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Musée national Fernand Léger

À Biot, Niki de Saint Phalle, Yves Klein et Keith Haring dialoguent avec Fernand Léger

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Publié le , mis à jour le
Arman, Niki de Saint Phalle, Yves Klein, Martial Raysse… Au musée national Fernand Léger, les œuvres des Nouveaux Réalistes issues des collections du MAMAC de Nice dialoguent avec celles de Léger dans une exposition festive, colorée et riche en parallèles fructueux, où se glissent aussi quelques héritiers inattendus !
À gauche, “La Danseuse bleue” de Fernand Léger, 1930. À droite, “Vénus bleue (La Vénus d’Alexandrie) (S 41)” d’Yves Klein, vers 1962
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À gauche, “La Danseuse bleue” de Fernand Léger, 1930. À droite, “Vénus bleue (La Vénus d’Alexandrie) (S 41)” d’Yves Klein, vers 1962

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© Adagp, Paris, 2024 / © Succession Yves Klein c/o Adagp, Paris, 2024 / Photo Jean-Christophe Lett pour GrandPalais Rmn

Étincelant sous le ciel bleu vibrant du Midi, un invité temporaire joue de la trompette sur le parvis du musée. Ce nouveau venu n’est autre que le Miles Davis bariolé en mosaïque, céramique et pierres colorées de Niki de Saint Phalle, qui se tenait depuis 1999 devant l’hôtel Negresco à Nice. Parfaitement assortie à la grande façade en céramique aux couleurs vives réalisée d’après Fernand Léger (1881–1955), cette sculpture joyeuse semble avoir été faite pour le lieu !

C’est le premier des nombreux dialogues réussis qui composent cette exposition réalisée par les musées nationaux du XXe siècle des Alpes-Maritimes et la Rmn-Grand Palais, à la faveur d’un partenariat exceptionnel avec le musée d’Art moderne et d’Art contemporain (MAMAC) de Nice. En travaux pendant quatre ans, ce dernier a en effet pu prêter des œuvres majeures de ses collections – principalement des pièces datant des années 1960–1970, signées d’artistes du Nouveau Réalisme – pour les rapprocher de celles de Fernand Léger.

Un même goût des contrastes

À gauche, « Palette d’artiste Katharina » de Daniel Spoerri, 1989. Au centre, une compression de César. À droite, « Contraste d’objet » de Fernand Léger, 1930
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À gauche, « Palette d’artiste Katharina » de Daniel Spoerri, 1989. Au centre, une compression de César. À droite, « Contraste d’objet » de Fernand Léger, 1930

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© Adagp, Paris 2024 / Photo Jean-Christophe Lett pour GrandPalais Rmn

Fondé en 1960, le Nouveau Réalisme rassemble des artistes assez divers : Arman, Yves Klein, François Dufrêne, Raymond Hains, Martial Raysse, Pierre Restany, Daniel Spoerri, Jean Tinguely, Jacques Villeglé, César, Mimmo Rotella, Niki de Saint Phalle et Gérard Deschamps. Mais plusieurs choses les relient, en particulier une volonté de s’approprier directement le réel, par le biais de la figuration ou de l’utilisation d’objets du quotidien.

Jaune, bleu, rouge, vert… Les artistes présentés se rapprochent d’abord de Léger par leurs contrastes forts de couleurs et de formes. C’est en particulier le cas de deux figures phares du MAMAC de Nice : Niki de Saint Phalle et Yves Klein. Si Klein « n’a pas regardé Léger », il « développe comme lui toute une utopie de la couleur » liée à une « recherche d’absolu », soulignent les commissaires Julie Guttierez, conservatrice en chef au musée national Fernand Léger, et Rébecca François, attachée de conservation du patrimoine au MAMAC. Son bleu vibrant, dont il tire des monochromes et recouvre des objets, comme des branches ou une Vénus antique, fait parfaitement écho au bleu outremer que Léger utilise abondamment par larges plages, notamment en fond uni pour une cycliste en maillot à pois !

Niki de Saint Phalle, Nana santé
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Niki de Saint Phalle, Nana santé, 1999

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Lithographie • 61 × 49 cm • Coll. musée d’art moderne et d’art contemporain, Nice • © Ville de Nice / Muriel Anssens / © 2024 Niki Charitable Art Foundation / Adagp, Paris

De son côté, Niki de Saint Phalle a reconnu (tout en défendant sa singularité) être une héritière de Léger, avec qui elle partage de nombreux points communs. Ses Nanas robustes, aux contours ronds et aux formes opulentes, sont assez proches des personnages créés par l’artiste. Tous deux partagent également « la même volonté utopiste d’inonder le monde par la couleur », en développant des projets monumentaux et ludiques (pour Léger, une église et une maquette de jardin d’enfants ; pour Saint Phalle, son « jardin des Tarots » en Toscane, et son Golem à Jérusalem), où l’on retrouve des éléments ésotériques, des couleurs, des motifs géométriques et des formes similaires.

Autre point commun entre Léger et les Nouveaux Réalistes : le désir d’arriver à une figure essentielle en épurant les silhouettes et les traits, et en supprimant l’émotivité des visages. En témoigne un dialogue pertinent entre des céramiques de Léger, une tête de femme multicolore signée Niki de Saint Phalle et un portrait féminin de Martial Raysse.

