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Fondation Bemberg

Le bijou Renaissance dans une brillante exposition à Toulouse

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Publié le , mis à jour le
À Toulouse, la fondation Bemberg sert d’écrin à la découverte d’une soixantaine de bijoux de la Renaissance, exposés aux côtés de tableaux, de gravures, et rayonnant de significations multiples. Des perles, de l’émail, de l’or… Une exposition au propos étincelant !
Attribué à Girolamo da Carpi, Portrait de dame (Renée de France ?) [détail]
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Attribué à Girolamo da Carpi, Portrait de dame (Renée de France ?) [détail], v. 1530-1540

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Huile sur bois • 113,7 x 79 cm • Coll. Städel Museum, Francfort-sur-le-Main • © Städel Museum, Francfort-sur-le-Main, 2025

Si l’habit fait le moine, le bijou raconte qui nous sommes. Voyez cette jeune italienne peinte par Giambattista Moroni, vers 1570–1578 [ci-dessous], laquelle trône avec ses perles et ses pierres précieuses dans l’expo « D’or et d’éclat. Le bijou à la Renaissance » présentée à la fondation Bemberg à Toulouse. De la pulpe des doigts, la demoiselle presse contre sa poitrine un pendentif. À bien scruter ce bijou, on y distingue une figure féminine sur un trône, entourée de deux chiens : c’est une allégorie de la Fidélité. Voilà comment faire passer, avec la subtilité du XVIe siècle, un message nuptial !

« À la Renaissance, le bijou n’a rien d’accessoire, c’est un vrai art chargé de symboles ! », s’exclame Julie Rohou, conservatrice du patrimoine au musée national de la Renaissance – château d’Écouen. En association avec Ana Debenedetti, directrice de la fondation Bemberg, elle a conçu cette éblouissante exposition explorant le bijou sous toutes les coutures au cœur de l’hôtel d’Assézat. Plus de 120 œuvres dont 60 bijoux du XVIe siècle y sont exposées pour célébrer les 30 ans du musée dans cet écrin merveilleusement Renaissance.

Giambattista Moroni, Portrait de jeune femme
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Giambattista Moroni, Portrait de jeune femme, v. 1570–1578

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Huile sur toile • 73,5 × 65 cm • Coll. Rijksmuseum, Amsterdam • © Rijksmuseum, Amsterdam

Miroirs de soi, les bijoux reflètent les goûts et les valeurs, ils font briller la personnalité. Objets de pouvoir, ils manifestent le rang social, ils renseignent sur le jeu des alliances entre les puissants. Trésors d’orfèvrerie, ils servent de monnaie d’échange, de gages. À certains, portés comme des talismans, on prête le pouvoir de protéger de maladies, ou de favoriser la fertilité. Du chapelet à la médaille, le bijou souligne la dévotion de leur propriétaire, ou bien encore son appartenance à un ordre. Il matérialise enfin les sentiments ou sert de cadeau diplomatique.

Une réunion de pièces exceptionnelles

Beaucoup de bijoux de la Renaissance ont été fondus, démontés, ou lourdement remaniés : « Une part infime de cette période très prolifique nous est parvenue, on estime que seulement 2 % de ces objets ont survécu au temps », souligne Julie Rohou, autrice de nombreux travaux scientifiques consacrés aux bijoux de la période moderne et à la diffusion des modèles dans les arts décoratifs de la Renaissance. Ce qui nous rend d’autant plus précieuse cette réunion de pièces exceptionnelles à Toulouse, allant de 1500 à 1630, venues de Vienne, d’Amsterdam, de Londres, du Louvre. Des objets qui ne sortent que très rarement de leurs musées, voire jamais.

Dans l’atelier de l’orfèvre

Les enjeux de cette œuvre d’art, visible par tous, dépassent de loin leur simple valeur ornementale.

Dans une période où la taille des pierres est encore balbutiante, les orfèvres sont rois. La première salle de l’exposition nous embarque ainsi dans l’atelier d’un de ces artisans en Europe, où les bijoux étaient partout créés selon des techniques identiques et à partir de mêmes sources décoratives. « Il en va du bijou comme de tout autre objet en métal précieux, vaisselle ou pièces liturgiques », souligne Ana Debenedetti qui a réuni quelques portraits de ces prospères orfèvres exhibant leurs bagues émaillées, aux côtés de gravures qui diffusent leurs modèles.

