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Musée de Cluny

L’histoire millénaire du cristal au cœur d’une précieuse exposition au musée de Cluny

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Sa magie ne s’est pas éteinte. De tous temps et dans toutes les civilisations, la rareté, la pureté et la transparence du cristal de roche en ont fait un matériau féérique réservé aux ouvrages les plus précieux. En Égypte, en Asie ou en Europe, les artistes en ont tiré des bijoux, objets religieux et sculptures limpides dignes d’un palais de glace… Retour sur cette success-story, célébrée au musée de Cluny par une exposition étincelante.
Coffret-reliquaire
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Coffret-reliquaire, vers 1200, France du Nord (?)

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Cristal de roche taillé (Égypte, Xe siècle). Provenance : trésor de la cathédrale de Moûtiers-en-Tarentaise • Coll. musée de Cluny - musée national du Moyen Âge, Paris • © RMN-Grand Palais / Michel Urtado

Le cristal de roche fait partie de ces matériaux qui, de tous temps, ont fait briller les yeux des hommes. Avec la même fièvre que les chercheurs d’or du Nouveau Monde, des « cristalliers » ont traqué durant des siècles les filons de quartz dans les méandres des montagnes alpines. Véritables merveilles de la nature, ces cristaux d’une transparence éblouissante, dont les facettes aux lignes nettes diffractent la lumière telles des sculptures modernes, se dénichent dans quelques rares régions du globe : dans les Alpes, au Brésil ou à Madagascar, où ils rayonnent en bouquets d’une beauté fascinante.

Nommé « krystallos » (« glace » en grec) par l’écrivain Pline l’Ancien, le cristal de roche n’a pas attendu les Romains pour se faire remarquer. Dès le Paléolithique, il sert à confectionner des outils tranchants. Dans l’Égypte antique, il donne forme à des vases précieux, ou s’insère, par le biais d’incrustations, dans les yeux de personnages gravés ou sculptés afin d’intensifier leur regard. Les Mésopotamiens en font des lames et des sceaux gravés, les Grecs et les Romains de superbes statuettes polies d’animaux ou de figures humaines. Pour une Aphrodite accroupie datée d’entre le Ier siècle avant J.-C. et le IVe siècle de notre ère, cette matière translucide permet de faire référence aux origines aquatiques de cette déesse de la beauté, qui aurait surgi de l’écume…

Une des premières photographie des mines de cristal de Naica, Santa Rosalia, Chihuahua
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Une des premières photographie des mines de cristal de Naica, Santa Rosalia, Chihuahua, 1914

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© Alamy / Hemis

Très vite, la transparence du cristal en fait un symbole de pureté, de sagesse et de connaissance. À sa rareté et à sa beauté s’ajoute aussi la difficulté de sa taille et de son polissage, qui nécessitent des outils spécifiques (notamment la pointe de diamant) et une grande virtuosité. Tous les ingrédients sont donc réunis pour en faire un matériau de prestige !

Un matériau privilégié pour les objets de pouvoir

Bagues, colliers… Dès l’Antiquité, le cristal sert à fabriquer de nombreux bijoux. Autour de l’an 1000, le monde musulman s’en fait une spécialité : à Constantinople, Bagdad et Le Caire, les Fatimides créent des flacons et lions sculptés d’une beauté admirable. Sa rareté et son aspect précieux en font aussi un candidat privilégié pour la décoration d’objets de pouvoir, tels des trônes, des sceptres, et de la vaisselle d’apparat. Sur les tables des têtes couronnées scintillent des récipients ornés de saynètes gravées, ou sculptés de manière extravagante, telle une aiguière en forme de dragon ayant appartenu au Roi-Soleil : un véritable trésor réalisé au XVIe siècle, qui témoigne du talent des ateliers milanais spécialisés dans cet art.

Aiguière en forme de dragon
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Aiguière en forme de dragon, 4e quart du XVIe siècle

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cristal de roche, émail sur ronde-bosse d’or • 26,5 × 31,3 × 3,5 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © RMN-Grand Palais / Jean-Gilles Berizzi

Ce matériau clair s’avère en effet particulièrement adapté à la représentation du rayonnement divin.

Mais, surtout, sa clarté et sa pureté l’associent vite à une symbolique divine et mystique. Au Moyen Âge, le cristal se met à envahir les croix d’autel, crosses et reliquaires chrétiens, associé à de l’or et de l’argent sculptés. Chez les Carolingiens, des artistes virtuoses gravent des scènes religieuses sur des plaques de cristal, qu’ils transforment en tableaux d’une finesse inouïe. Ce matériau clair s’avère en effet particulièrement adapté à la représentation du rayonnement divin, de la révélation, mais aussi de l’évidence et de la pureté de la foi. Et trouve particulièrement sa place dans les reliquaires, sa transparence permettant de voir, sans l’ouvrir, la relique du saint… Avec, en prime, un effet de loupe, et l’impression que le trésor exposé se trouve comme pris dans la glace, à l’abri du temps !

