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ENTRETIEN

Alain Dominique Perrin : « La nouvelle fondation Cartier place du Palais-Royal va participer à la “révolution culturelle” dont la France a besoin »

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Il vient de fêter ses 82 ans et les 40 ans de la première fondation d’art contemporain créée par une entreprise en France, à son initiative, devenue un modèle dans le monde entier. Alain Dominique Perrin, qui a fait de Cartier l’un des fleurons du luxe international, revient sur l’histoire folle de la fondation et présente son projet révolutionnaire du Palais-Royal. Entretien avec un personnage mythique à la parole rare mais intense et libre !
Alain Dominique Perrin devant la future fondation Cartier place du Palais-Royal, photographié fin septembre par Paul Rousteau pendant une visite de chantier.
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Alain Dominique Perrin devant la future fondation Cartier place du Palais-Royal, photographié fin septembre par Paul Rousteau pendant une visite de chantier.

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Photo Marc Domage. © Nadira Husain

Le futur bâtiment de la fondation Cartier, imaginé à nouveau par Jean Nouvel, ouvrira fin 2025 au n° 2 de la place du Palais-Royal, dans l’ancien Louvre des Antiquaires. Quel est votre état d’esprit en ce temps de célébration des 40 ans de la fondation que vous avez créée et de la visite du chantier ?

Je ressens d’abord beaucoup de fierté d’avoir eu l’intuition, avant tout le monde, du rôle considérable que l’art contemporain allait jouer dans nos sociétés et d’avoir créé la première fondation d’entreprise en France à lui être consacrée. Et pour préciser franchement mon état d’esprit, cela relève d’une forme de jouissance et d’un grand éclat de rire intérieur… Car quand j’ai lancé la fondation Cartier à Jouy-en-Josas (Yvelines) en 1984, toute la planète culture riait sous cape de cet homme (moi), venant du luxe et qui entendait révolutionner le domaine de l’art.

J’ai laissé les moqueries de côté et je me suis entouré dès le départ des meilleures, comme Marie-Claude Beaud, première directrice de la fondation, et mettant tout de suite la barre très haut pour favoriser l’expérimentation, en mêlant stars et jeunes artistes dans une perspective à la fois française et très internationale tout en créant une sorte de cordon sanitaire entre les activités de la maison Cartier et celles des artistes. Aujourd’hui, la fondation Cartier est devenue une institution majeure et reconnue dans le monde entier.

Alain Dominique Perrin et Jean Nouvel, architecte de l’ancienne et de la nouvelle fondation Cartier, en 1994
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Alain Dominique Perrin et Jean Nouvel, architecte de l’ancienne et de la nouvelle fondation Cartier, en 1994

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© Photo André Morain, Paris.

La réussite est donc totale, intégrale et insolente. Mais attention, je ne suis pas mégalo, je ne suis pas le seul à avoir autant valorisé l’art contemporain en France. Je pense par exemple à mon ami François Pinault. Sa collection particulière, commencée dans les années 1970, est née de ses choix de passionné d’art contemporain. Celle de Cartier est née des expositions de la fondation.

« L’ancien Louvre des Antiquaires est l’un des endroits les plus magiques de Paris. »

Ce nouvel espace au Palais-Royal, vous avez commencé à l’imaginer avec Jean Nouvel il y a un peu moins de dix ans. Pourquoi avez-vous lancé cet énorme projet ? Qu’est-ce qui le rendait nécessaire alors que la fondation Cartier était déjà un succès ?

Le boulevard Raspail (Paris 14e), son adresse actuelle, est mal desservi et à l’écart des autres grands pôles culturels de la capitale. Cela tient de l’exploit que l’on ait réussi à avoir de fortes fréquentations grâce des expositions comme celle consacrée au sculpteur hyperréaliste Ron Mueck, ou « Né dans la rue – Graffiti » et « Nous les Arbres ». La situation géographique de la fondation nous coupe de nombre de Parisiens et de touristes étrangers. Il fallait aussi trouver un lieu plus vaste car je sais, pour être aussi le président du Jeu de Paume, bien situé place de la Concorde, que les espaces restreints sont un frein pour attirer un large public.

