PARIS

Le poignant appel à la paix de Fleury Joseph Crépin s’expose dans une galerie parisienne

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Publié le , mis à jour le
Voici une étape originale du parcours « Paris surréaliste », itinéraire qui fête le centenaire du mouvement : à la librairie Métamorphoses, 31 tableaux du peintre Fleury Joseph Crépin (1875–1948) sont dévoilés au public pour la première fois. L’occasion de revenir sur la destinée fabuleuse de cet artiste spirite porté aux nues par André Breton.
Fleury Joseph Crépin, Tableau n° 147 [détail]
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Fleury Joseph Crépin, Tableau n° 147 [détail], 6 septembre 1941

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Huile sur toile • 72,9 × 60 cm • Coll. particulière • Courtesy Librairie Métamorphoses / Photo Stéphane Briolant

Une exposition rare, c’est le moins que l’on puisse dire. Car la trentaine d’œuvres de Fleury Joseph Crépin exposées à la librairie Métamorphoses appartiennent à un collectionneur anonyme, nonagénaire et militant pacifiste, qui les avait acquises auprès de la famille de l’artiste et les conservait chez lui depuis les années 1960.

« Il était entouré de ces talismans », nous souffle Michel Scognamillo, l’un des directeurs de la librairie Métamorphoses, rue Jacob (6e arrondissement), à deux pas de l’ancienne galerie l’Étoile scellée où André Breton (1896–1966), chef de file du mouvement surréaliste, avait dédié à Crépin une superbe exposition en 1955.

Une mission spéciale pour la paix

Crépin a commencé à peindre en 1939, à l’âge de 64 ans, après avoir entendu des voix l’enjoignant de peindre 300 tableaux pour que cesse la Seconde Guerre mondiale.

Nous voilà donc face à des compositions kaléidoscopiques ou architecturales sur lesquelles figurent des temples richement ornés de colonnes, de frontons et de frises. Ici et là, on devine des visages, des têtes d’oiseaux, des monstres. Le langage graphique paraît hérité d’une culture extra-occidentale avec sa riche palette de tons vifs, ses jeux de reliefs aux milliers de points (parfois si minuscules que l’on se penche sur la toile pour les repérer) qui semblent appliqués à l’aide d’une poche à douille, un peu à la manière d’un pâtissier. Autre particularité : l’artiste signe toujours en indiquant la date d’exécution et le numéro de la série de ses œuvres.

Fleury Joseph Crépin, Tableau n° 272
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Fleury Joseph Crépin, Tableau n° 272, 7 janvier 1945

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Huile sur toile • 56,6 × 72,2 cm • Coll. particulière • Courtesy Librairie Métamorphoses / Photo Stéphane Briolant

La raison ? Crépin a commencé à peindre en 1939, à l’âge de 64 ans, après avoir entendu des voix l’enjoignant de peindre 300 tableaux pour que cesse la Seconde Guerre mondiale, puis une autre série de 45 « tableaux merveilleux » pour parvenir à la paix totale. Avant cela, Fleury Joseph Crépin, né en 1875 dans le Pas-de-Calais, était un plombier et quincaillier passionné de musique. En s’initiant au spiritisme dans les années 1930, il aurait certainement rencontré les artistes Augustin Lesage (1876–1954) et Victor Simon (1903–1976) aussi appelés à créer depuis l’au-delà. Crépin s’est ensuite rapidement forgé une réputation de guérisseur.

Joseph Crépin à l’exposition Lefranc en 1947
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Joseph Crépin à l’exposition Lefranc en 1947

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© Archives Crepin / Cécile Dubart / Droits réservés

Mais voilà qu’au cours de la guerre, il se jette à corps perdu dans sa nouvelle mission, s’interrompant uniquement aux heures graves de son existence : lors de la maladie de sa femme et de son décès, de la fermeture de la quincaillerie et à la mort de sa fille en 1944. Quand enfin l’Allemagne capitule le 7 mai 1945, Crépin vient tout juste d’achever son 300e tableau, un papillon survolant une composition florale, aux ailes recouvertes des drapeaux alliés (visible dans la galerie).

Un artiste médiumnique qui ne cesse de fasciner

Fleury Joseph Crépin, Tableau n° 123
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Fleury Joseph Crépin, Tableau n° 123, 2 mars 1941

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Huile sur toile • 50,2 × 26,6 cm • Coll. particulière • Courtesy Librairie Métamorphoses / Photo Stéphane Briolant

« Si le terme n’était pas galvaudé aujourd’hui par l’usage qu’en font les publicités et les médias, on écrirait que ce sont des icônes », note le célèbre critique d’art Philippe Dagen dans le catalogue de l’exposition à propos des œuvres de Crépin. Des icônes, c’est probablement ainsi qu’il faut les considérer, des petits vases aux grands temples ornés s’élevant vers le soleil et le monde des esprits. Mais aussi une grande croix latine composée d’une ribambelle de gouttelettes colorées sur fond de damier ; en l’observant, on imagine bien l’artiste attelé à sa tâche, en état de transe, la main guidée par une forme d’automatisme et un but suprême : la paix.

En 1947, l’artiste spirite enchaîne avec sa série des « tableaux merveilleux », aux compositions toujours bluffantes de symétrie et de finesse. Deux de ces œuvres sont exposées à la galerie parmi sa première série exécutée durant la guerre. En tout, Crépin en aura réalisé 44 sur les 45 souhaitées, stoppé brutalement par une congestion cérébrale qui l’emportera le 10 novembre 1948.

La légende dit que ses esquisses sont enfermées avec lui dans son cercueil, cultivant le mythe de cet artiste médiumnique dont les « talismans », les « icônes », s’apprêtent à se disperser. Bonne nouvelle : les bénéfices liés à la vente des œuvres présentées à la librairie Métamorphoses seront, nous rassure le galeriste, reversés à des associations caritatives selon le souhait du collectionneur. Un geste qui, en ces temps à nouveau assombris par la guerre, saura honorer Crépin…

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Fleury Joseph Crépin. Conjurer la guerre, peindre la paix

Du 12 septembre 2024 au 2 novembre 2024

librairiemetamorphoses.com

Retrouvez dans l’Encyclo : Surréalisme Art brut

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