Gustave Fayet, Autoportrait, 1901
Gouache sur papier • 73 x 50 cm • © MAGFF
Une fois n’est pas coutume : si le nouveau millénaire rectifie le tir d’une histoire de l’art trop longtemps conjuguée au masculin en redécouvrant de nombreuses artistes femmes, quelques figures masculines talentueuses sont, elles aussi, restées dans l’ombre. C’est le cas de Gustave Fayet, dont la vie et l’œuvre aux multiples rebonds le range facilement au premier rang des artistes, mécènes et marchands ayant porté et défendu l’art moderne à ses premières heures.
Les lettres et documents d’archives exposés ici et là dans le cadre de la saison Gustave Fayet font d’ailleurs l’effet d’un véritable name dropping : le fameux galeriste des impressionnistes Paul Durand-Ruel, que Gustave Fayet missionne d’acquérir aux enchères à Paris des œuvres pour sa collection personnelle, les grands collectionneurs Morozov et Chtchoukine, à qui il revend des toiles, et puis Vincent van Gogh, Auguste Rodin, Paul Gauguin, Pierre Bonnard, Henri Matisse, Pablo Picasso… Des artistes qu’il collectionne et expose avant l’heure.
Gustave Fayet, Feu dans le ciel, Non daté
© MAGGF
Son appartement parisien ouvre chaque jeudi ses portes à un public choisi de journalistes, collectionneurs et artistes de toute l’Europe. On y rencontre Gertrude Stein, Sarah Bernhardt, Sergueï Chtchoukine, Ivan Morozov…
C’est peut-être parce qu’il porte ces multiples casquettes qu’on a manqué d’écrire son destin dans un chapitre ou l’autre de l’histoire de l’art moderne. « La grande différence avec les autres marchands et collectionneurs de l’époque est que Gustave Fayet est lui-même artiste. Son travail est néanmoins resté caché pendant des décennies à la suite de son décès. Son épouse Madeleine d’Andoque (1873–1971), qui lui survit de près de 50 ans, a souhaité garder ses œuvres, archives et lieux de vie privés », explique Barthélémy d’Andoque, son arrière-arrière-petit-fils et président de l’association du musée d’art Gustave Fayet à Fontfroide (MAGFF), qui chapeaute la saison dédiée à son aïeul. Le centenaire de sa disparition ouvre une fenêtre pour les descendants de Gustave Fayet, qui ont gardé intactes et intègres au sein de la famille ses près de 2 000 œuvres, ainsi que les murs porteurs de son histoire.
Portrait de Gustave Fayet en train de peindre
Photographie en noir et blanc • © MAGFF
Né en 1865 à Béziers dans une famille aisée et cultivée, propriétaire de domaines viticoles et immobiliers dans la région, Gustave Fayet grandit dans un environnement où l’art est valorisé. Il est initié à la peinture dans l’atelier familial et participe dès 1889 au Salon de Montpellier, signant alors Élève de son père. Il s’émancipe rapidement du goût et de l’héritage classique qui l’entourent, et achète en 1899 pour une bouchée de pain (20 000 francs) au marchand Armand Cabrol un ensemble de 40 tableaux de Claude Monet, Alfred Sisley, Auguste Renoir et Camille Pissarro.
Un an plus tard, il prend la direction du musée des Beaux-Arts de Béziers, qui devient une plaque tournante pour les artistes d’avant-garde, de Rodin à Renoir, en passant par Cezanne et Picasso, dont il organise la première exposition en France. Son appartement parisien ouvre chaque jeudi ses portes à un public choisi de journalistes, collectionneurs et artistes de toute l’Europe. On y rencontre Gertrude Stein, Sarah Bernhard, Sergueï Chtchoukine, Ivan Morozov…
Vue de la bibliothèque de l’abbaye de Frontfroide décorée par Odilon Redon
© Henri Gaud
En 1908, Gustave Fayet fait l’acquisition de l’abbaye de Fontfroide à Narbonne, où il invite ses amis artistes à des « résidences », telles qu’on les appellerait aujourd’hui. C’est ici qu’Odilon Redon réalise pour la bibliothèque sa grande fresque Le Jour, La Nuit, Le Silence, que l’on admire aujourd’hui en même temps que les majestueux vitraux de l’abbaye façonnés par Gustave Fayet et son ami Richard Burgsthal.
En 1916, il achète l’abbaye Saint-André à Villeneuve-lès-Avignon, d’où il part sillonner et peindre la Provence. On y découvre cet été, et jusqu’à l’automne, ses lumineuses toiles provençales. À Arles, le Museon Arlaten – musée de Provence poursuit le voyage avec l’exposition de ses dessins originaux de l’œuvre-poème Mirèio de Frédéric Mistral.
Gustave Fayet, Poisson et fond marin, Entre 1912 et 1925
© MAGGF
À Béziers, le musée Fayet fait passer la porte de la maison natale du peintre, où une exposition sur son lien avec le Japon tisse le fil rouge de sa double pratique de collectionneur et d’artiste. Les estampes, laques, textiles et sculptures bouddhiques, qu’il achète et qui nourrissent sa pratique artistique, sont mis en regard des céramiques, œuvres papiers, paravents, tissus et tapis, qu’il crée dans une sorte de « frénésie artistique, jusqu’à l’épuisement tel qu’il le décrit dans ses lettres à ses proches », détaille Stéphanie Trouvé, directrice des musées de Béziers.
Au printemps 2026, d’autres expositions dans ces lieux phares poursuivront la saison Gustave Fayet, clôturée à l’automne par une grande exposition en deux volets à la fondation Louis Vuitton, rendant hommage à la fois au collectionneur et au créateur qu’il fait bon redécouvrir.
Saison du Centenaire Fayet
De 2025 à 2027
Plus d’informations sur le site de la saison du centenaire Gustave Fayet
Gustave Fayet en Provence
Du 1 mars 2025 au 31 octobre 2025
Abbaye Saint-André • Rue Montée du Fort • 30400 Villeneuve-lès-Avignon
www.abbayesaintandre.fr
Fontfroide dans l’œil de Gustave Fayet
Du 20 mars 2025 au 30 novembre 2025
Abbaye de Fontfroide • Route Départementale 613 • 11100 Narbonne
www.fontfroide.com
Gustave Fayet et le Japon
Du 19 juin 2025 au 31 octobre 2025
Musée Fayet • 9 Rue du Capus • 34500 Béziers
www.ville-beziers.fr
Mais quel pays ! Gustave Fayet dessine la Provence de Mirèio
Du 21 juin 2025 au 21 septembre 2025
Museon Arlaten • 29 Rue de la République • 13200 Arles
www.museonarlaten.fr
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