À partir du 7 mai prochain, sous les somptueuses fresques de Michel-Ange ornant l’auguste chapelle Sixtine, 135 cardinaux coupés du monde extérieur procéderont à l’élection du successeur du pape François décédé le 21 avril.
Alors que les préparatifs de ce conclave (tout comme les intenses jeux de pouvoir) viennent de débuter au Vatican, retour en images sur six portraits de papes qui, de Raphaël à Maurizio Cattelan, ont marqué l’histoire de l’art.
Raphaël, Portrait du pape Jules II, 1511
Huile sur panneau • 108,7 × 81 cm • Coll. National Gallery, Londres
Ses exploits militaires ont valu à Jules II (1443–1513) le surnom du « Terrible ». Difficile à croire à la vue de ce portrait plein d’humanité et de mélancolie. Le souverain pontife, commanditaire des fresques de la chapelle Sixtine, apparaît dans son grand âge, assis non pas sur un luxueux trône mais sur un simple siège rehaussé d’or. Raphaël (1483–1520), alors au sommet de sa gloire, casse ici les codes de la représentation du pape en figurant son sujet de trois quarts, l’air méditatif. « Il a fait un portrait du pape Jules si travaillé et si réaliste que le portrait a causé à tous ceux qui l’ont vu des tremblements comme si cela avait été l’homme vivant lui-même », rapporte ainsi Giorgio Vasari dans Les Vies.
Titien, Portrait de Paul III, 1543
Huile sur toile • 106 × 85 cm • Coll. musée Capodimonte de Naples
Difficile de ne pas déceler l’influence de Raphaël dans ce poignant portrait de Paul III (1468–1549) peint par Titien (1488–1576). Si l’artiste reprend un certain nombre de procédés de son prédécesseur – la posture de trois quarts, le fond neutre… – il va encore plus loin dans l’humanisation de la figure papale. Paul III, lui aussi très âgé, est ici figuré sans son camauro, une coiffe d’hiver doublée de fourrure blanche portée par les papes jusqu’au XIXe siècle. Bien que légèrement voûté sur son siège, il fixe le spectateur avec une intensité rare tandis qu’il tient entre ses doigts osseux sa bourse : un geste ambigu qui peut évoquer le devoir de charité comme l’octroi des bénéfices ecclésiastiques.
Diego Velásquez, Portrait d’Innocent X, 1650
Huile sur toile • 140 × 120 cm • Coll. Galería Doria Pamphili, Rome
Œuvre emblématique du baroque espagnol, le portrait d’Innocent X (1574–1655) par Diego Vélasquez (1599–1660) a été peint par l’artiste lors d’un séjour en Italie. Contrairement à Jules II et Paul III, il paraît plein de vigueur malgré son âge avancé (76 ans). L’œuvre frappe par son réalisme sévère : tenant dans sa main une lettre sur laquelle on devine la signature de l’artiste, le pape toise le spectateur d’un regard d’acier. Le peintre sévillan signe un portrait d’une grande tension psychologique, qui inspirera bien des siècles plus tard Francis Bacon. « Troppo vero ! » (« trop vrai ! ») se serait exclamé le souverain pontife en découvrant la toile…
Jacques-Louis David, Portrait du pape Pie VII, 1805
Huile sur panneau • 86,5 × 71,5 cm • Coll. musée du Louvre, Paris
Dix ans après avoir voté la mort de Louis XVI, Jacques-Louis David (1748–1825), devenu premier peintre de l’Empire, se trouve face au pape Pie VII (1742–1823) pour réaliser son portrait. « Il est pauvre comme saint Pierre, les dorures sont fausses, mais cela n’est plus que respectueux. Enfin, il est évangélique à la lettre. Le brave homme m’a donné sa bénédiction. Eh ! mon Dieu oui. Cela ne m’était pas arrivé depuis que j’ai quitté Rome », déclare alors le peintre, qui traduit sur la toile toute la modestie de son modèle. Ce dernier trône emmitouflé dans son habit d’apparat, qui occupe presque la moitié de la composition, et pose sur le spectateur un regard serein, plein d’humilité.
Maurizio Cattelan, La Nona Ora (exposée à la Monnaie de Paris en 2016), 1999
Résine polyester, cheveux naturels, accessoires, pierre, moquette • Dimensions variables selon l’espace • © Ginies / Sipa
Jean-Paul II (1920–2005) anéanti par une météorite, défiguré par une expression de douleur : de Maurizio Catellan (né en 1960) n’a pas manqué de susciter le scandale. D’un réalisme stupéfiant, l’œuvre réalisée en cire fait référence aux célèbres paroles du Christ sur la croix, rapportées dans l’Évangile : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Figé dans sa chute, la figure du pape incarne la vulnérabilité face à la mort (six ans avant le décès de Jean-Paul II des suites d’une longue maladie). C’est l’une des œuvres d’art contemporain les plus emblématiques de ce dernier quart de siècle.
Francis Bacon, Portrait du pape Innocent X d’après Vélasquez, 1953
Huile sur toile • 15,2 × 11,8 cm • Coll. Des Moines Art Center • © akg-images / © The Estate of Francis Bacon /All rights reserved / Adagp, Paris and DACS, London 2025
Inspiré (pour ne pas dire obsédé) par le chef-d’œuvre de Diego Vélasquez, Francis Bacon (1909–1992) aura réalisé plus d’une quarantaine d’études préparatoires avant d’aboutir à cet époustouflant portrait : une vision infernale du pape Innocent X devenu méconnaissable, le visage déformé par un cri de peur ou de douleur, et le corps cloué sur un trône qui évoque plutôt une chaise électrique… À la fois profondément existentiel et terriblement angoissant, ce tableau s’est imposé comme un manifeste de la condition humaine dans l’œuvre de Bacon.
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