40 ans, 40 trésors des musées de France à voir (au moins) une fois dans sa vie
40 ans, 40 trésors des musées de France à voir (au moins) une fois dans sa vie
À l’occasion de ses 40 ans, Beaux Arts Magazine met en lumière 40 œuvres des plus grands musées de France. 40 pépites de l’histoire de l’art allant de Georges de La Tour à Zanele Muholi, à découvrir sur les cimaises de Caen, Bordeaux, Avignon ou Clermont-Ferrand. Bon voyage !
40 ANS, 40 PÉPITES
Nos coups de cœur dans le Nord-Ouest
Une sombre vanité au musée de Tessé, un Rubens rugissant à Rennes, un paysage volcanique de Gauguin au Havre, une toile estivale d’Albert Marquet aux Sables-d’Olonne… Cap sur le Nord-Ouest qui recèle de fabuleux trésors insoupçonnés.
Au musée des Beaux-Arts d’Angers : Chardin, fruit de la passion
Jean-Baptiste Chardin, Pêches et prunes, vers 1764
huile sur toile • 21 × 32 cm • Coll. musée des Beaux Arts d’Angers • © Bridgeman Images
Cette œuvre tardive de Chardin appartenait à un amateur angevin éclairé, Pierre-Louis Éveillard de Livois (1736–1790). Ce dernier entretenait des relations régulières avec les peintres et marchands d’art parisiens. Jean Siméon Chardin (1699–1779) fut l’artiste qu’il collectionna le plus : sept peintures et trois pastels, ce qui constitue l’une des collections les plus importantes d’œuvres du peintre au XVIIIe siècle.
Au musée d’Angers, sont exposés trois tableaux, dont celui-ci, Pêches et prunes, qui compte parmi les plus petites peintures réalisées par l’artiste. On y retrouve en condensé le génie de l’artiste, que Diderot sut si bien restituer : « de près on ne sait ce que c’est et, à mesure qu’on s’éloigne, l’objet se crée et finit par être celui de la nature ». Pêches et prunes figure dans les collections du musée des Beaux-Arts d’Angers depuis son ouverture en 1801, qui conserve encore aujourd’hui un tiers de la collection originelle de Livois, issue d’une saisie révolutionnaire.
Texte : musée des Beaux-Arts d’Angers
Au musée des Beaux-Arts de Caen : Véronèse ou le péché de chair
Véronèse, La Tentation de Saint-Antoine, 1552
huile sur toile • 198,2 × 149,5 cm • Coll. musée des Beaux-Arts, Caen • © Bridgeman Images
Voilà la première œuvre importante connue de la jeunesse de Véronèse (1528–1588). L’artiste est alors âgé de 23 ans lorsqu’il reçoit commande du cardinal Hercule Gonzague, en 1551–1552. Le sujet du tableau est certes classique : inspiré de la Légende dorée de Jacques de Voragine (1261–1266), il représente le moment où, terrassé par le diable qui le menace d’un pied de cheval, le saint résiste à la tentation charnelle incarnée par la femme aux mains griffues. Mais la forme l’est moins.
Le tableau fait son miel de multiples influences, mêlant le souvenir de Michel-Ange (la musculature du saint) à celui de Titien (le visage du démon). La monumentalité des figures, la torsion des corps, le sentiment d’étouffement induit par le cadrage de la composition révèlent une influence maniériste venant, peut-être, de Giulio Romano. La lumière diffuse accentue l’atmosphère surnaturelle de la scène et met en valeur la chair de la séductrice. La végétation à l’arrière-plan empêche le regard de s’échapper, renvoyant implacablement à l’assaut subi par saint Antoine.
Texte : musée des Beaux-Arts de Caen
Au MuMa du Havre : un très simple coin de paradis
Paul Gauguin, Paysage de Te Vaa, 1896
huile sur toile • 46 × 74 cm • Coll. MuMa, Le Havre • © MuMa Le Havre / David Fogel
Le Paysage de Te Vaa est un tableau discret, loin de la flamboyance des œuvres connues de son auteur ; un Paul Gauguin (1848–1903) pas comme les autres : sans vahiné ambrée, sans végétation luxuriante ou divinité inventée ; sans Bretagne bleue ni Christ jaune. Ce paysage est presque désert. Un volcan au loin trempe paresseusement sa base dans un lagon foncé. Trois éléments peuplent l’espace comme un premier matin du monde : terre, eau, ciel. Et c’est tout, parce que rien ne se passe dans la douceur de l’endroit. Pour le trouver, cet endroit, c’est l’envers du tableau qu’il faut inspecter.
