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ART ANCIEN

Les luxuriants jardins d’Orient célébrés par le Louvre dans une expo à Draguignan

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Publié le , mis à jour le
Céramiques d’Iran, miniatures indiennes… À Draguignan, dans le Var, une merveilleuse exposition nous plonge dans la magie luxuriante des jardins d’Orient. Sur trois étages, plus de 200 trésors datant de l’Antiquité au XIXe siècle, issus en grande partie des collections du Louvre, parsèment un parcours à la scénographie exquise où le visiteur, entouré de moucharabiehs, de chants d’oiseaux et de frémissements de fontaines butine de chef-d’œuvre en chef-d’œuvre.
Le raja Singh de Chamba et sa rani dans les jardins de Rajnagar
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Le raja Singh de Chamba et sa rani dans les jardins de Rajnagar, 1790-1795

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Gouache et aquarelle sur papier, rehaut d'or • Coll. Paris, musée du Louvre, département des Arts de l'Islam • © GrandPalaisRmn (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier

Posés tels des bijoux dans leurs écrins de verdure mouchetés de couleurs, des palais orientaux veillent sur des parterres de fleurs odoriférantes où s’élancent de fins jets d’eau cristalline. Dans les allées glissent, au son des sitars, des paons majestueux dont les traînes électriques semblent serties de joyaux. À peine évoqué, le jardin oriental nous propulse dans la magie d’un conte des Mille et Une Nuits, un enclos idyllique où germe l’extase des sens…

Si le jardin oriental est si travaillé et raffiné, c’est parce qu’il est considéré comme divin. Conçue en partenariat avec le musée du Louvre, dont les chefs-d’œuvre de son riche département des Arts de l’Islam, actuellement fermé pour réaménagement, se mêlent à des pièces issues des musées de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’exposition nous rappelle dès la première salle cette dimension spirituelle : composé avec art pour sublimer les beautés de la nature, le jardin fonctionne comme un intermédiaire entre la terre et le ciel, un lieu miraculeux où les végétaux, qui meurent et renaissent, incarnent le cycle de la vie.

Des millénaires de jardins

C’est en Orient qu’ont germé les tous premiers jardins, et plus précisément en Mésopotamie, région historique du Moyen-Orient située entre le Tigre et l’Euphrate, dès le troisième millénaire avant J.-C., sous la houlette du roi Gilgamesh. Les peintures qui ornent les tombeaux nous renseignent aussi sur les jardins fertiles de l’Égypte antique, garnis de fleurs de papyrus et de bassins à poissons (dès 2 600 avant J.-C.), bien avant les célèbres jardins de Babylone (605–562 avant J.-C.), en Mésopotamie, décrits dans les textes antiques comme un « paradis suspendu ». C’est donc sous la forme d’un jardin oriental, garni de cyprès, de pins et de citronniers, symboles d’éternité, que les artistes représentent le plus souvent le jardin d’Éden.

Hippolyte Boussac, Couple buvant dans leurs mains devant un bassin bordé de palmiersdatiers ; tombe de Neferrenpet dit Kenro
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Hippolyte Boussac, Couple buvant dans leurs mains devant un bassin bordé de palmiersdatiers ; tombe de Neferrenpet dit Kenro, 1911

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Aquarelle sur papier • Coll. Paris, musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes • © musée du Louvre, dist. GrandPalaisRmn / Georges Poncet

Les palais orientaux sont indissociables des jardins, avec lesquels ils communiquent en permanence.

Vers l’an 1 500 à Istanbul, en Turquie, les jardins du sultan Soliman le Magnifique se parent d’innombrables tulipes, fleurs originaires d’Iran, d’Afghanistan et du Kazakhstan, qu’un invité flamand va exporter ensuite aux Pays-Bas, dont elles deviendront la spécialité. Les jardins d’Orient sont aussi réputés pour leurs nombreuses fleurs odorantes (roses, jasmin, fleurs d’oranger, jacinthes…) que des dispositifs olfactifs placés au deuxième étage permettent de humer.

Symbole de richesse et de pouvoir

Plat au paon, Turquie, Iznik
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Plat au paon, Turquie, Iznik, 1540–1555

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Céramique siliceuse, décor peint sur engobe sous glaçure transparente • Coll. Paris, musée du Louvre, département des Arts de l’Islam • © 2004 GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

De superbes céramiques et peintures des XVe, XVIe et XVIIe siècles, venues d’Inde, de Turquie ou d’Iran, détaillent avec raffinement les plantes, oiseaux et papillons des jardins orientaux – en particulier un plat turc du XVIe siècle, véritable chef-d’œuvre décoré de paons et d’une explosion de fleurs dansantes aux bleus vibrants. Plus loin, une vasque de fontaine égyptienne du XIVe siècle ornée de mosaïques rappelle l’importance primordiale de l’eau dans les jardins d’Orient, où elle irrigue les plantes tout en étant mise en scène comme un ornement et un symbole d’opulence.

