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Vue de l’exposition “Pollen Récit de collection” au CAPC, 2025
Photo Arthur Pequin
Le CAPC est un ancien entrepôt, bâti au début du XIXe siècle. Massive, son architecture tout en murs de briques et en arcades n’est que très peu tournée vers l’extérieur : seules des fenêtres hautes laissent entrer un peu de la lumière du jour.
Même sur le toit, on n’aperçoit pas la Garonne voisine, encore moins l’horizon. Pourtant, la nature a trouvé un moyen de se faufiler à l’intérieur du centre d’art, grâce aux œuvres qui y sont conservées — nombre d’entre elles étant constituées de matériaux naturels.
Emma Reyes et Chiara Camoni, vue de l’exposition « Pollen Récit de collection » au CAPC, 2025
Photo Arthur Pequin
« Le pollen n’est pas un pigment, il n’a pas besoin d’eau ou d’autre chose pour exister, il est le début de la vie. »
Wolfgang Laib
Pour le nouvel accrochage de ses collections permanentes, l’équipe curatoriale du CAPC propose de pousser l’analyse un peu plus loin, et d’envisager chacune des œuvres comme un organisme vivant, en constante évolution — puisqu’« à un niveau plus microscopique, on aperçoit que les peintures se métamorphosent, que la résine craque, et que les photographies s’altèrent ». L’idée, magnifique, engendre immédiatement une transformation totale du regard : les œuvres ne nous apparaissent plus comme des objets figés pour l’éternité mais comme des compositions en mouvement perpétuel, animées de vie.
Jesse Darling, vue de l’exposition « Pollen Récit de collection » au CAPC, 2025
Photo Arthur Pequin
Pour certaines, c’est même flagrant. Les natures mortes de Jesse Darling (né·e en 1981) sont composées de vases de fleurs fraîches, installés sous des vitrines de musée ; petit à petit, les fleurs pourrissent et les vitres se couvrent de buée, offrant une relecture troublante des vanités du XVIIe siècle. Ici, apparaît clairement l’impermanence des choses et des êtres. Chez Masahide Otani (né en 1982) aussi : cet artiste d’origine japonaise dessine l’ombre d’une pivoine chaque jour durant un mois et demi, jusqu’à ce qu’elle ne soit plus que décrépitude et disparaisse. Face à ce sujet qui fane et meurt, Masahide Otani fait l’expérience du temps, « à attendre seulement jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à attendre ».
Parmi les œuvres composées de matières naturelles, les bocaux de pollen de noisetier de Wolfgang Laib (né en 1950) racontent les longues heures passées par l’artiste à récolter cette précieuse poudre jaune pour l’exposer, comme ici, stockée ou répandue au sol en de sublimes monochromes. « Le pollen, explique-t-il, n’est pas un pigment, il n’a pas besoin d’eau ou d’autre chose pour exister, il est le début de la vie. » De son côté, la Canadienne Kapwani Kiwanga (née en 1978) emprisonne du sable de silice dans une sculpture en verre minimaliste qui évoque la forme d’un sablier. Politique, le sable n’est ici pas un matériau anodin, mais apparaît comme une ressource dont l’extraction massive par l’homme fragilise l’équilibre de son environnement…
Samara Scott (née en 1985), elle aussi, dresse un constat amer en réunissant dans un tableau de plexiglas toutes sortes de déchets (câbles électriques, bâches, sacs en plastique…) : magnifique, cette composition éminemment picturale ne se départ pas d’une impression toxique, indice de la surconsommation et de la pollution du monde, matérielle mais aussi métaphorique, indiquent les commissaires : « Shannon Ridge est aussi une sorte de réalité augmentée de la fluidité et de la facilité avec laquelle nous dévorons les informations et sommes soumis corps et âmes aux images qui nous submergent. »
Emma Reyes, vue de l’exposition « Pollen Récit de collection » au CAPC, 2025
Photo Arthur Pequin
À toutes ces œuvres qui font partie de la collection permanente du musée (et parmi lesquelles on reconnaît plusieurs des artistes qui ont investi par le passé d’œuvres monumentales la nef du musée, comme Kapwani Kiwanga ou Samara Scott), se grefferont au fil des mois quatre expositions temporaires : chaque semestre, jusqu’en janvier 2027, un artiste contemporain viendra compléter l’accrochage collectif, pour dialoguer avec lui et le « polliniser », sourit le curateur Cédric Fauq.
Jusqu’en septembre, donc, il s’agit de l’artiste d’origine colombienne Emma Reyes (1919–2003), autrice d’étonnants portraits floraux et végétaux de facture naïve. Si la peintre est une grande lectrice d’ouvrages de botanique, chaque plante est imaginaire. Des traits humains et animaux se mêlent ainsi aux lignes qui apparaissent comme cousues (souvenirs des broderies pratiquées durant son enfance), et témoignent d’une fluidité absolue entre les êtres, mis au même niveau.
Emma Reyes, vue de l’exposition « Pollen Récit de collection » au CAPC, 2025 Photo Arthur Pequin
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Souvenirs oniriques des tropiques de ses jeunes années, l’artiste ayant passé la majorité de sa vie en France, ces tableaux racontent à la fois l’intérêt du CAPC pour des figures quelque peu oubliées de l’art contemporain et une généreuse vision interespèces, qui met les plantes, les animaux et les humains sur un pied d’égalité. Suivront Kinke Kooi (du 6 octobre 2025 au 1er mars 2026), Ben Thorp Brown (du 10 mars 2026 au 20 septembre 2026) et Faith Wilding (du 29 septembre 2026 au 31 janvier 2027).
Pollen. Récit de collection
Du 28 mars 2025 au 31 janvier 2027
CAPC • 7 Rue Ferrere • 33000 Bordeaux
www.capc-bordeaux.fr
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