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REPORTAGE

Quand l’art œuvre pour la paix : à la découverte de l’exceptionnelle collection de l’UNESCO à Paris

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Publié le , mis à jour le
À quelques pas de la tour Eiffel, se cache une collection d’art unique ! De Picasso à Pistoletto, en passant par Miró ou Calder, le fonds de plus de 1 800 œuvres, constitué par l’UNESCO au gré de donations et de commandes aux quatre coins du monde, promeut le dialogue entre les peuples et les cultures, avec cette certitude : l’art est un vecteur de paix. Ce lieu essentiel, et de moins en moins confidentiel, accueille 50 000 visiteurs chaque année.
Le siège de l’UNESCO, à Paris, devant lequel se tient l’œuvre “Spirale” d’Alexander Calder
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Le siège de l’UNESCO, à Paris, devant lequel se tient l’œuvre “Spirale” d’Alexander Calder

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© Bertrand Gardel / hemis / © Adagp, Paris 2025

À première vue, difficile d’imaginer que derrière les façades austères de ce bâtiment en béton armé se cache une collection d’art digne d’un grand musée. Pourtant, une fois franchies les portes du siège de l’UNESCO, à Paris, le visiteur découvre un véritable trésor : ce monument brutaliste en forme de Y, conçu dans les années 1950 par Marcel Breuer, Bernard Zehrfuss et Pier Luigi Nervi, abrite près de 1 800 œuvres venues du monde entier.

Sur l’esplanade, l’immense mobile d’Alexander Calder, Spirale (1958), ondule doucement au gré du vent. À l’intérieur, dans le hall principal, L’Homme qui marche d’Alberto Giacometti (1960) avance, silhouette élancée et incertaine, sous le regard des visiteurs. Son reflet se mêle à ceux des passants dans le « tableau-miroir » de Michelangelo Pistoletto, Love Difference (2024), hommage contemporain au dialogue interculturel.

Une collection d’art comme source d’inspiration et vecteur de paix

« Cette collection reflète l’éveil de l’humanité. »

Lynda Frenois

Forte de plus de 1 800 œuvres et objets d’art créés par 360 artistes originaires de 150 pays, la collection porte en elle les valeurs fondatrices de l’organisation des Nations unies : éducation, science, culture et dialogue entre les peuples. « Plus le monde est bouleversé, fracturé, déchiré, et plus les langages universels, celui des sciences et des arts, sont précieux », rappelle Audrey Azoulay, directrice générale de l’institution depuis 2017. C’est sous son impulsion que cette collection, longtemps confidentielle, s’est ouverte au public : visites guidées en huit langues, parcours pour les scolaires, événements grand public… Le siège parisien accueille désormais près de 50 000 visiteurs chaque année.

“L’Homme qui marche” d’Alberto Giacometti, 1960, dans les collections de l’UNESCO
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“L’Homme qui marche” d’Alberto Giacometti, 1960, dans les collections de l’UNESCO

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© UNESCO / Christelle Alix / © Succession Alberto Giacometti / © Adagp, Paris 2025

Il faudrait des heures pour arpenter les couloirs du bâtiment et en découvrir toutes les merveilles. Lynda Frenois, ancienne gestionnaire des collections de l’UNESCO, nous en dévoile les coulisses.

Dans les années 1950, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’idée de cette collection naît en même temps que celle du bâtiment, voulu comme un symbole d’unité et de reconstruction. « Cette collection reflète l’éveil de l’humanité », souligne Lynda Frenois. C’est l’Américain Luther Evans, directeur général de l’UNESCO à l’époque, qui initie ce projet audacieux : faire entrer l’art au cœur même de la diplomatie internationale – non comme simple décor, mais comme source d’inspiration et vecteur de paix.

Magalie Troy, restauratrice ayant dirigé plusieurs projets de la collection de l’UNESCO, devant l’œuvre de Oswaldo Guayasamín
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Magalie Troy, restauratrice ayant dirigé plusieurs projets de la collection de l’UNESCO, devant l’œuvre de Oswaldo Guayasamín, 2025

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© UNESCO / Christelle Alix

Dès l’inauguration du siège en 1958, les plus grands artistes contemporains sont sollicités : Pablo Picasso, Joan Miró, Isamu Noguchi, Alexander Calder, Roberto Matta, Henry Moore… Plusieurs œuvres sont créées in situ, telles que La Chute d’Icare de Picasso ou les fresques murales de Miró. Noguchi, lui, imagine un jardin japonais, havre de sérénité au cœur du tumulte parisien.

Un important travail de valorisation des œuvres 

Aujourd’hui, loin de se figer dans le temps, la collection poursuit son évolution. Ces dernières années, un vaste chantier d’inventaire et de restauration a été lancé pour préserver ce patrimoine artistique unique. Mères et Enfants (1992), peinture monumentale d’Oswaldo Guayasamín composée de trois panneaux, est actuellement en pleine restauration, avec la collaboration d’étudiants de la Sorbonne.

Lynda Frenois, conservatrice de la collection UNESCO
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Lynda Frenois, conservatrice de la collection UNESCO, 2025

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© UNESCO / Christelle Alix

Dans les réserves flambant neuves, exceptionnellement ouvertes lors de notre visite, Lynda Frenois nous dévoile un vase néolithique prêté par la Roumanie, fraîchement restauré. Engagé depuis 2022, ce travail discret garantit la préservation et la transmission de cet héritage artistique mondial.

 

En parallèle, l’UNESCO enrichit sa collection en accueillant des artistes contemporains du monde entier. Caroline Monnet, Vhils, Mircea Cantor ou encore Thandiwe Muriu ont rejoint ces dernières années ce prestigieux catalogue. Dernière acquisition en date : une œuvre de l’artiste chinoise Jiang Qiong Er, qui fait dialoguer traditions et design avec ses Gardiens du temps, exposés il y a quelques mois au musée Guimet. Créées à l’aide de l’intelligence artificielle, les douze créatures hybrides et mythiques symbolisent des valeurs universelles comme la paix, la liberté ou la bravoure.

Les réserves de la collection d’art de l’UNESCO
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Les réserves de la collection d’art de l’UNESCO

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© UNESCO / Christelle Alix

Dans les couloirs feutrés qui jouxtent les salons de négociation, les œuvres veillent, discrètes mais bien présentes. Peintures, sculptures, fresques ou objets anciens forment un fil invisible qui relie les continents, les cultures et les époques. Rien ici n’est figé derrière des vitrines : l’art circule et inspire. Avant de quitter les lieux, nous posons un dernier regard sur la Spirale de Calder, qui tourne lentement dans le vent, suspendue entre ciel et terre. Dans ce vaisseau de béton ancré au cœur de Paris, les œuvres, elles, rappellent à qui veut bien l’entendre que la paix ne se décrète pas, elle se construit ; par les formes, par les couleurs et par l’imaginaire.

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