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Intervention de Peggy Vovos, responsable des publics au Frac Île-de-France au lycée Henri Wallon à Aubervilliers auprès d’un petit groupe de lycéens et lycéennes dans le cadre du projet « Collection partagée »
© Maurine Tric pour BeauxArts.com
En cette charmante matinée de mars, quelques lycéens de la cité scolaire Henri-Wallon à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) s’apprêtent à participer à une réunion capitale pour le Fonds régional d’art contemporain (Frac) d’Île-de-France. Ces dernières semaines, une fois par mois, ces jeunes sont partis à la rencontre d’artistes contemporains, qui leur ont ouvert les portes de leurs ateliers. Ce mercredi, ils se réunissent pour faire le point sur tout ce qu’ils ont vu afin de décider quelles œuvres pourraient faire l’objet d’une acquisition par le Frac.
Le moment est important : s’il n’y aura pas forcément d’achat à la fin de ces ateliers scolaires, nous dit Peggy Vovos (née en 1978), responsable des publics au Frac Île-de-France, l’idée est de faire pénétrer les élèves dans les coulisses d’un établissement artistique, de leur faire comprendre comment il interagit avec les artistes, comment une œuvre arrive dans ses collections… Ainsi mis au parfum, rendus complices du fonctionnement d’une institution publique, les élèves pourront en garder un bon souvenir, avoir envie d’y revenir ou d’y emmener leurs parents.
Car le Frac a beau être gratuit, son entrée reste celle d’un musée d’art contemporain, autrement dit d’un lieu dont on peut se sentir exclu, réservé aux intellectuels, aux bourgeois. Cette impression est loin d’être illégitime, tant les œuvres peuvent être bardées de références savantes, de citations de textes anciens ou de l’histoire de l’art, jouer avec la laideur ou le mauvais goût, le minimalisme ou l’ironie. Bref, elles ont besoin d’un accompagnement critique, mais aussi de pédagogie, et c’est précisément pour les rendre plus lisibles qu’existent les responsables des publics, afin que de plus en plus de visiteurs osent franchir cette entrée.
Faire découvrir et faire participer au processus d’acquisition d’œuvres pour enrichir la collection du Frac, à travers un programme de visites et de rencontres avec des artistes pouvant s’inscrire dans les axes définis par la direction du Frac, 2025
© Maurine Tric pour BeauxArts.com
Passée par l’École internationale des métiers d’arts et de la culture à Paris (IESA), Peggy Vovos est arrivée au Frac en 2023, après deux longues expériences au centre d’art L’Onde de Vélizy et à l’abbaye de Maubuisson. Ici, elle coordonne une équipe de dix personnes, qui compte des chargés d’accueil et de médiation, un référent accessibilité et des chargés de projet. « Certains se concentrent sur ce qui se passe entre nos murs, d’autres sur ce que l’on propose hors-les-murs, dans toute l’Île-de-France. » C’est d’ailleurs l’essence même d’un Frac, rappelle-t-elle, qui est avant tout un fonds d’œuvre d’art destiné à voyager un peu partout, avant d’être un lieu d’exposition.
Inclure les plasticiens dans ce type de projet de médiation permet de les « sensibiliser » à la diversité des publics qui regarderont leur travail.
En 2021, nous avions par exemple suivi un médiateur du Frac dans un lycée de Seine-Saint-Denis, où il était venu avec une valise contenant des œuvres d’Émilie Pitoiset (née en 1980), d’Aurélie Salavert (née en 1966) et de Jiří Kovanda (né en 1953). Cette « Flash Collection » permet aux œuvres de sortir des réserves du Frac pour aller à la rencontre de scolaires, nous redit Peggy Vovos, leur permettre de parler d’art, le plus souvent sur le temps de leurs cours d’arts plastiques. Plus récemment, c’est à l’artiste Sébastien Rémy (né en 1983) que le fonds a confié la mission d’inventer sa propre déclinaison du dispositif « Flash Collection », pour ensuite aller lui-même dans les établissements scolaires.
