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Hans Brockhage, Balançoire (Schaukelwagen), vers 1950
Hêtre, caoutchouc, métal • 37 x 37,5 x 99,7 cm • Coll. Centre Pompidou - Musée national d’art moderne, Cci, Paris • Dist. RMN-GP / Photo Philippe Migeat
Enfin une exposition de design pour tous ! Mais attention, le mobilier pour enfant ne se contente pas de miniaturiser le mobilier adulte. Il est pour les créateurs un terrain de jeu particulièrement fertile où dominent l’imaginaire, la modularité, l’amusement… Tout ce qui peut, de surcroît, éveiller l’enfant et accompagner son évolution.
Berceau, bureau, lit, jouets, pupitre… Le Centre Pompidou dresse un panorama qui débute vers 1920. Car c’est à cette époque, grâce aux figures de la pédagogie d’avant-garde – John Dewey (1859–1952), Maria Montessori (1870–1952) ou la Suédoise Ellen Key (1849–1926) – que les décorateurs se mettent (enfin !) à concevoir un « coin enfant » dans l’habitat. L’École du Bauhaus, attachée à penser un mode de vie moderne, se prête au jeu dès 1923 : pour la chambre d’une maison témoin, l’étudiante Alma Siedhoff-Buscher (1899–1944) fabrique des pièces cubiques et colorées facilement manipulables. Un peu partout en Europe, d’autres créateurs se laissent tenter par l’exercice, incitant les manufactures à produire en série leurs créations.
Eugène Elie Beaudouin (attribué à), Marcel Lods, Pupitre une place pour l’école de plein-air de Suresnes, vers 1937
Almasilium, acier, bois • 64 × 53 × 83 cm • Coll. Centre Pompidou – Musée national d’art moderne, Cci, Paris • Dist. RMN-GP / Photo Georges Meguerditchian
Puis la Seconde Guerre mondiale change la donne. Après une période de profonde remise en question de notre modèle civilisationnel, l’éducation est au centre des préoccupations.
Le mobilier scolaire se transforme, notamment grâce à l’intervention de l’acier tubulaire pour renforcer les structures, en témoigne la célèbre chaise Mullca qui assied des générations entières d’écoliers français. On pense aussi adaptabilité : en Allemagne, apparaît la petite chaise tournante (1946) d’Adam Stegner, alors qu’en Scandinavie l’assise multiposition (« Kid’s Chair », 1940), dessinée par le célèbre couple de designers finlandais Alvar et Aino Aalto, se renverse et s’utilise en table ou en banc.
À droite, assise modulable « Tripp Trapp » par Peter Opsvik (1972). À gauche, les tables et tabourets « Trissen » par Nanna Ditzel (1962)
Bois • 49 × 79 × 46 • Coll. privée / Coll. Coll. Centre Pompidou – MNAM, Cci, Paris / Nanna Ditzel Design • © Stokke / © Nana Ditzel / Photo K. Helmer-Petersen
Rapidement, le mariage jeu-fonctionnalité inspire les créateurs. Dans le parcours, une ribambelle de pièces disposées sur une estrade réveille notre âme d’enfant : le tabouret-bobine (« Trissen », 1962) de Nanna Ditzel, véritable institution au Danemark, s’empile et se tourne au sol ; le siège biface (« Schaukelwagen », vers 1950) de Hans Brockhage [ill. en une] s’utilise tantôt en cheval à bascule, tantôt en voiture sur roulettes ; sans oublier l’iconique chaise haute « Tripp Trapp » (1972) du Norvégien Peter Opsvik, qui reste aujourd’hui encore un incontournable commercialisé par la marque Stokke : elle s’adapte à tous les âges grâce au réglage de la hauteur d’assise et du repose-pied.
Marco Zanuso et Richard Sapper, éditée par Kartell, Chaise K 1340, 1964
Polyéthylène moulé • 49,5 × 27 × 27 cm • Coll. particulière • © Bridgeman Images
Si l’on privilégiait jusqu’ici le bois pour sa résistance et son aspect chaleureux, l’arrivée du plastique dans les années 1960 ouvre la voie à la couleur, la légèreté, le confort. Adieu l’orthogonalité, place aux courbes !
Une fois passés les classiques du design – créations de Verner Panton, Richard Sapper ou de Luigi Colani –, on s’arrête devant le berceau en forme de fleur de Philippe Pradalié [ill. ci-dessous] dessiné dans les années 1970 : le nourrisson repose paisiblement dans la corolle, soutenue par une tige verte. Si elle paraît bien loin aujourd’hui des normes de sécurité en vigueur, cette œuvre à la fois pop et poétique, le témoin du souffle créateur des Trente Glorieuses qui voient fleurir les enseignes de mobilier pour enfant.
La chambre, aussi, devient un lieu d’expérimentations : celle pensée par Marc Berthier propose des pièces en tubes d’acier, dotées de toiles amovibles à la couture bleue très graphique (mobilier « Twenty Tube », 1973).
À gauche, la « Chaise Julian » par Javier Mariscal (2005). À droite, le « Berceau fleur » de Philippe Pradalié (1971)
Polyethylène moulé par rotation (rotomoulage) / Polyesther et bois laqué • 36 × 49 × 55 cm / 102 × 64 cm • Coll. Centre Pompidou – Musée national d’art moderne, Cci, Paris / Coll. privée • Dist. RMN-GP / Photo Hélène Mauri / Adagp, Paris 2024 / © Artnet
Là, l’enfant travaille, dort, joue, s’ennuie… C’est un environnement en perpétuelle évolution, à l’image de la classe ultra-moderne conçue en 2015 par la créatrice matali crasset pour l’école Le Blé en herbe à Trébédan. Des plateaux, tréteaux et tiges en bois permettent aux élèves d’assembler eux-mêmes leur mobilier multifonctionnel. Développer leur motricité et leur créativité, les rendre autonomes, maîtres de leur quotidien – autant d’enjeux éducatifs que le design investit avec brio !
L'enfance du design. Un siècle de mobilier pour enfants
Du 24 avril 2024 au 12 août 2024
Centre Georges Pompidou • Place Georges Pompidou • 75004 Paris
www.centrepompidou.fr
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