Une étiquette d’écolier marquée d’une large écriture érudite indique un coin de paradis : « Vue de la Martinique ». Cette étiquette marque aussi le début du purgatoire de l’œuvre, le premier point qui va faire douter les experts sur sa localisation de création. Dans la foulée, ils douteront aussi de la date ; puis de la qualité d’exécution. Et c’est indéniable, cette œuvre est atypique, peinte sur une toile grossière, dans un format inconnu, inachevée sur ses bords. Sa surface est irrégulière, à peine couverte de peinture sur l’ensemble mais épaissie par la cicatrice d’un repentir et d’insistants empâtements. Et puis le pedigree du tableau est mince.
Avant sa date d’arrivée au musée des Beaux-Arts du Havre au milieu des années 1930, il est inexistant. Sans doute que ses papiers auront brûlé dans l’incendie du bâtiment dans le chaos de septembre 1944. Pourtant il est là, sobre, silencieux. Il a l’aura entêtante des tableaux modestes, de ceux qui n’attirent que les regardeurs méticuleux ou les fouineurs pugnaces. Pour qui prend le temps de lire entre les touches, il distille des amorces, des timidités de réponses. Visiteurs, chercheurs ont posé sur lui des regards critiques et bienveillants. Mais le mot de la fin appartient toujours au spectateur, détenteur du verdict suprême : l’émotion devant la toile.
Texte : MuMa — musée d’Art moderne André-Malraux
Au musée de Tessé du Mans : la mort en face
Philippe de Champaigne, Vanité, vers 1640–1650
huile sur bois • 28 × 37 cm • Coll. musée de Tessé, Le Mans
« Souviens-toi que tu vas mourir ». Ce sévère memento mori invite à une méditation solitaire et rappelle les liens de l’artiste avec les milieux jansénistes de Port-Royal. Dérivé du genre de la nature morte flamande et hollandaise, le thème de la vanité est introduit en France dans la première moitié du XVIIe siècle grâce aux peintres, comme Philippe de Champaigne (1602–1674), né en Flandres.
Trois objets sont disposés frontalement sur une tablette de pierre. Au centre, le crâne aux orbites sombres happe le regard, dans une confrontation directe avec la mort. La beauté fugace d’une tulipe rappelle la fragilité de l’existence et la futilité des possessions terrestres ; le sablier, celle de la fuite inexorable du temps. Présentés dans une composition sobre, décrits avec une précision froide et réaliste, ils livrent leur message spirituel et moralisateur avec une éloquence dépouillée.
Texte : musée de Tessé
Au musée d’Arts de Nantes : une œuvre sans queue ni tête
Fabrice Hyber, POF n°87 – Voiture à double tranchant, vers 1997
installation • 230 × 185 × 170 cm • Coll. musée d’arts de Nantes, Nantes • © Adagp, Paris, 2023 / © musée d’arts de Nantes/ Photo M. Roynard
POF n°87 – Voiture à double tranchant est un « Prototype d’Objet en Fonctionnement » réalisé par Fabrice Hyber (né en 1961). L’acronyme POF désigne une série d’œuvres portant chacune un numéro que l’artiste initie au début des années 1990. Cette voiture, conservée par le musée d’Arts de Nantes, est composée de deux avants de voiture de couleur rouge du modèle Wartburg 353, fabriqué en Allemagne de l’Est dans les années 1960–1980 et emblématique de l’époque. Assemblés l’un à l’autre, les deux éléments constituent plus ou moins la véritable longueur d’un véhicule. Équipé de sièges, de deux volants et deux leviers de vitesse, il semble tout d’abord suggérer des fonctions doubles. Quoique complètement insolite, l’agrégation offre potentiellement la possibilité de manipuler l’engin dans une direction ou dans l’autre. Extraordinaire ou absurde ?
