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Grimaldi Forum

À Monaco, un sublime tourbillon d’œuvres de Turner souligne l’avant-gardisme du maître anglais

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Publié le , mis à jour le
Après avoir fait sensation avec Monet l’an dernier, le Grimaldi Forum de Monaco inaugure une nouvelle exposition événement sur plus de 2 000 m2 : 78 œuvres de William Turner, soit le plus grand prêt d’œuvres du peintre jamais consenti par la Tate, y dialoguent avec 15 artistes contemporains de renom, soulignant à la fois l’incroyable modernité du maître britannique, et la survivance du sublime dans l’art actuel. Une avalanche de chefs-d’œuvre et de rapprochements magistraux !
Joseph Mallord William Turner, Le Rigi bleu, lever de soleil
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Joseph Mallord William Turner, Le Rigi bleu, lever de soleil, 1842

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Aquarelle sur papier • 29,7 × 45 cm • Coll. Tate, Londres • © Tate

78 œuvres de William Turner (1775–1851), dont 38 huiles sur toile et 40 aquarelles et gouaches sur papier : cet ensemble remarquable présenté cet été à Monaco n’est autre que le plus grand prêt d’œuvres de Turner jamais consenti par la Tate, qui possède la plus vaste collection au monde d’œuvres de l’artiste. Un rassemblement d’autant plus impressionnant que ces aquarelles (parmi lesquelles Le Rigi bleu, lever de soleil, l’une de ses plus célèbres) ne peuvent être montrées que tous les dix ans pour des raisons de conservation.

En résulte une véritable immersion (jusqu’à une superbe galerie finale) dans l’œuvre de Turner, ses coups de pinceau audacieux et sa palette irréelle, transcrivant l’intense beauté de paysages montagneux ou marins. Des compositions agitées ou délicatement brouillées, où une lumière blanche transperce des bourrasques de gris, de cuivre et d’or pâle. Où un bleu et un jaune irradiants se reflètent parfois dans une eau limpide pour diluer les frontières entre mer et ciel… Des œuvres qui semblent illuminées de l’intérieur, Turner ayant inlassablement travaillé à capturer la magie de la lumière et sa fulgurance…

Un maître incontesté du sublime

Joseph Mallord William Turner, Tivoli : Tobie et l’Ange
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Joseph Mallord William Turner, Tivoli : Tobie et l’Ange, vers 1835

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Huile sur toile • 90,5 × 121 cm • Coll. Tate, Londres • © Tate

L’exposition rappelle d’abord combien Turner fut un maître incontesté du sublime, concept clé du romantisme, qui exalte le vertige et les émotions suscitées par les forces de la nature nous submergeant : un frisson de terreur teinté d’émerveillement face à la puissance d’une nature sauvage et furieuse, d’une beauté à couper le souffle, même dans la destruction. Une nature dont la majesté, à coup de tempêtes, d’avalanches, d’éruptions volcaniques ou de montagnes infranchissables, nous terrasse et nous emporte tout à la fois.

Joseph Mallord William Turner, Venise – Maria della Salute
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Joseph Mallord William Turner, Venise – Maria della Salute, 1844

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Huile sur toile • 61,3 × 92,1 cm • Coll. Tate, Londres • © Tate

Pour capturer cette grandeur étourdissante, Turner se rend souvent dans les Alpes, où il n’hésite pas à monter sur des glaciers et à escalader des montagnes en empruntant des trajets dangereux et des pentes abruptes, afin d’y faire des esquisses et des aquarelles sur le vif, avant de retourner dans son atelier pour les reconstituer en y mêlant son imagination. Mais l’artiste se rend également à Venise pour des œuvres plus apaisées, qui étudient les reflets sur l’eau dans une atmosphère diluée et féerique, où la basilique Santa Maria della Salute et les autres bâtiments de la Sérénissime prennent des airs de mirages.

Un dialogue entre les œuvres de Turner et celles d’artistes contemporain

Tout au long du parcours, ces œuvres sont mises en dialogue avec des œuvres d’art contemporain qui, par leur parenté avec les peintures et aquarelles de Turner, soulignent toute la modernité de ce maître de la première moitié du XIXe siècle. Le caractère visionnaire de sa touche et de ses compositions, qui en fait non seulement un précurseur de l’impressionnisme mais aussi de l’art moderne et de l’abstraction, éclate au grand jour dans le parallèle final mettant en relation l’une de ses toiles, Trois Marines (vers 1827) avec un tableau peint en 1969 par Mark Rothko… Qui a un jour déclaré avec humour : « Cet homme, Turner, il a beaucoup appris de moi ! ».

À gauche, “Trois Marines” de Joseph M.W Turner (vers 1827). À droite, “Sans titre” de Mark Rothko (1969)
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À gauche, “Trois Marines” de Joseph M.W Turner (vers 1827). À droite, “Sans titre” de Mark Rothko (1969)

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Huile sur toile / Peinture acrylique sur papier • 90,8 × 60,3 cm / 173 × 123,5 cm • Coll. Tate, Londres • © Tate / © 2000 Kate Rothko Prizel & Christopher Rothko- ADAGP, Paris, 2024

D’autres dialogues fonctionnent à merveille, comme de splendides toiles grand format de Jessica Warboys (Sea Painting, Birling Gap, 2017), qui les a trempées directement dans les flots marins puis recouvertes de pigments et immergées à nouveau afin d’obtenir ces éclaboussures de couleurs et de lumière, proches à la fois par le mouvement, les coloris, et leur magie indéfinissable, des marines agitées de Turner.

