir de façon amusante à la fin du film) du street artiste Banksy : une figure antisystème emblématique qui a réussi le tour de force de devenir mondialement connu sans révéler son visage ni se laisser corrompre par l’argent – et qui a osé organiser, en 2018, l’autodestruction, juste après son achat et en pleine salle de ventes, de l’une de ses œuvres grâce à un mécanisme déchiqueteur caché !

Références à Niki de Saint Phalle, Rembrandt et Modigliani, hommages au graffiti, vers de Victor Hugo récités par l’artiste durant une nuit d’errance, scène ressuscitant le peintre Pierre Bonnard (justement incarné par Vincent Macaigne dans le dernier film de Martin Provost, sorti en début d’année) en train de retoucher un de ses tableaux dans un musée… Cultivé sans être prétentieux, le film régale les amateurs d’art par de nombreux clins d’œil et « Easter Eggs » à destination des connaisseurs du milieu – comme la présence, glissées parmi les figurants dans la foule d’une galerie, des artistes allemandes transgenres Eva & Adele, personnages connus de la faune des vernissages parisiens.

L’esprit du personnage principal a inspiré une belle initiative aux concepteurs du film, sorti trop discrètement en salles en août dernier. La scène où l’artiste brade ses œuvres une vingtaine d’euros pièce, pour les rendre accessibles à tous, fait en effet écho à un événement bien réel : les vingt peintures de Renzo Nervi créées pour le film ont été exposées (accompagnées d’un faux documentaire sur Renzo Nervi) et vendues aux enchères en juillet-août 2023 chez Tajan au profit de l’association Action contre la faim, dont on voit les membres dans la scène de la vente. Une belle façon de lancer ce film rafraîchissant, qui aura fait du bien jusqu’en coulisses !

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Un coup de maître

Un film de Rémi Bezançon

1h35, 2023, avec Vincent Macaigne, Bouli Lanners, Bastien Ughetto, Aure Atika…

Disponible en replay sur myCanal jusqu’au 5 avril.

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