Durant deux ans, d’octobre 2023 à décembre 2025, c’est encore une artiste, Laura Burucoa, qui a été conviée par le Frac pour imaginer sur le temps long la production d’une œuvre collective avec les usagers de la Maison pour tous du jardin des sources à Noisy-le-Grand et de la Maison de quartier Daniel-Balavoine à Bondy.
Les oeuvres pour être comprises, ont besoin d’un accompagnement critique, mais aussi de pédagogie, et c’est précisément pour les rendre plus lisibles qu’existent les responsables des publics, 2025
© Maurine Tric pour BeauxArts.com
« On travaille souvent avec de jeunes artistes, qui sont dans une économie particulière, détaille Peggy Vovos. Ces projets pédagogiques peuvent les aider dans leur professionnalisation. » Aussi, inclure les plasticiens dans ce type de projet de médiation permet de les « sensibiliser », analyse-t-elle, à la diversité des publics qui regarderont leur travail.
Le maître-mot des missions du responsable des publics ? S’adapter. À l’âge, à la situation économique, à la santé, aux particularités sensibles… En proposant des visites guidées spécialement pensées pour les familles avec des tout-petits, des ateliers pour enfants avec parents (« pour créer un vrai moment en famille »), des « sacs sensibles » remplis d’objets pensés pour améliorer le confort de la visite des personnes en situation de handicap – avec une boule anti-stress, des « lunettes pour la luminosité », des « cartes pour communiquer sans verbaliser »… Le Frac collabore aussi avec différentes associations comme les Souffleurs d’images, qui imaginent des visites adaptées aux personnes aveugles et malvoyantes.
L’idée de Peggy Vovos est de faire pénétrer les élèves dans les coulisses d’un établissement artistique, 2025
© Maurine Tric pour BeauxArts.com
Le service de Peggy Vovos peut encore se charger de la rédaction de cartels, réfléchir à leur affichage, écrire des notices pour le journal de l’exposition distribué gratuitement à l’entrée, penser des contenus en FALC (Facile à lire et à comprendre). Depuis quelques mois, un espace situé à l’entrée du Frac permet à chacun de s’installer pour suivre le protocole de création en lien avec l’exposition en cours, et le « faire librement, en papotant entre copines », ou lors d’ateliers menés par un médiateur. Bientôt, un petit coin calme sera aménagé avec un fauteuil pour s’asseoir et lire des livres, pour prendre le temps d’entrer autrement dans les thèmes abordés par le Frac, y rester plus longtemps.
« Les publics évoluent, les pratiques aussi. »
Peggy Vovos
Tout ceci est précieux : il faut penser aux parents chargés d’un porte-bébé, aux seniors dont la vue baisse, aux étrangers qui apprennent encore à maîtriser la langue française… Tout ce que ne verra pas un visiteur lambda, habitué des lieux d’art et en bonne santé, eux le verront, pourront s’asseoir, prendre un moment pour se détendre, lire correctement un cartel qui ne sera pas plongé dans l’ombre ou écrit trop petit. « Les publics évoluent, les pratiques aussi », précise Peggy Vovos, qui voit exploser depuis une dizaine d’années le phénomène des visites « sensorielles », destinées aux tout-petits comme au public désireux d’approcher les œuvres de plus près. « On a un stock d’échantillons de matériaux que l’on demande aux artistes et que l’on peut donner à toucher aux visiteurs curieux. »
Sa tâche relève également de l’observation, au quotidien. Remarquant que des collégiens s’asseyaient tous les jours le long de sa vitrine pour manger, l’équipe a eu l’idée de proposer un format gratuit sur l’heure du déjeuner, offrant une visite et un sandwich, en partenariat avec un vendeur de bagels situé non loin du Frac. L’initiative a été couronnée de succès, et pas uniquement grâce aux sandwichs gratuits, sourit Peggy Vovos. « Il s’agit de permettre aux visiteurs d’avoir un moment d’épanouissement ; de les amener à une découverte d’eux-mêmes, d’ouvrir des horizons… Ou, au moins, d’essayer ! »
Frac Île-de-France - Les réserves Romainville
43 Rue de la Commune de Paris • 93230 Romainville
www.fraciledefrance.com
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