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La Maison sans escalier à Saint-Étienne
Cet édifice est la seconde maison sans escalier réalisée par l'architecte Auguste Bossu, 54 boulevard Daguerre à Saint-Étienne • © Ville d'art et d'histoire / ville de Saint-Étienne
Désignée « Ville créative design » par l’UNESCO en 2010, rien ne prédestinait au départ Saint-Étienne à devenir un terreau fertile de créativité. Au milieu du XIXe siècle, « c’est une ville d’ouvriers qui souffre de son image de ‘ville noire’ [à cause de la pollution et de la poussière de charbon qui envahit les rues, ndlr] », souligne Marie-Caroline Janand, directrice du pôle muséal au musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne. « Le beau n’existe pas encore ».
Ou du moins reste-t-il la propriété des plus aisés. En témoigne, dans l’exposition, la collection d’objets finement exécutés, aux styles variés, de Jean-Marie Ogier (1827–1900), prospère dessinateur de rubans, devenu portraitiste et paysagiste. Entre plat en faïence de la fin du XVIIe et coffret de mariage finement marqueté en Italie vers le XVe siècle, ses quelques 700 trésors lui permettent de trouver l’inspiration pour des motifs de passementerie. Une certaine définition du bel objet.
Maison Troyet et Cie, Saint-Étienne, Esquisse pour ruban : guirlande de roses, vers 1880–1914
Coll. musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne
C’est là le sens du mot « design » : faire régner le beau dans chaque objet du quotidien.
C’est à la suite de l’Exposition universelle de Londres en 1851 que les lignes commencent réellement à bouger. Rien d’étonnant lorsque l’on sait que le design naît en Grande-Bretagne, en pleine révolution industrielle, grâce à des figures telles que William Morris (1834–1896), initiateur du mouvement Arts and Crafts. En revalorisant le dessin, la qualité des matériaux et la facture des objets, ce talentueux créateur britannique cherche à lier esthétique et fonctionnalité. C’est là le sens du mot « design » : faire régner le beau dans chaque objet du quotidien.
Jules Paul Brateau, Les quatre saisons, assiette d’apparat, vers 1880
Coll. musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne • Photo Hubert Genouilhac
Mais revenons en France. Jaloux des objets industriels repérés à Londres, l’État missionne un publiciste du nom de Marius Vachon (1850–1928) pour étudier la question de la formation aux industries d’art dans l’Hexagone. Ce dernier, inspiré par le South Kensington Museum de Londres (fondé en 1852 pour promouvoir l’éducation en matière d’art et de design) porte alors le projet d’un musée d’Art et d’Industrie à Saint-Étienne, septième ville de France.
L’idée est d’y réunir des merveilles pour inviter les ouvriers à développer leur propre esthétique. Soutenu par le maire de la ville, Émile Girodet (1849–1898), qui y voit la possibilité d’élever socialement les ouvriers, Vachon parvient à inaugurer ce musée en 1890 au sein du palais des Arts. Il y expose des assiettes en étain ciselé, de grands vases en céramique de Sèvres, une tapisserie d’Aubusson du XVIIe siècle… Des pièces aujourd’hui de nouveau réunies à Saint-Étienne grâce à des prêts exceptionnels.
Claude Monet, Nymphéas, 1907
Huile sur toile • diamètre: 80,7 cm • Coll. Musée d’Art et d’Industrie-musée d’Art Moderne et Contemporain de Saint-Etienne Métropole • Photo Cyrille Cauvet
Voilà donc comment ce musée signe l’arrivée du design dans cette cité industrielle. Si au départ il ne présente ni sculpture ni peinture, se cantonnant aux arts décoratifs, tout change avec les successeurs de Vachon qui achètent en 1924 des Nymphéas à Claude Monet. Quelques œuvres d’art viendront enrichir les collections techniques qui s’exposent aujourd’hui parmi de superbes rubans et vélos, spécialités stéphanoises…
Il faut les voir évoluer au fil des mouvements artistiques, à l’image de cette bicyclette Hirondelle aux élégantes courbes Art nouveau (entre 1888 et 1893) ou de ces rubans fleuris de roses façon Art déco. Le goût pour le motif et l’ornement s’apprend localement à l’École régionale des arts industriels – soit l’actuelle École supérieure d’art et design –, réputée pour sa classe de spécialité florale.
Bicyclette pour dame, Aquila, vers 1930 (vue de l’exposition « L’ambition du beau »), 2025
Photo Pierre Grasset / Ville de Saint-Étienne
Ainsi se retrouve-t-il jusque dans la rue, sur les balustrades ornées ou sur les façades sculptées des immeubles de la ville, à en croire le diaporama projeté dans la dernière salle de l’exposition qui dévoile des curiosités architecturales. Parmi elles, l’étonnante « Maison sans escalier » d’Auguste Bossu (1889–1946), immeuble entièrement construit autour d’une rampe hélicoïdale qui dessert des appartements jusqu’à un toit-terrasse [ill. en Une].
Le parcours se clôt sur l’objet « design » par excellence, la chaise, à travers un spécimen pliable de 1965, vendu à plus de quatre millions d’exemplaires. L’œuvre d’une reconversion fructueuse : fragilisée après la Seconde Guerre mondiale, la société stéphanoise Souvignet, alors spécialisée dans la fabrication de tubes pour vélos, se tourne vers un bureau de design qui dessine cette « Plichaise » en acier tubulaire, fonctionnelle et moderne à souhait. Société Souvignet SAS, Plichaise Coll. musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne • Photo Louis Caterin
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Saint-Étienne rentre peu à peu dans une nouvelle ère. En 1973, sa dernière mine ferme pour de bon. Une quinzaine d’années plus tard, le directeur de l’École des beaux-arts, Jacques Bonnaval, entreprend de faire rayonner la ville à travers ses liens si singuliers avec le design. C’est lui qui sera à l’origine, en 1998, de la fameuse Biennale internationale de design. Sa prochaine édition, du 22 mai au 6 juillet, invite à penser notre futur à travers un thème qui résonne ici, dans l’ancien bassin houiller de la Loire, plus fortement qu’ailleurs : « Ressource(s), présager demain. ».
13e Biennale internationale design Saint-Étienne
Du 22 mai au 6 juillet
L’ambition du beau
Du 13 mars 2025 au 9 novembre 2025
Musée d'Art et d'Industrie - Saint-Étienne • 2 Place Louis Comte • 42000 Saint-Étienne
www.musee-art-industrie.saint-etienne.fr
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