Des qualités magiques et mystiques

Représentation de crâne humain
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Représentation de crâne humain, XIXe siècle

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Cristal de roche • Coll. musée du quai Branly – Jacques Chirac, Paris • © RMN-Grand Palais / Patrick Gries / Valérie Torre

Amérique du Sud, Inde, Chine, monde arabe : Partout dans le monde, des objets attestent de qualités magiques et mystiques conférées au cristal. Si bien que des hybridations s’opèrent. Ainsi, certaines œuvres proche-orientales des Xet XIe siècles sont si belles qu’elles sont réutilisées au Moyen Âge et à la Renaissance. Fabriqué en Égypte au XIe siècle, un poisson en cristal se voit par exemple doté, au XIVe siècle en Allemagne, de pattes en argent, qui le transforment en un étrange insecte-reliquaire !

À la Renaissance, le travail du cristal atteint une virtuosité jamais égalée. Des vanités sous forme de crânes sculptés voient le jour, ainsi que de minutieux chefs-d’œuvre en ronde-bosse, à l’image de l’exceptionnelle Chute de Phaéton de Giovanni Bernardi (vers 1533), inspirée d’un dessin de Michel-Ange. Un ouvrage étonnamment moderne de par sa monochromie, l’alternance de parties transparentes et opaques, l’audace de sa composition et la pureté de ses lignes, qui annoncent l’Art déco des années 1920.

À gauche, le Cristal de Saint-Denis de la Cour de Charles l<sup>e</sup> Chauve, 3<sup>e</sup> quart du IX<sup>e</sup> siècle. À droite, un reliquaire quadrilobé de la 2<sup>e</sup> moitié du XIII<sup>e</sup> siècle
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À gauche, le Cristal de Saint-Denis de la Cour de Charles le Chauve, 3e quart du IXe siècle. À droite, un reliquaire quadrilobé de la 2e moitié du XIIIe siècle

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Cristal de roche poli et gravé, monture en argent doré postérieure / Avers : décor de 5 gros cabochons de cristal de roche • Coll. British Museum, Londres / Coll. musée de Cluny – musée national du Moyen Âge, Paris • © RMN-Grand Palais / The Trustees of the British Museum. © RMN-Grand Palais / Stéphane Maréchalle

Grâce à ses propriétés uniques, le cristal est d’autant plus associé à l’exploration qu’il trouve de nombreuses applications techniques : d’abord en horlogerie puis, plus tard, dans le domaine des rayons X et de l’ADN.

Au XIXe siècle, le cristal est associé au rêve, à la science et à l’exploration. Si Jules Verne ne décrit pas expressément une grotte de cristaux dans son Voyage au centre de la Terre (1864) mais des roches aux facettes éblouissantes, l’illustrateur Édouard Riou se charge d’inventer cette vision merveilleuse, plus d’un siècle avant la découverte bien réelle des cristaux géants de Naica au Mexique. Le dessinateur Winsor McCay, auteur de la bande dessinée visionnaire Little Nemo in Slumberland (1905–1914) en rêvera lui aussi dans l’une de ses planches, absente de l’exposition. Grâce à ses propriétés uniques, le cristal est d’autant plus associé à l’exploration qu’il trouve de nombreuses applications techniques : d’abord en horlogerie puis, plus tard, dans le domaine des rayons X et de l’ADN.

Man Ray, Glass Tears
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Man Ray, Glass Tears, 1932

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Photographie • © Man Ray 2015 Trust / Adagp, Paris 2023

Vers 1915, les formes géométriques à facettes de Pablo Picasso, Georges Braque, Jean Metzinger et Juan Gris inspirent à un critique d’art la dénomination de «  crystal cubisme ». Ces formes brisées et cette « diffraction » des images évoquant les facettes du cristal se poursuivra chez les surréalistes comme Man Ray et Brassaï. Alberto Giacometti s’inspirera également du quartz avec Le Cube (1933–1934), un polyèdre à douze facettes.

L’exposition s’achève par quelques œuvres contemporaines de Patrick Neu qui témoignent de l’intemporalité du cristal, de la façon dont sa pureté permet de brouiller les frontières entre passé et présent. Cette faculté, quelques pièces du XXe siècle glissées dans le parcours l’attestent, à l’image d’un collier de Jean Vendome (1979) et d’une coupe de Maxime Rips (2022), qui se fondent comme des caméléons parmi des trésors de l’Antiquité exposés dans les premières salles. Voilà sans doute le plus grand pouvoir du cristal : sa capacité à défier le temps !

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Voyage dans le cristal

Du 26 septembre 2023 au 14 janvier 2024

www.musee-moyenage.fr

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