Texte : musée d’Arts de Nantes
Musée d'Arts de Nantes
10 Rue Georges Clemenceau • 44000 Nantes
museedartsdenantes.nantesmetropole.fr
Au musée des Beaux-Arts d’Orléans : pur morceau de peinture
Aimée Pagès, Étude de femme, 1839
huile sur toile • 116 × 89 cm • Coll. Beaux Arts d’Orléans
En 1839, l’Étude de femme qu’Aimée Brune-Pagès (1803–1866) présente à l’exposition des Amis des Arts d’Orléans est son premier tableau acheté par un musée. Elle est d’ailleurs l’une des premières artistes contemporaines à entrer dans les collections du musée d’Orléans, ouvert en 1825. Sa réputation est déjà bien établie et elle apparaît comme le porte-flambeau des femmes peintres, bravant les convenances en continuant d’exposer et de vivre de son art après son mariage en 1833 avec le peintre de paysage Christian Brune. La scène de genre, en plein renouveau, lui offre d’abord un terrain d’expérimentation des passions humaines.
Une jeune fille apprenant la mort de son mari, en 1834, tire les larmes aux visiteurs du Salon qui se délectent, comme la critique, de la grâce pathétique dont elle fait sa marque de fabrique. Son ambition reste toutefois la peinture d’histoire. En 1839, elle franchit une limite avec ce tableau exposé comme un morceau de pure peinture dépourvu de narration mais qui suggère, par son grand format, l’amorce d’une composition de grande ampleur. Elle abordera par la suite subtilement les sujets religieux, avec la bienséance exigée à l’époque d’une femme, qui plus est épouse et mère.
Texte : musée des Beaux-Arts d’Orléans
Au musée de Pont-Aven : sous le soleil de Bouddha
Paul-Elie Ranson, Étude pour Christ et Bouddha, 1890
pastel sur papier • 60 × 70 cm • Coll. musée de Pont-Aven
Cette œuvre est un condensé de l’art de Paul-Élie Ranson (1861–1909) qui, comme les autres membres des Nabis, est animé de questionnements philosophico-religieux. Enthousiasmé par la lecture des Grands Initiés d’Édouard Schuré (1889), livre mythique qui esquisse l’histoire secrète des religions et explore la tradition ésotérique, Ranson le fut tout autant, dans l’esprit de la fin du XIXe siècle, par les théories théosophiques, proche du symbolisme et de l’ésotérisme.
L’époque est à l’engouement pour les sciences occultes et les sociétés secrètes. Ce pastel constitue une étude pour le tableau Christ et Bouddha (vers 1890), conservé aux Pays-Bas à la Triton Foundation, dans laquelle le Christ jaune irradiant la toile est un hommage à Gauguin. Si le Christ jaune n’apparaît pas dans ce pastel préparatoire, le syncrétisme, mêlant christianisme, hindouisme et bouddhisme, n’en reste pas moins prégnant. Le dieu Vishnou est reconnaissable à sa tiare entourée de fleurs de lotus, symboles de l’Univers. En surplomb, Bouddha est nimbé d’une aura orangée : une œuvre ésotérique en diable.
Texte : musée de Pont-Aven
Musée de Pont-Aven
Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h
Place Julia • 29930 Pont-Aven
www.museepontaven.fr
Au musée des Beaux-Arts de Rennes : Rubens en maître des chasses
Pierre Paul Rubens, La Chasse au tigre, vers 1615
huile sur toile • 248,2 × 318,3 cm • Coll. musée des Beaux Arts de Rennes • © Jean-Manuel Salingue / MBA Rennes
La Chasse au tigre faisait à l’origine partie d’un cycle de quatre chasses exotiques réalisées par Pierre Paul Rubens (1577–1640) vers 1616. Les autres toiles mettaient en scène des lions, des hippopotames ou encore des sangliers, toutes destinées à orner le pavillon de chasse de Maximilien de Bavière, près de Munich. Les quatre tableaux sont en France depuis les conquêtes de Napoléon, et ont ensuite été dispersés entre les musées de Marseille, Rennes et Bordeaux où La Chasse aux lions a été détruite lors d’un incendie au XIXe siècle. L’œuvre consacrée aux hippopotames est aujourd’hui exposée à la Pinacothèque de Munich. Dans ce tableau, Rubens reprend les grandes lignes d’une œuvre détruite de Léonard de Vinci représentant la bataille d’Anghiari dont il avait vu des copies lors de son passage à Florence.