Une volonté de désacraliser l’art

Niki de Saint Phalle en collaboration avec Larry Rivers, Jean III (Méta-Tinguely)
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Niki de Saint Phalle en collaboration avec Larry Rivers, Jean III (Méta-Tinguely), 1992

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Peinture, éléments métalliques et moteurs électriques sur bois • 185 × 123 × 21 cm • Coll. musée d’art moderne et d’art contemporain, Nice • © 2024 Niki Charitable Art Foundation / Adagp, Paris

Le monde industriel constitue également un point de rencontre important. Alors que Léger, dont le style est surnommé « tubiste », peint les troncs et branches d’arbres comme des poutres et des tubes métalliques, les feuilles comme des morceaux de tôle découpée, et donne à ses personnages et ses oiseaux des formes solides évoquant des pièces d’usine, Arman montre lui aussi son intérêt pour cet univers en accumulant des pinces autobloquantes en métal, disposées en essaim pour figurer une nuée d’oiseaux.

Tout comme Niki de Saint Phalle, avec son portrait de Jean Tinguely entouré de rouages tournants évocateurs des machines des Temps modernes de Charlie Chaplin !

Fernand Léger, La Joconde aux clés
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Fernand Léger, La Joconde aux clés, 1930

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Huile sur toile • 91 × 72 cm • Coll. musée national Fernand Léger, Biot • © GrandPalais Rmn / Gérard Blot / © Adagp, Paris, 2024

Désireux de désacraliser l’art, et soutenant que « le beau est partout », Léger et les Nouveaux Réalistes ont en commun une fascination pour les objets du quotidien. Des natures mortes d’objets collés (Niki de Saint Phalle, Arman), des présentations ou des reproductions d’objets (voitures compressées de César, allumettes géantes de Raymond Hains, râpe à fromage, balai et ampoule peints dans des couleurs unies par May Wilson…) entrent en résonance avec les œuvres de Léger comme ses dessins de gants et de ciseaux, sa Joconde aux clés (1930), où il fait voler dans l’espace une boîte de sardines et un trousseau de clés, ou encore sa composition Contrastes d’objets (1930). Laquelle offre un parallèle troublant avec une sculpture de Daniel Spoerri, Palette « Katharina Duwen » (1989).

Un intérêt pour les affiches publicitaires

Fernand Léger, Nature Morte, A.B.C.
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Fernand Léger, Nature Morte, A.B.C., 1927

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Huile sur toile • 65 × 92 cm • Coll. musée national Fernand Léger, Biot • © GrandPalais Rmn / Adrien Didierjean / © Adagp, Paris, 2024

Léger et ces artistes ont également en commun de s’intéresser beaucoup aux lettrages des affiches publicitaires.

Une accumulation d’empreintes de lettres réalisées avec des tampons encreurs par Arman dans les années 1950 répond ainsi à une expérimentation similaire de Léger faite en 1914, à deux pas du tableau ABC de ce dernier (1927), des affiches de Jacques Villeglé, et des œuvres de l’artiste pop américain Robert Indiana, célèbre pour ses « LOVE » colorés, créés dans les années 1970.

À gauche, « Le Campeur » de Fernand Léger, 1954. Au centre, « Le Tournesol » de Fernand Léger, 1954. À droite, « Flower Worship » de Gilbert & George, 1982
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À gauche, « Le Campeur » de Fernand Léger, 1954. Au centre, « Le Tournesol » de Fernand Léger, 1954. À droite, « Flower Worship » de Gilbert & George, 1982

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© Adagp, Paris 2024 / Photo Jean-Christophe Lett pour GrandPalais Rmn / © Gilbert & George, 2024

À l’étage, l’esprit de célébration et la « recherche d’absolu » qui reliait Léger, ces artistes et leurs héritiers, éclate au grand jour à travers des mises en relations réussies de pièces monumentales. Un rêveur idéaliste sur fond noir, entouré de fleurs colorées par le duo britannique Gilbert & George (1982) répond ainsi au Campeur de Léger (1954), qui partage le même optimisme en grand format, avec des couleurs vives et des formes simples soulignées de noir.

Une influence revendiquée même par Ketih Haring

À gauche, « Le Cycliste » de Karel Appel, 1969. À droite, « Les Plongeurs polychromes » de fernand Léger,  1942-1946
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À gauche, « Le Cycliste » de Karel Appel, 1969. À droite, « Les Plongeurs polychromes » de fernand Léger, 1942–1946

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© Karel Appel Foundation / © Adagp, Paris, 2024 / © ADAGP, Paris 2024 / Photo Jean-Christophe Lett pour GrandPalais Rmn

Acrobates, musiciens et cyclistes (thèmes récurrents chez Léger, qui s’inspire de l’ère des loisirs inaugurée par l’avènement des congés payés, obtenus en 1936 par le Front populaire) s’y déploient. Ses musiciens monumentaux côtoient avec succès une accumulation de tubas et de trompettes d’Arman, tandis que ses femmes cyclistes, avec leurs couleurs vives et leurs silhouettes massives, pleines d’assurance, jouxtent à merveille les Nanas de Niki de Saint Phalle et un cycliste géant de Karel Appel.

Le parcours réserve enfin une grande surprise : à la faveur de l’exposition, des archives inédites communiquées par la fondation Keith Haring de New York ont révélé que l’artiste américain, possesseur d’une œuvre de Léger, s’était fortement inspiré de lui, notamment de ses « formes colorées » et de ses « dessins au trait noir », et revendiquait pleinement cette influence – ce qui, si l’on observe bien ses œuvres, fait parfaitement sens. Une découverte qui ne fait que souligner davantage l’immense influence qu’a eue Léger sur des générations d’artistes !

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Fernand Léger et les Nouveaux Réalismes. Les collections du MAMAC à Biot

Du 15 juin 2024 au 16 février 2025

musees-nationaux-alpesmaritimes.fr

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