Un jour, Richard Lepeu, directeur financier du groupe Cartier – mon complice, qui m’a soutenu dès le départ pour le projet de la fondation (car j’étais très contesté à l’extérieur mais encore plus à l’intérieur) – m’a parlé de l’ancien Louvre des Antiquaires, fermé depuis 2018. Un lieu que je connais parfaitement puisque j’y avais tenu jadis deux boutiques, dont une au premier étage consacrée à l’orfèvrerie Haute Époque, dont j’étais un expert reconnu. Hervé Chandès (alors directeur de la fondation, celui qui a créé véritablement l’esprit unique de la programmation du boulevard Raspail, aujourd’hui en charge des projets internationaux) n’était pas séduit par le lieu.

Le chantier au niveau -1, en juillet dernier, des futurs espaces de la fondation Cartier au Palais-Royal
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Le chantier au niveau –1, en juillet dernier, des futurs espaces de la fondation Cartier au Palais-Royal

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© Photo Martin Argyroglo

Je lui ai rétorqué que c’était l’un des endroits les plus magiques de Paris, où nous pourrions enfin attirer une partie des 7 à 8 millions de visiteurs (la plupart étrangers) du musée du Louvre et qu’il oubliait ce précepte absolu en marketing : « l’emplacement avant tout » ! J’ai toujours obéi à cette règle. Quand Hervé s’est rendu compte qu’avec Jean Nouvel, sans toucher à la façade classée, nous pouvions révolutionner le bâtiment à l’intérieur, il m’a suivi et a fourmillé d’idées nouvelles. Signer avec le promoteur était chose aisée mais signer avec Johann Rupert, le PDG du groupe Richemont propriétaire de Cartier, à qui cela allait coûter beaucoup d’argent, c’était différent.

Mais, comme toujours, Johann Rupert s’est avéré être un grand seigneur. Il est venu voir le lieu, a trouvé l’idée géniale et voulait même acheter le tout, ce qui était beaucoup trop ambitieux. Ensuite, lorsque j’ai parlé avec Jean Nouvel, autour d’un dîner mémorable, très arrosé d’un vin de Cahors qu’il adore – je le précise car j’ai remarqué que beaucoup de grands artistes sont aussi des passionnés de gastronomie et de vin –, nous nous sommes mis d’accord à la fin de la soirée que pour réussir ce projet fou, il fallait que la fondation Cartier n’ait pas une seule des cours intérieures du Louvre des Antiquaires mais les quatre. Et je les ai obtenues auprès du bailleur. Mais en respectant drastiquement le budget que l’on s’était fixé avec le président de Richemont.

Justement, parlons budget ! Quand, au début des années 1980, vous demandez au père de Johann Rupert de vous suivre financièrement dans la création de la fondation, il agrée mais vous rétorque : « Ce projet ne doit pas devenir un puits sans fond ! » Or, quarante ans après, le budget a été démultiplié, notamment avec les nombreuses expositions internationales et surtout ce projet gigantesque ! Alors, la fondation Cartier est-elle un puits sans fond ?

Non ! J’ai toujours fait très attention. La fondation est gérée au centime près. Quand je suis allé en Afrique du Sud dans les années 1980 pour convaincre Rupert père, il m’a d’emblée donné son accord, lui-même étant collectionneur et créateur d’une fondation. Mais il m’a effectivement demandé de ne pas devenir un bottomless pit » (« un puits sans fond »). Il savait combien l’art peut rendre fou ! En rentrant à Paris, où personne n’était au courant, j’ai déclaré avoir vu le patron et annoncé la création de la fondation Cartier. Et plus personne n’a bronché ! Surtout ceux qui étaient contre. Mais j’ai dépensé une énergie folle pour la financer en me battant avec les pouvoirs publics pour faire en sorte que les dépenses soient déductibles au titre du mécénat et en favorisant une loi en ce sens !

