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Art contemporain

Le meilleur (et le pire) de 2017

le 23 novembre 2017 à 19h11

Par un hasard du calendrier totalement lunaire, les plus grandes biennales (Venise, Istanbul…), quinquennale (Kassel / Athènes) et décennale (Münster) ont eu lieu en 2017. Qu’avons-nous retenu de l’année artistique écoulée, en France comme à l’étranger ? Palmarès des œuvres qui ont marqué la rédaction.

Alejandro Almanza Pereda, paysages bétonnés

Pour la 15e biennale d’Istanbul, Alejandro Almanza Pereda présentait au Pera Museum sa série Horror Vacui (« Peur des espaces vides »). Explosés contre des paysages d’artistes anonymes, glanés çà et là dans différents marchés stambouliotes, des blocs de béton cachent partiellement la vue de ces scènes bucoliques. Ce faisant, l’artiste mexicain présente la réalité de notre monde, où les forêts d’infrastructures urbaines détruisent la nature à mesure qu’elles grandissent. A. S.

Alejandro Almanza Pereda, Horror Vacui
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Alejandro Almanza Pereda, Horror Vacui, 2017

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Photo Poyraz Tütüncü

Camille Henrot, exposée sur 22 000 m2

La carte blanche donnée à Camille Henrot par le Palais de Tokyo pouvait avoir la saveur traître d’un cadeau empoisonné : tout cet espace pour une artiste, certes « internationalement reconnue » selon la formule consacrée, mais encore en devenir (elle est née en 1978). Camille Henrot a structuré son exposition selon une temporalité courte, dont chaque section correspond à un jour de la semaine. Soit une manière d’assumer les changements d’humeur et de tonus. Cette sculpture-là semble paresseusement courber l’échine en attendant des jours meilleurs et renferme au creux de ses reins un liquide, potion magique ou fluide organique. J. L.

Camille Henrot, Drinking Bird
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Camille Henrot, Drinking Bird, 2017

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Courtesy Camille Henrot et Kamel Mennour, Paris-Londres

Bertrand Dezoteux, delirium 3D

Avec Super-règne, lui aussi présenté au Palais de Tokyo (dans le cadre de l’exposition « Le rêve des formes » cet été), Bertrand Dezoteux signe une drôle de fable numérique qui met en scène la figure du sculpteur Bruno Gironcoli (1936–2010) sous les traits caricaturaux d’une créature noire, molle et si grosse que ses jambes disparaissent sous sa bedaine. L’artiste a faim. Un livreur à vélo, portant dans sa besace de quoi le satisfaire, pédale tant qu’il peut, passant de monts en vallées, sans faiblir. Tandis qu’un insecte à pattes poilues joue avec lui à la mouche du coche, le paysage s’anime : des personnages à la peau métallique et à la consistance liquide défilent en dansant, extensions vivantes de l’esprit créateur de Gironcoli. J. L.

Bertrand Dezoteux, Super-règne
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Bertrand Dezoteux, Super-règne, 2017

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Courtesy Bertrand Dezoteux

Calvin Marcus, dormeurs du val

Armé de pastels à l’huile créés sur mesure pour reproduire les teintes des crayons Crayola, Calvin Marcus déploie sur d’immenses panoramiques des corps de soldats agonisant. Ces hommes sont à terre, ou plus exactement comme couchés dans l’herbe, dont les milliers de brins empruntent à l’esthétique Photoshop leur rendu plastique. En exposant ce vaste champ de bataille pictural, la galerie belge Clearing prend les allures d’un cimetière de combattants du monde entier, égaux devant la souffrance. Sommes-nous d’ailleurs alors de simples témoins ou placés du côté de l’ennemi ? H. V.

Calvin Marcus, Were Good Men
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Calvin Marcus, Were Good Men, 2016

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© Photo Prudence Cuming Associates

Le ravissement de Cerith Wyn Evans

Pour sa première rétrospective chez Marian Goodman à Paris, l’artiste britannique Cerith Wyn Evans exposait de sublimes lustres en verre soufflé de Murano, répondant en lumière à la musique de deux partitions interprétées au piano par l’artiste et diffusées dans l’espace épuré de la galerie. Soit un jeu visuel et sonore procurant au spectateur une sensation presque hallucinatoire, où l’on s’imaginait que la douceur des notes prenait naissance dans la chorégraphie lumineuse des lustres. A. S.

