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Paris

Les 1001 trésors des Mamlouks dévoilés au musée du Louvre

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Publié le , mis à jour le
Fabuleux objets en verre peint ou en métal ciselé, manuscrits enluminés décorés d’or, boiseries précieuses… À travers 250 œuvres et objets, le Louvre lève le voile sur une culture aussi raffinée que méconnue : celle des Mamlouks. La première exposition en Europe (et la seconde dans le monde) consacrée à ces anciens esclaves militaires turcs, qui régnèrent de 1250 à 1517 sur un vaste empire s’étendant de l’Égypte à la Turquie.
Signé Muhammad ibn al-Zayn, Bassin dit « Baptistère de Saint Louis »
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Signé Muhammad ibn al-Zayn, Bassin dit « Baptistère de Saint Louis », Syrie ou Égypte, vers 1330-1340

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Alliage cuivreux ciselé, incrusté d’argent, d’or et de pâte noire • H. 23,2 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © 2009 Musée du Louvre, dist. GrandPalais Rmn presse / Hughes Dubois

Pour beaucoup, le nom de Mamlouk reste bien mystérieux ! À moins que subsiste le souvenir d’un lointain cours d’histoire sur Napoléon, qui les affronta en 1798 lors de la campagne d’Égypte… Coiffés de turbans et vêtus de couleurs vives, ces guerriers raffinés, qui maniaient fièrement le sabre, le poignard et la lance du haut de leurs destriers richement ornés, méritent pourtant d’être davantage connus, tant leur empire a vu naître de créations éblouissantes.

L’oubli est enfin réparé avec cette toute première exposition en Europe à leur être consacrée (et la deuxième dans le monde, après celle réalisée en 1981 à Washington), conçue par Souraya Noujaim, directrice du département des arts de l’Islam du Louvre, avec la commissaire scientifique Carine Juvin. Au programme, 260 œuvres et objets rares (certains n’ont même jamais été présentés au public) issus des collections du Louvre, du musée des Arts décoratifs et d’autres institutions prestigieuses.

Vue de l’exposition « Mamlouks, 1250-1517 » au Louvre
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Vue de l’exposition « Mamlouks, 1250–1517 » au Louvre, 2025

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© musée du Louvre / Nicolas Bousser

Le mot « mamlouk » signifie à l’origine « chose possédée ». Un indice sur l’origine de ces hommes turcs qui étaient d’abord des esclaves militaires, nés dans les steppes du sud de la Russie ou dans les montagnes du Caucase – régions réputées pour leurs cavaliers et leurs guerriers. Enfants ou adolescents, ils étaient enlevés à leurs familles et achetés par les souverains ayyoubides du Moyen-Orient. Les jeunes garçons recevaient alors une éducation religieuse musulmane et une formation militaire qui les transformait en redoutables cavaliers d’élite.

Un peuple de guerriers esthètes

En 1250, les Mamlouks prennent l’ascendant sur leurs maîtres en imposant un sultan issu de leurs rangs, et assoient leur pouvoir sur un vaste territoire allant de l’Égypte à la Turquie en passant par les grandes villes du Proche-Orient, avec pour centres Le Caire et Damas. Durant la seconde moitié du XIIIe siècle, ils mettent un coup d’arrêt aux avancées des Mongols, venus d’Asie, et remettent la main sur les territoires conquis par les Francs durant les croisades. Le sultanat établi par ces anciens esclaves prospérera pendant plus d’un siècle et demi.

École vénitienne, Réception d’une ambassade vénitienne par le gouverneur de Damas
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École vénitienne, Réception d’une ambassade vénitienne par le gouverneur de Damas, Venise, 1511

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Huile sur toile • 158 × 201 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © GrandPalais Rmn presse / Gabriel de Carvalho

Grâce à sa position stratégique à la croisée de l’Afrique, de l’Europe, de la Russie et de l’Orient, l’empire mamlouk est connecté au monde à travers un vaste réseau d’échanges diplomatiques, culturels et religieux. Tout en vendant de l’or, des épices et du corail ainsi que des textiles et objets précieux, les Mamlouks impressionnent les puissances étrangères par leur caste dirigeante d’esthètes ouverts sur le monde, la littérature, les sciences et les arts. Des peintures vénitiennes les représentent dans leurs costumes chamarrés, parfois accompagnés de leurs épouses, dissimulées sous de grandes toques couvertes d’un voile blanc.