Vue d’architecte des futurs espaces de la fondation Cartier, avec la plateforme 1 donnant sur la rue de Rivoli.
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Vue d’architecte des futurs espaces de la fondation Cartier, avec la plateforme 1 donnant sur la rue de Rivoli.

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© Jean Nouvel / ADAGP, Paris, 2024.

La fondation Cartier a permis, ne l’oubliez pas, la création de la loi sur le mécénat culturel en France pour les entreprises. Ensuite, j’ai fait payer les filiales de Cartier en ponctionnant leur budget de communication. Et il est vrai qu’au cours de ces quarante dernières années, les budgets ont été augmentés mais en proportion avec ce que la fondation a apporté à Cartier dans le monde en termes d’image, mais aussi en rapport avec les profits exponentiels de l’entreprise. Le projet du Palais-Royal est un investissement important sans être exagéré. Et le groupe a les moyens d’y faire face. J’ajoute que l’on doit y faire face ! Il faut être ambitieux, unique et révolutionnaire pour bâtir l’avenir !

« La fondation Cartier du Palais-Royal n’aura jamais le même visage ni le même espace, tout se renouvellera en permanence. C’est absolument extraordinaire ! »

Parlons de ce projet architectural au Palais-Royal, qui permet de modifier les espaces en permanence ! J’ai demandé à Jean Nouvel qu’il me le définisse et il m’a répondu : « C’est un morceau de Paris ! Un fragment à la fois intérieur et extérieur de Paris. Un concentré de Paris. » Je lui ai aussi demandé de me transmettre une question à votre intention et la voici : « Comment la fondation va-t-elle agir, transformer, contaminer la place du Palais-Royal et tous les espaces adjacents, par son existence et par sa programmation ?  »

Quand j’ai demandé à Jean Nouvel de réaliser le bâtiment du boulevard Raspail, il m’a demandé ce que j’attendais : « Un nouveau monument de Paris ! » Ce que c’est devenu. C’est une architecture unique avec une transparence exceptionnelle, où l’intérieur et l’extérieur se confondent sans cesse. Il faut se rendre compte combien Raspail a été une révolution. Marie-Claude Beaud était horrifiée par l’absence de murs ! Cela nous a contraints à inventer de nouveaux dispositifs d’exposition. Aujourd’hui, ce n’est pas une nouvelle fondation Cartier que crée Jean Nouvel au Palais-Royal, mais mille fondations avec ce dispositif de plateaux mouvants et, comme à Raspail, une transparence absolue du bâtiment tout en conservant sa façade historique.

Quand les artistes et les commissaires d’exposition vont s’en emparer, les espaces s’adapteront d’un projet à l’autre, grâce à ces plateaux aux possibilités infinies. Pendant les quarante prochaines années, la fondation Cartier du Palais-Royal n’aura jamais le même visage ni le même espace, tout se renouvellera en permanence. C’est absolument extraordinaire !

Mais vous n’avez pas répondu à la question de Jean Nouvel… Qu’est-ce que ce nouveau lieu va changer dans Paris ?

Je n’en sais rien ! Tout dépendra de la programmation. Ce que j’ai voulu créer, c’est un outil nouveau pour favoriser des idées nouvelles. Je n’aurai pas le culot, la vanité et la flagornerie d’affirmer que nous allons tout transformer. Je dirais simplement que nous allons participer à la nouvelle vie d’un monde nouveau, dans ce quartier de l’hyper centre de Paris qui s’est profondément transformé ces dernières années avec la rénovation de la poste du Louvre, la Bourse de Commerce, etc.

En rendant transparent le bâtiment du Louvre des Antiquaires, Jean Nouvel va en faire une place publique qui donne sur une autre place publique, celle du Palais-Royal. Cela va changer le quartier et créer des dialogues avec le Louvre, le musée des Arts décoratifs… Ensuite, il faut redire le succès phénoménal des Jeux olympiques qui ont complètement changé l’image de Paris dans le monde. Ce que je crois, c’est que Paris et la France sont en marche pour créer un monde nouveau et que cette nouvelle fondation Cartier va participer à l’écriture de la « révolution culturelle » dont nous avons besoin.

