Le meilleur (et le pire) de 2017
Le meilleur (et le pire) de 2017
Par un hasard du calendrier totalement lunaire, les plus grandes biennales (Venise, Istanbul…), quinquennale (Kassel / Athènes) et décennale (Münster) ont eu lieu en 2017. Qu’avons-nous retenu de l’année artistique écoulée, en France comme à l’étranger ? Palmarès des œuvres qui ont marqué la rédaction.
Révélations
Médaillés d’or
Tremplin pour les plus jeunes ou consécration pour les artistes déjà confirmés, les prix de photographie et d’art contemporain livrent chaque année un instantané des tendances actuelles. Retour sur les récompenses les plus convoitées.
Joana Hadjithomas & Khalil Joreige, archéologues postcontemporains
Prix Marcel Duchamp
Le duo libanais, qui navigue entre Beyrouth et Paris, cinéma et arts plastiques, vient de remporter le prix Marcel Duchamp 2017. C’est à partir de carottages prélevés par des géologues et des archéologues dans le sous-sol de Paris, Athènes et Beyrouth que Joana Hadjithomas & Khalil Joreige ont conçu une symphonie visuelle flottant dans l’espace. Enfermés dans une résine transparente et des tubes de verre, ces fragments racontent une histoire où hier et aujourd’hui sont inextricablement liés. Une recherche sur l’empreinte, la temporalité et la transmission, des thèmes que ne cessent d’explorer ces artistes fascinés par « la façon dont le passé est sans cesse revisité par le présent ». E.L.
Joana Hadjithomas & Khalil Joreige, Discordances/Unconformities, 2017
Techniques mixtes • Dimensions variables • © Centre Pompidou, 2017 / Photo Audrey Laurans
Lizzie Sadin, de la traite des femmes au Népal
Prix Carmignac du photojournalisme
Du Kosovo au nord du Mali, en passant par les prisons de mineurs, la photoreporter Lizzie Sadin regarde la douleur en face. Récompense amplement méritée, le 8e prix Carmignac du photojournalisme lui a été décerné pour son reportage sur l’esclavage des femmes au Népal. Une nouvelle preuve de sa rage de témoigner de la condition des femmes à travers le monde. E.L.
Lizze Sadin, Usha Bar, Kalanki, district of Kathmandu, 2017
© Lizzie Sadin
Caroline Mesquita, bricolages sauvages
Prix de la fondation d’entreprise Ricard
Carapaçonnées de plaques de cuivre, de laiton et d’acier, pliées, roulées, soudées, les sculptures de Caroline Mesquita ont déboulé à la fondation d’entreprise Ricard à deux reprises cette année. La première fois, à l’occasion d’une exposition personnelle, la jeune artiste née en 1989 plantait des personnages saugrenus comme des arlequins métalliques qui prenaient la poudre d’escampette en s’animant ensuite dans la vidéo The Ballad. La seconde fois, à l’occasion du prix Ricard, la lauréate donnait à ses assemblages bricolés la forme de motos mi-rustiques, mi-futuristes. J.L.
Caroline Mesquita, Moto dentelle et Moto diamant, 2017
Cuivre, laiton, acier • Photo Aurélien Mole / Fondation d’entreprise Ricard
Morgan Courtois, un parfum de nature souveraine
Prix Meurice pour l’art contemporain
Dans les salons du palace parisien Meurice, la sculpture chapeautée d’un long pistil a la peau plâtreuse et semble n’être pas encore sèche. Elle exhale le parfum, peu commun, des figues de barbarie. On dirait une plante blanche. Elle tient d’ailleurs en partie sa forme de la plus grande fleur du monde, l’arum titan. Avec cette œuvre de la série odorante Still Life, Morgan Courtois met le nez et les mains dans la tradition de la sculpture ornementale, qui stylise les formes de la nature. Le jeune homme, né en 1988, se refuse néanmoins à en lisser les contours pour leur conférer cette grâce revêche qu’ont les herbes folles. J.L.
Morgan Courtois, Still Life XXII, 2017
© Jean Picon
Yasmina Benabderrahmane, le corps de la femme, cet ultime tabou
Prix le Bal de la jeune création
Doté de 20 000 € et alloué à des projets relevant au sens large du documentaire, le prix le Bal de la jeune création avec l’ADAGP (Société des auteurs dans les arts graphiques et plastiques) a été attribué à Yasmina Benabderrahmane pour son projet À bras-le-corps. La jeune femme, née en 1983, se lance, grâce à ce prix, dans un projet de longue haleine autour du rapport au corps dans la culture musulmane. Le résultat sera exposé, accompagné d’une publication, en 2019 au centre d’art le Bal, à Paris. E.L.
Yasmina Benabderrahmane, À bras-le-corps, 2017
© Yasmina Benabderrahmane
Linda Sanchez, poétique du chaos
Bourse Révélations Emerige
Titulaire de la 4e bourse Révélations Emerige, Linda Sanchez, 34 ans, convoque dans son travail le chaos autant que les éléments, qu’elle soumet à toutes sortes d’expériences qui relèvent de la science poétique. L’eau, elle la dirige en chef d’orchestre, la filmant en gouttes fuyantes, travelling haletant d’une métamorphose perpétuelle. La terre, la glaise ou le sable, elle les pousse à leur extrême ou en fait d’étranges alliages, qu’elle met à l’épreuve de la physique et du temps. Son œuvre pourrait être résumée par cette phrase de Beckett : « Essaie encore. Échoue encore. Échoue mieux. » E.L.
Linda Sanchez, L’Autre, 2017
© Rebecca Fanuele
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