Plus tôt dans le parcours, Richard Long (né en 1945) expose des cercles de pierres sombres, recueillies dans des carrières du Pays de Galles, qui viennent exactement des paysages rocailleux peints par l’artiste britannique – si bien qu’on peut même retrouver sur les pierres les nuances de couleurs (de blanc, de gris, d’ocre et de noir) présentes dans ses toiles et aquarelles.

L’obsession partagée de la lumière

La première salle de l’exposition intitulée « Prélude » dans laquelle est exposée l’œuvre « Totality » de Katie Peterson (2016) 
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La première salle de l’exposition intitulée « Prélude » dans laquelle est exposée l’œuvre « Totality » de Katie Peterson (2016) 

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© GRIMALDI FORUM MONACO 2024 / Photo Eric Zaragoza

Vers la fin de l’exposition, une installation de James Turrell (un environnement lumineux bleuté, Raemar Blue, 1969, lui aussi issu des collections de la Tate), converse avec l’œuvre du « peintre de la lumière », les deux artistes partageant la même obsession pour la lumière, l’un sur toile, l’autre dans l’espace. Mais un autre dialogue surprenant autour de la lumière a lieu dès l’entrée de l’exposition. « Quand Turner recevait dans sa galerie privée à Londres, il demandait d’abord à ses invités d’attendre un instant dans une pièce obscure pour préparer les yeux des visiteurs aux couleurs et à la lumière de ses œuvres », raconte la commissaire, Elizabeth Brooke. Une démarche digne d’un curateur contemporain, à laquelle le début de l’exposition rend hommage en plongeant le visiteur dans la pénombre !

Turner ouvre la voie à de nombreuses préoccupations contemporaines, comme la défense de l’environnement.

Là, une peinture de clair de lune de Turner (qui, s’intéressant beaucoup à la science, reproduit dans ce paysage la position exacte de la Lune et de Jupiter) entre en résonance avec une œuvre de Katie Peterson (Totality, 2016) : une sphère tournante projetant une nuée d’étoiles sur les murs et le sol – obtenues grâce à 10 000 petites facettes en miroir, sur lesquelles sont imprimées en miniature des images anciennes et contemporaines d’une éclipse solaire.

Olafur Eliasson, The glacier melt series 1999/2019
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Olafur Eliasson, The glacier melt series 1999/2019, 2019

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30 photographies, épreuves chromogènes sur papier • 31,2 × 90,5 × 2,4 cm chaque • Coll. Tate, Londres • Courtesy Galerie neugerriemschneider, Berlin; Tanya Bonakdar Gallery, New York / Los Angeles © 2019 Olafur Eliasson / Photo Kazuo Fukunaga

Turner n’était pas seulement moderne dans sa façon de peindre, ou de présenter ses œuvres, mais aussi à travers les thèmes qui l’obsédaient. Opposé à l’esclavage, amoureux de la nature, intéressé par la science et les évolutions technologiques, à la fois fasciné et inquiet face aux bouleversements de la révolution industrielle, le peintre ouvre la voie à de nombreuses préoccupations contemporaines, comme la défense de l’environnement. Cette dernière est matérialisée ici (au côté d’œuvres alpines de Turner, dont une avalanche et des vues d’un glacier) par une série de photographies de glaciers par Olafur Eliasson (né en 1967), qui suit au fil des ans leur recul et leur fonte dus au réchauffement climatique.

Dans la même veine, la plus belle surprise contemporaine de l’exposition reste l’installation vidéo magistrale de l’artiste, cinéaste et écrivain britannique d’origine ghanéenne John Akomfrah : Vertigo Sea (2015). Aurores boréales tourbillonnantes, envols d’oiseaux, mammifères marins ondulant dans l’eau, ours polaires chassés, spectres des esclaves péris en mer… L’œuvre se déploie sur trois écrans qui diffusent simultanément un mélange d’archives documentaires de la BBC et d’images contemplatives tournées par l’artiste dans la nature, dont quelques mises en scène poétiques impliquant des personnages en costumes d’époque, inspirés des tableaux romantiques de Caspar David Friedrich (1774–1840), contemporain de Turner.

Joseph Mallord William Turner, Épave sur une mer démontée
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Joseph Mallord William Turner, Épave sur une mer démontée, vers 1840–1845

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Huile sur toile • 92,1 × 122,6 cm • Coll. Tate, Londres • © Tate

L’ensemble offre 48 minutes de méditation envoûtante et mélancolique sur l’intensité de la beauté du monde et de la violence destructrice des hommes… Qui est néanmoins contrebalancée par la capacité de ces derniers (l’œuvre le prouve) à percevoir le sublime de la vie. Comme une vision divine, cet époustouflant triptyque mouvant transmet une véritable compréhension du monde et de l’homme, dans toute sa puissance et sa fragilité. Du très grand art.

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Turner, le sublime héritage. En dialogue avec des artistes contemporains

Du 6 juillet 2024 au 1 septembre 2024

www.grimaldiforum.com

Retrouvez dans l’Encyclo : William Turner Mark Rothko

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