Pendant en forme de Cupidon
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Pendant en forme de Cupidon, v. 1590–1620

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Or émaillé, rubis, diamants, perles • 8,6 × 4 cm • Coll. musée national de la Renaissance – château d’Écouen, Écouen • Photo GrandPalaisRmn (musée de la Renaissance, château d’Écouen) / Mathieu Rabeau

Tout au long de la Renaissance, ces parures traduisent, à une échelle miniature, les préoccupations des artistes de l’époque, qu’ils soient peintres, architectes ou sculpteurs. Les bagues, pendentifs ou colliers sont dominés par le figuratif. Tous puisent leurs thèmes dans l’Antiquité et ses mythes, puis, durant les dernières décennies, embrassent le maniérisme et donnent à admirer des figures hybrides, tritons en perle baroque (de forme irrégulière), diadème surmonté d’un rouget, et matériaux exotiques, tel du cristal de roche.

Symboles évidents ou inattendus

François Clouet, Portrait de Charles IX
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François Clouet, Portrait de Charles IX, v. 1570

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Huile sur bois • 36,2 × 25,4 cm • Coll. Fondation Bemberg, Toulouse • Photo 2023 Fondation Bemberg / Mathieu Lombard

Un bijou est un signe de pouvoir. Les enjeux de cette œuvre d’art, visible par tous, dépassent de loin leur simple valeur ornementale. Quelques exemples illustrent comment les parures garantissent le pouvoir et la cohésion du royaume. Les ordres de Saint-Michel en France, de la Jarretière en Angleterre, ou de la Toison d’or dans le Saint-Empire constituent au XVIe siècle des instruments de gouvernement qui permettent de fédérer un réseau de fidèles, unis par un cérémonial, un costume et des emblèmes communs. Voyez rutiler une armure aux lions milanaise (vers 1540–1545) en acier, or et argent, sur le plastron de laquelle se détache l’ordre de Saint-Michel finement embossé.

Plus surprenants sont les bijoux qui servent au soin du corps ; ils soulignent la morale, « l’hygiène » physique et d’esprit de leur propriétaire. Il n’est pas rare de voir exhibés, au cou de riches hommes, cure-dents et cure-oreilles en or, portés en pendentifs. On trouve aussi des bijoux de senteurs, telle la pomme d’ambre ou pomander, petite sphère ajourée laissant exhaler le doux parfum d’ambre, concrétion issue de l’estomac de cachalot – une senteur exotique qui vaut de l’or.

Pomme de senteur, Allemagne
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Pomme de senteur, Allemagne, v. 1600

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Argent doré • 6 x 3,3 cm • Coll. musée national de la Renaissance – château d’Écouen, Écouen • Photo GrandPalaisRmn (musée de la Renaissance, château d’Écouen) / Mathieu Rabeau

L’amour n’est jamais très loin de ces précieux compagnons qui jalonnent les existences en cristallisant les grands événements, des fiançailles aux mariages, par des mains jointes en foi, des perroquets, des colombes, ou des cœurs enflammés. Ce que nous disent aussi des Cupidon rassemblés par Julie Rohou et extraits d’un corpus de dix pendentifs très proches formellement, certainement offerts ou portés à l’occasion de noces princières en Europe du Nord.

Un come-back étincelant au XIXe siècle

Une telle inventivité ne pouvait pas laisser de marbre les générations suivantes. Ainsi, la dernière salle du parcours explore la formidable renaissance du bijou du XVIe siècle à l’œuvre dès les années 1830 et dans la seconde moitié du XIXe siècle. Ce style « néo-renaissance » signe le retour de l’émail, des perles, des Diane et nefs flamboyantes… De quoi allumer l’inspiration chez un maître Art nouveau comme René Lalique qui signe en 1897 une parure « Renaissance » (ceinture, agrafes, broche et collier de chien) pour la marquise Arconati-Visconti, folle de cette période.

Gare aux faussaires qui pullulent ! Le marché est inondé de pastiches qui viennent assouvir la demande en bijoux anciens. Bien malin celui qui saura distinguer un original de la Renaissance d’une pièce contemporaine. Les mains d’or d’artisans peu scrupuleux parviennent à tromper les collectionneurs les plus avertis, tels que Mayer Carl von Rothschild, plumé par un perroquet de 18 carats et non de 22, comme attendu au XVIe siècle.

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D’or et d’éclat. Le bijou à la Renaissance

Du 4 avril 2025 au 27 juillet 2025

www.fondation-bemberg.fr

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