Cerith Wyn Evans, S=U=T=R=A2
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Cerith Wyn Evans, S=U=T=R=A2, 2017

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Courtesy Cerith Evans et Marian Goodman Gallery

Eliza Douglas, des plantes vertes et des hommes

Les tableaux chorégraphiques d’Eliza Douglas vus sur le stand d’Air de Paris à la Fiac campent des corps figés et hébétés telles des plantes en pot dans un intérieur aseptisé. Mais aussi des bribes d’êtres humains noués et emmêlés, où les mains pendent au bout de longs bras, tracés d’un coup de brosse qui prend plaisir à zigzaguer à la surface blanche de la toile, animant ces membres d’une vigueur cafouilleuse. Faut-il le rappeler, l’Américaine, installée à Francfort, fut l’une des performeuses fantômes lâchées en liberté surveillée par Anne Imhof dans les cellules vitrées du Pavillon allemand de la dernière biennale de Venise. J. L.

Eliza Douglas, Weird ,The Real Kind
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Eliza Douglas, Weird, The Real Kind, 2017

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Courtesy Air de Paris, Paris / © Ivan Murzin

Elmgreen & Dragset, vautour paternel

Une mauvaise fée se penche sur le berceau… On reconnaît bien là l’esprit sarcastique du duo scandinave, qui aime à retourner comme un gant tous les poncifs du confort bourgeois. Si leur art est souvent plus efficace dans de vastes mises en scène, on ne pouvait s’empêcher de frémir à la vue de cette sculpture dévoilée à la Fiac (König Galerie, Berlin), alors que les deux compères venaient de clore la biennale d’Istanbul dont ils étaient les commissaires inspirés. E. L.

Elmgreen & Dragset, Eternity
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Elmgreen & Dragset, Eternity, 2014–2017

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Photo Jean-Michel Pancin

Flora Moscovici, peintre volatile

Dans la catégorie des peintures s’aventurant dans l’espace, s’affranchissant des limites du cadre et de la toile, on n’avait rien vu d’aussi éthéré et atmosphérique que l’intervention de Flora Moscovici au Doc ! et à la Galerie de Multiples, à Paris. La jeune femme, née en 1985, semble imbiber, éponger, saupoudrer les murs de teintes pastel et parvient à leur prêter la consistance duveteuse des rêves éveillés. Il arrive qu’on croise, en entrouvrant les yeux, une performeuse… J. L.

Flora Moscovici, Viridité dans le gymnase
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Flora Moscovici, Viridité dans le gymnase, 2017

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Photo Rebecca Fanuele

Anne Imhof, un(e) Lion(ne) d’or des plus féroces

Cette vie en suspens, c’est la nôtre ! Ces corps androgynes qui se blessent, se battent, s’embrassent, résistent, fuient, c’est le nôtre aujourd’hui, transcendé par Anne Imhof. La jeune prodige allemande a transformé le pavillon vénitien en déchirant opéra rock, valse de performeurs et de molosses, d’esclaves et de combattants. Intitulée Faust, cette performance de plus de quatre heures renvoie aussi bien au héros de Goethe qui vendit son âme à Méphistophélès qu’au terme allemand désignant le poing. Et valut à l’artiste un Lion d’or amplement mérité. E. L.

Anne Imhof, Faust
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Anne Imhof, Faust, 2017

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© Jean-Michel Pancin

Pour ou contre Damien Hirst au Palazzo Grassi et à la Punta della Dogana, à Venise ?

Pour : « Un sombre naufrage pour une brillante métaphore de l’art contemporain » par Fabrice Bousteau

Pour Hirst, l’art est une fiction et un mouvement sans origine ni fin. Et pour lui, toute idée de progrès dans l’art est à proscrire. Son exposition est un scénario de film : l’épave d’un bateau échoué à une époque indéterminée a été retrouvée remplie d’œuvres diverses ayant appartenu à un riche collectionneur. Un scénario qui lui permet, en présentant des œuvres transformées par l’érosion marine mais aussi des copies d’œuvres supposées disparues, de créer une exposition sociologique sur le monde de l’art contemporain. Un jeu brillant malgré le kitsch poussé de certaines œuvres… comme il en existe tant aujourd’hui et que musées, critiques et collectionneurs portent aux nues. Y compris certaines de Damien Hirst.

Contre : « Le naufrage, c’est le sien » par Emmanuelle Lequeux

Le problème, avec les films à grand spectacle, c’est qu’on n’y croit pas. Et qu’on se demande bien pourquoi de telles sommes ont été allouées au projet. C’est ce qui se passe avec la pseudo-fiction de Damien Hirst à Venise, qui déverse codex aztèques, sphinges alanguies, monnaies précieuses, coquillages rares et crânes de cyclope comme s’il en pleuvait. Mais plus que de la lassitude, c’est le dégoût qui envahit face à cette débauche d’argent, de talent – on parle de celui des fondeurs, tailleurs et orfèvres, toutes ces petites mains qui ont façonné le projet. Hirst voulait nous raconter l’histoire d’un naufrage. C’est réussi, mais le naufrage, c’est le sien.

Damien Hirst, The Warrior And The Bear
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Damien Hirst, The Warrior And The Bear, 2017

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© Damien Hirst et Science Ltd

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