En partenariat avec MUDO-Musée de l'Oise

Armand Point, Salomé, 1911
© MUDO-Musée de l'Oise / Sebert
Au thème alléchant répond une scénographie théâtrale. Dans ce musée installé au cœur de l’ancien palais épiscopal de Beauvais, les différentes salles du parcours de l’exposition « Histoire (s). Mythes, récits et merveilles » se colorent au gré des thématiques, d’un sensuel fond prune à un dramatique gris marbre. Le ton est donné aux œuvres qui nous susurrent des intrigues, des émotions vives, des effluves d’amour ou de trahison. Haletant ; on se laisse raconter des histoires…
Comme celle, récurrente dans l’histoire de l’art, de la princesse juive Salomé qui a exigé la tête de Jean-Baptiste sur un plateau d’argent. Loin de la sanguinolente toile du célèbre Caravage au XVIIe siècle, c’est une version du peintre symboliste Armand Point (1861–1932) qui est ici fièrement dévoilée : la beauté orientale tient le plateau vide mais tout, dans son regard malicieux, sa chevelure coiffée d’un bijou en forme de serpent, indique la femme fatale par excellence – la cruauté de son geste. On imagine bien les personnages hors cadre, la danse qu’elle a auparavant livrée à un Hérode Antipas envoûté, la tête du prophète qui va bientôt lui être remise…
Car la peinture d’histoire fait les grands salons, elle est l’occasion pour les peintres de dévoiler leur palette de savoir-faire.
L’œuvre évocatrice, acquise l’année dernière par le musée, fait partie d’un ensemble de tableaux bien choisis de la collection qui côtoient des merveilles du musée des Beaux-Arts de Dunkerque. En témoignent ces deux scènes de l’orientaliste Gustave Boulanger (1824–1888) : à gauche, un cupidon joueur tente d’attraper Vénus de son lasso ; à droite, la voilà prise au piège, sensuelle et dévastée. Le scénario amuse autant qu’il fait crisser des dents à l’ère du mouvement #MeToo. Mais au XIXe siècle, le romantisme prône le culte du sentiment, l’assouvissement des désirs… Certains tableaux en disent long sur l’évolution des mœurs.
Vues de l’exposition “Histoire (s). Mythes, récits et merveilles” au MUDO-Musée de l’Oise, 2024
© MUDO-Musée de l'Oise
Apparitions, métamorphoses, miracles… Plus loin, de merveilleuses histoires se content, souvent tirées de la Bible, où anges et figures mystiques sont dépeints dans de fabuleux drapés, classicisme oblige. Car la peinture d’histoire fait les grands salons, elle est l’occasion pour les peintres de dévoiler leur palette de savoir-faire : le moindre feuillage laisse une impression de bruissement, le moindre sourire un air de non-dit. Il faut amplifier la réalité, émerveiller le spectateur en se démarquant des autres. Ainsi, lorsque Hector Leroux (1829–1900), peintre féru d’Antiquité, exécute pour le Salon de 1885 un tableau sur Pompéi (sujet prisé par les artistes dès le XVIIIe suite à la découverte des vestiges), il délaisse le volcan cracheur de feu et les cendres dévastatrices pour figurer une jeune servante embrassant une « pierre noire », encastrée dans une maison qui aurait été, selon la légende, l’objet d’un culte… Un bien mystérieux sujet !
Charles Boutibonne, Phryné, Salon de 1867
© Direction des Musées de Dunkerque, MBA
Ailleurs, très souvent, les peintres cherchent à éduquer, à véhiculer une morale – la bienséance, le réfrènement des désirs, le danger des péchés capitaux… L’exposition se clôt sur ce thème des vertus, dévoilé en majesté dans l’une des deux tours d’entrée du châtelet datant du XIVe siècle. En y entrant, notre regard se pose d’emblée sur l’immense toile de Charles-Édouard Boutibonne (1816–1897) présentée au Salon de 1867 : au tribunal, Phryné, une célèbre hétaïre (courtisane) grecque du IVe siècle avant J.-C. accusée de corrompre les femmes, y est figurée de pied entièrement nue, le drapé de sa robe tombant autour de ses hanches. Dans l’ombre, probablement Hypéride, son amant, qui vient de la déshabiller pour plaider sa cause. Gagné ! Le jury, intimidé par sa beauté, l’acquitte aussitôt. On rougirait presque devant ce corps sublimé, nous aveuglant de sa blancheur immaculée. Son visage serein et stoïque nous défie du regard : la peinture d’histoire dévoile ici tout son pouvoir de séduction et d’infinie persuasion.
Histoire (s). Mythes, récits et merveilles.
Du 17 avril 2024 au 10 novembre 2024
MUDO - Musée de l'Oise • 1 Rue du Musée • 60000 Beauvais
mudo.oise.fr
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