Cette assemblée exubérante s’entremêle dans un tourbillon centrifuge de lignes et de couleurs. Le premier talent de Rubens, et l’une des clés de son immense succès auprès des grandes cours européennes, réside principalement dans l’unité qu’il donne à de pareilles scènes où figurent de nombreux personnages. Avec ses créations, l’artiste propose une esthétique dynamique et décorative parfaitement adaptée à l’ornementation des grandes demeures royales et aristocratiques.
Le peintre joue des effets de contraste entre les couleurs froides et les couleurs chaudes, entre les figures et les animaux. D’une capacité d’invention extraordinaire, il met en place des formules ou des thèmes, comme ici les chasses exotiques, qui auront une influence considérable sur la peinture européenne durant les XVIIIe et XIXe siècles.
Texte : musée des Beaux-Arts de Rennes
Au musée des Beaux-Arts de Rouen : au-delà du paysage
Hendrick van Minderhout, Paysage avec l’enlèvement d’Europe, vers 1680
huile sur toile • 110 × 224 cm • Coll. musée des Beaux Arts de Rouen
Né à Rotterdam mais émigré dans les Pays-Bas du Sud, Hendrick van Minderhout (1632–1696), peintre assez méconnu, a contribué à introduire un répertoire de grands tableaux décoratifs d’inspiration italianisante : ils associent des vues de ports bordés d’édifices classiques et d’idylliques paysages marins baignant dans une lumière dorée et une atmosphère brumeuse.
Dans Paysage avec l’enlèvement d’Europe, Jupiter, métamorphosé en taureau, arrache à ses compagnes la princesse phénicienne Europe, fille d’Agénor, roi de Tyr : de leur union naîtra Minos, plus tard roi de Crète. L’insertion d’une scène mythologique dans ce genre de vue est exceptionnelle dans l’œuvre du peintre. Au cours du XVIIIe siècle, le groupe formé par Europe et six de ses compagnes a été masqué sous un important repeint, sans doute pour rendre la composition plus conforme au registre habituel du maître. Il n’a été restitué qu’en 1992, à l’occasion d’une restauration !
Texte : musée des Beaux-Arts de Rouen
Au musée d’Art moderne et contemporain des Sables-d’Olonne : fenêtre sur plage avec Albert Marquet
Albert Marquet, L’Eté, la plage des Sables d’Olonne, 1933
huile sur toile • 64 × 80 cm • Coll. MASC, les Sables d’Olonne
Albert Marquet (1875–1947) étudia dans l’atelier de Gustave Moreau aux côtés de Henri Matisse et Henri Manguin et compta parmi les fauves qui firent scandale au Salon d’Automne de 1905. Couleurs violentes, raccourcis de cadrages, reniement de la perspective : autant de raisons de faire rugir la critique de l’époque. Mais la palette d’Albert Marquet, s’assagit progressivement pour se concentrer sur le rendu subtil des états de l’eau. Attiré par les côtes atlantiques et encouragé par son ami Paul Signac, qui lui fait découvrir La Rochelle, il fit deux séjours aux Sables-d’Olonne. D’abord en 1921, au port de La Chaume, puis en 1933, dans un hôtel situé sur le Remblai d’où il ouvre sa fenêtre vers la mer, y trouvant un cadrage pour ses compositions. Le musée des Sables-d’Olonne conserve ainsi deux vues de la plage. Par temps gris, Marquet privilégie le jeu des diagonales, les variations de bleus et de gris, la densité des vagues. Par temps radieux, il saisit l’agitation de la plage, les couleurs vives de ses tentes et ses baigneurs. Le fauve s’est tu.
Texte : musée d’Art moderne et contemporain des Sables-d’Olonne
MASC - Musée d'art moderne et contemporain des Sables-d'Olonne
Rue de Verdun • 85100 Les Sables-d'Olonne
www.lemasc.fr
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