Fruit d’une maîtrise artistique et technique de la nature, le jardin permet aux souverains de « mettre en scène leur richesse et leur pouvoir », souligne le commissaire Farhad Kazemi, conservateur chargé des collections de l’Iran médiéval au Louvre. Ajourés de dentelles de moucharabiehs, dotés de nombreux jeux d’ouverture et de terrasses à fines colonnades ouvrant sur la verdure et les fontaines telles des scènes de théâtre, les palais orientaux sont donc indissociables des jardins, avec lesquels ils communiquent en permanence, comme à l’Alhambra, représenté ici par plusieurs dessins du peintre français Henri Regnault réalisés dans les années 1860.

Au milieu des fleurs

Pour symboliser cette union, les cloisons, portes et carreaux de céramique peints sont garnis de motifs végétaux. Une porte d’Ispahan (Iran) du XIXe siècle ornée de fines peintures représentant un souverain assis sur un coussin au milieu des fleurs, approvisionné en mets et boissons par des serviteurs, côtoie ainsi de superbes panneaux en céramique peints iraniens et turcs décorés de pampres, d’arabesques et de mandorles, où se déploient de fines feuilles et fleurs peintes dans des tons éclatants de vert, de bleu ou de rouge, sur fond blanc ou jaune vif.

Khwandamir, Réception princière (page d’un « L’aimé des biographies »)
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Khwandamir, Réception princière (page d’un « L’aimé des biographies »), 1550–1600

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Encre, couleurs et or sur papier • Coll. Paris, musée du Louvre, département des Arts de l’Islam • © 2009 musée du Louvre, Dist. GrandPalaisRmn / Hughes Dubois

Les accessoires conçus pour les promenades, tel un impressionnant chasse-mouches en plumes de paon au manche incrusté de rubis et d’émeraudes, sont assortis à la beauté luxuriante du décor. Émaillée d’objets fabuleux, la dernière partie de l’exposition détaille les différentes activités pratiquées dans ces paradis de verdure où tous les sens sont en éveil. Des instruments de musique incrustés de nacre se mélangent à de la précieuse vaisselle ornée de motifs floraux, destinée à déguster des mets et des boissons, tandis que de précieuses boîtes et une base de narguilé en verre soufflé décorée de fleurs peintes évoquent les différentes substances (thé, café, tabac, opium…) consommées lascivement dans les buissons.

Un lieu dédié aux plaisirs

Copie d'après Balchand ?, Jeune femme se coiffant
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Copie d’après Balchand ?, Jeune femme se coiffant, XVIIIe siècle

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Couleurs et rehauts d’or sur papier • Coll. Paris, musée du Louvre, département des Arts de l’Islam • © 2024 musée du Louvre, Dist. GrandPalaisRmn / Raphaël Chipault

De merveilleuses (et parfois coquines !) miniatures indiennes représentent de nombreuses scènes finement détaillées : des femmes allumant sur une terrasse des feux de Bengale d’où jaillissent des étincelles d’or, des hommes assistant à un concert ou à un combat d’antilopes en plein air, une jeune beauté dévêtue émergeant de son bain au milieu des fleurs, un couple fumant le narguilé en amoureux dans une allée, ou encore deux partenaires saisis dans un moment charnel entre deux bosquets…

Espace de méditation et de sensualité, le jardin est également lié à l’art et à la poésie, dont le raffinement, inspiré par ce décor foisonnant, rivalise avec celui des fleurs qui y poussent. En témoignent de superbes manuscrits enluminés, semés d’écritures calligraphiées qui se confondent et s’entremêlent avec des dessins de plantes et d’oiseaux, mais aussi un magnifique panneau en céramique iranien du XVIIe siècle des collections du Louvre figurant une joute de poésie au milieu d’un foisonnement d’arbres et de végétaux stylisés.

Panneau de revêtement à la joute poétique
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Panneau de revêtement à la joute poétique, XVIIe siècle

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Céramique siliceuse, décor de glaçures colorées de type cuerda seca • Coll. Paris, musée du Louvre, département des Arts de l’Islam • © 2012 musée du Louvre, Dist. GrandPalaisRmn / Raphaël Chipault

Un jeune homme déclame un vers, tandis que son adversaire, muni d’une plume et d’un encrier, s’apprête à le faire rimer avec un autre de son invention. Réalisé avec la technique islamique haft-rang, ce chef-d’œuvre en deux cuissons a été finement peint sur une glaçure blanche à l’aide de sept couleurs : rouge, blanc, noir, jaune or, vert, brun et bleu. Un véritable enchantement d’où semblent s’échapper comme par magie des gazouillements d’oiseaux !

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Jardins et palais d'Orient

Du 14 décembre 2024 au 6 avril 2025

hdevar.fr

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