De précieux artefacts et manuscrits

« L’art des Mamlouks est d’une modernité extrême. »

Souraya Noujaim

Brûle-parfum, bols, plateaux, aiguières, boîtes à instruments… Le parcours regorge de superbes objets en cuivre ciselé, avec incrustations d’argent, d’or et de pâte noire, ornés de complexes entrelacs de végétaux, d’animaux et d’inscriptions. Le plus célèbre et spectaculaire d’entre eux reste le « baptistère de Saint Louis » (vers 1330–1340) de l’artiste Muhammad ibn al-Zayn, orné d’une frise de personnages.

Vue de l’exposition « Mamlouks, 1250-1517 », au premier plan le baptistère de Saint Louis
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Vue de l’exposition « Mamlouks, 1250–1517 », au premier plan le baptistère de Saint Louis

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© 2025 musée du Louvre / Audrey Viger

Présenté au cœur d’un espace immersif permettant d’apprécier en gros plan les détails de son décor, ce chef-d’œuvre du Louvre (considéré comme la Joconde de son département des arts de l’Islam) a, sans qu’on sache comment, atterri dès le XVe siècle en France, où il fut jugé si beau qu’il fut utilisé pour les baptêmes royaux, notamment celui de Louis XIII en 1606.

Vue de l’exposition « Mamlouks, 1250-1517 » au Louvre
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Vue de l’exposition « Mamlouks, 1250–1517 » au Louvre, 2025

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© musée du Louvre / Nicolas Bousser

Plongé dans une semi-pénombre, le parcours fait également luire de superbes lampes de mosquée en verre soufflé émaillé et doré, ainsi que des vases en verre peint, dont un orné d’oiseaux multicolores, et une étonnante bouteille en verre soufflé émaillé, aux motifs ondulants inspirés de l’art chinois.

L’exposition brille également par un nombre important de manuscrits enluminés, parmi lesquels un Coran monumental du XIVe siècle mais aussi des recueils de poésie ou de contes, ou encore des écrits scientifiques – dont de nombreux prêts de la BnF. Parsemées d’une multitude de petits détails étincelants, ces pages calligraphiées avec une extrême finesse sont précieusement agrémentées d’or et d’encres colorées, de scènes mêlant personnages et animaux, ainsi que de foisonnants motifs végétaux et géométriques entrelacés.

Napoléon impressionné par les Mamlouks

Parmi les autres domaines de création mamlouke représentés figurent le textile, la céramique, et de surprenantes boiseries aux motifs géométriques et incrustations d’ivoire annonçant presque l’Art déco. « Leur art est d’une modernité extrême », acquiesce Souraya Noujaim. Sans oublier un espace de projections numériques qui immerge le visiteur dans l’architecture mamlouke, encore présente en Syrie et en Égypte. Grâce aux objets présentés, plusieurs facettes de la société mamlouke sont abordées, allant de l’astronomie à la place des femmes – globalement très soumises à leurs maris, mais avec des exceptions, comme la sultane d’affaires Khawand Fatima.

Al-Aqsaraʾi (m.1348), Traité de furûsiyya
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Al-Aqsaraʾi (m.1348), Traité de furûsiyya, 1371

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Coll. British Library, Londres • © musée du Louvre / Nicolas Bousser 2025

Même après la conquête ottomane de 1517, qui marqua la fin de leur empire, les Mamlouks ont continué à jouer un rôle important en Égypte jusqu’au XIXe siècle. En 1798, Napoléon Bonaparte fut si impressionné par leur flamboyance et leurs talents militaires qu’il leur constitua un corps spécial dans son armée. Mais après que certains se sont ralliés à l’empereur français, le gouverneur d’Égypte Méhémet Ali a fait massacrer ces guerriers jusqu’au dernier. Les voilà ressuscités dans cette exposition historique, qui sera présentée au Louvre Abu Dhabi à la mi-septembre. Une superbe découverte !

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Mamlouks. 1250-1517

Du 30 avril 2025 au 28 juillet 2025

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