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Rembrandt, Junon (detail), vers 1662-1665
Huile sur toile • 127 x 123.8 cm • Coll. musée Armand Hammer, Los Angeles • © Armand Hammer Collection
Rembrandt et Van Gogh dans un même titre : c’est tout un programme ! Partant de ces deux noms, l’exposition qui se tient jusqu’à l’automne 2025 à la fondation Pierre Gianadda de Martigny donne surtout à voir une quarantaine de trésors issus de la collection d’Armand Hammer, à l’origine du Hammer Museum rattaché à l’UCLA (University of California, Los Angeles). Mais la promesse est-elle à la hauteur de son ambition ?
Le Hammer Museum a ouvert en 1990 à la suite de la mort de son fondateur Armand Hammer, qui a légué sa collection, pour en faire un musée public affilié à l’UCLA. C’est sur ce noyau que s’appuie l’exposition suisse.
Une étude rouge pour Au salon de la rue des Moulins d’Henri Toulouse-Lautrec mériterait à elle-seule le déplacement en pays de Vaud.
Homme d’affaires, philanthrope et passionné des arts, Hammer a un destin singulier : d’origine russe aux trois quarts, il tente de faire affaire avec l’URSS en s’établissant neuf ans à Moscou, jusqu’à la grande rupture de Staline en 1929. Hammer gagne alors Paris puis rentre aux États-Unis, le goût déjà bien affirmé pour la peinture. Magnat économique et soutien important du Parti républicain, Hammer jouit d’une certaine notoriété en Californie et, à partir des années 1960, consacre une bonne partie de sa fortune à la constitution d’une collection impressionnante.
Exposition « De Rembrandt à Van Gogh » à la fondation Pierre Gianadda à Martigny
© Fondation P Gianadda O Maire
Hammer veut, avec cet ensemble, faire la « tentative de réunir certaines des représentations de la condition, des plaisirs et des rêves humains. » L’atrium de la fondation met en vedette deux imposants portraits de Rembrandt, peints à vingt ans d’intervalle : un portrait d’homme de 1639–1640, léché, minutieux, et une Junon des années 1660, expressionniste. Le titre de l’exposition est en réalité inexact car, chronologiquement, le peintre de Leyde est précédé par Titien et Rubens dont des portraits sont aussi présentés, certes plus secondaires au regard de leur œuvre.
Vincent van Gogh, Hôpital de Saint-Rémy, 1889
Huile sur toile • 92.2 × 73.4 cm • Coll. musée Armand Hammer, Los Angeles • © Armand Hammer Collection
Cette entrée en matière est trompeuse car l’essentiel du goût de Hammer s’est porté sur l’art français du XVIIIe et surtout du XIXe siècle. La nature et la qualité des œuvres exposées a de quoi diviser. Un portrait d’homme distingué des années 1810–1820 attribué (la mention est importante) à Théodore Géricault a de quoi surprendre tant il est conventionnel. S’il devait bien être dû au maître du Radeau de la Méduse, il permet aussi d’éclairer un autre aspect du romantique, capable d’être un portraitiste conforme aux attentes de ses commanditaires. De même, le Portrait d’Alice Legouvé (1875) n’est certainement pas le plus abouti des tableautins d’Édouard Manet.
Pour le reste, le florilège impressionne, de Camille Corot à Pierre Bonnard en passant par Jean-François Millet, Claude Monet, Auguste Renoir, Paul Cezanne et Camille Pissarro. Annoncé en titre, Vincent van Gogh est attendu au tournant, mais avec trois œuvres importantes, en particulier L’Hôpital à Saint-Rémy (1889) et ses cyprès en arabesques, il est honoré à sa valeur. Une étude rouge pour Au salon de la rue des Moulins (1894) d’Henri Toulouse-Lautrec mériterait à elle-seule le déplacement en pays de Vaud, comme Dans l’omnibus d’Édouard Vuillard (vers 1895) et un pastel d’Edgar Degas (La Loge du théâtre, 1885).
Alfred Stevens, Portrait de Sarah Bernhardt, 1885
Huile sur toile • 65.3 × 46.4 cm • Coll. musée Armand Hammer, Los Angeles • © Armand Hammer Collection
Néanmoins, ce sont peut-être des œuvres d’artistes un peu en marge du courant dominant qui éblouissent le plus, comme une incroyable Salomé, en robe, de Gustave Moreau (1875–1876), un portrait du Belge Alfred Stevens qui nous livre une Sarah Bernhardt aux teintes opalines (1885), comme la porcelaine d’une nature morte japonisante d’Henri Fantin-Latour (Pivoines dans un vase bleu et blanc, 1872).
Edgar Degas, La Loge du théâtre, 1885
Pastel • 56×41 cm • Coll. musée Armand Hammer, Los Angeles • © Armand Hammer Collection
Si le contrat – à savoir la concentration de trésors au mètre d’accrochage – est rempli, la visite n’est pas sans réserve. Le lieu convient davantage pour des expositions monographiques sur des peintres du XXe siècle, et peut-être plus encore pour la sculpture. L’exposition comme le catalogue, qui comprend une présentation de la collection Hammer suivie de celle des œuvres, manquent malgré tout d’une structure claire, d’une problématique actuelle. Certes des regroupements sont porteurs, comme le grotesque autour d’Honoré Daumier et de Francisco de Goya, mais ils ne sont ni assez explicites ni valorisés.
Quid de l’histoire du goût et de la place de Hammer dans la galaxie des grands collectionneurs ? Le public actuel n’est-il pas sensible aux contextes de la création et de la collection, ainsi qu’à ses résonances avec des enjeux contemporains ? François Gianadda souligne avec émotion que « De Rembrandt à Van Gogh » était la dernière exposition pensée par son père Léonard. La prochaine sera-t-elle l’occasion d’ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire de la fondation ? Celle annoncée par l’actuel directeur, sur Auguste Rodin et Rainer Maria Rilke, a le mérite de nourrir notre espoir.
De Rembrandt à Van Gogh, collection Armand Hammer
Du 20 juin 2025 au 2 décembre 2025
Fondation Pierre Gianadda • 59 Rue du Forum • 1920 Martigny
www.gianadda.ch
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