J’aimerais que nous parlions de la collection. Hervé Chandès utilise une très belle expression la concernant : « La collection collectionne la fondation. » Quel regard portez-vous sur la collection de la fondation aujourd’hui ?

Je dirais qu’elle a un côté sacré car elle est uniquement le fruit d’expositions que nous avons réalisées. Dès le départ, j’ai exigé que les artistes choisis présentent chez nous des créations et non des œuvres existantes. Je ne voulais pas être une galerie et encore moins un musée. Les artistes ont donc été financés pour créer. C’est ce que voulait César qui répétait toujours, avec son accent méridional : « On a besoin d’argent ! » C’est une collection d’expériences avec plus de 4 500 œuvres de 500 artistes du monde entier et dans toutes les disciplines. Et si elle comprend des stars du marché comme Murakami, découvert par nous et la galerie Perrotin, elle compte davantage d’artistes inconnus ou méconnus et des jeunes.

Pour l’exposition « Hommage à Ferrari » en 1987 à Jouy-en-Josas, Andrée Putman avait suspendu les bolides à des montgolfières.
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Pour l’exposition « Hommage à Ferrari » en 1987 à Jouy-en-Josas, Andrée Putman avait suspendu les bolides à des montgolfières.

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© Ferrari / Photo Patrica Canino

J’ai appliqué à l’art une recette du show business qui m’a profondément marqué quand j’étais ado – j’avais vu en première partie d’un concert de Sylvie Vartan un groupe inconnu qui s’appelait les Beatles… Le rôle de la fondation, c’est de permettre à tout type d’artiste de financer ses projets les plus fous, les plus novateurs, et c’est comme cela que l’on révélera les nouveaux génies de l’art ! Autre caractéristique de la collection : les œuvres ne sont pas inaliénables. Si une œuvre n’est pas à la hauteur de la collection, on la vend et l’argent revient à la Fondation de France, ou bien on la donne.

Parmi ces artistes figuraient par exemple Gilbert & George et Barry Flanagan dont on possédait une pièce magistrale mais sans lien avec la fondation. J’ai vendu aussi ce que j’appelle des « œuvres mortes », c’est-à-dire déjà montrées ailleurs. Mais au total, en quarante ans, nous avons conservé 99 % de nos acquisitions. J’ajoute que cette collection est aussi une collection de fidélité sur le long terme avec « les artistes de la fondation », dont pour beaucoup nous suivons et soutenons l’œuvre depuis des années.

Quelles sont les expositions de la fondation qui vous ont marqué et en constituent l’ADN?

En 2004, le mariage inédit de la mode et de la boulangerie dans l’exposition « Pain Couture by Jean Paul Gaultier ». La pâte à pain y remplaçait taffetas et mousseline.
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En 2004, le mariage inédit de la mode et de la boulangerie dans l’exposition « Pain Couture by Jean Paul Gaultier ». La pâte à pain y remplaçait taffetas et mousseline.

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© Jean-Paul Gaultier / Photo Stefano Pandini

Elles sont très nombreuses. Nous avons vraiment développé une programmation originale, décloisonnant tous les domaines et ne nous interdisant rien. De la mode avec Issey Miyake ; la boulangerie dingue de Jean Paul Gaultier ; des Ferrari suspendues par des montgolfières par Andrée Putman ; le mariage artistes et matheux – du jamais-vu –, encore une idée folle d’Hervé Chandès, qui a connu étonnamment un succès phénoménal ; César, le « padre de la fondation » avec Jean Nouvel en commissaire d’exposition ; celle de Jean-Pierre Raynaud sur les oiseaux, immense artiste mal aimé ; bien sûr aussi les expositions réalisées avec la communauté Yanomami ou avec Ron Mueck, même si ce ne sont pas celles qui m’ont le plus touché.

Et enfin, la seule que j’ai vraiment imposée et dont j’ai été le commissaire avec Isabelle Gaudefroy, « Rock’n’roll 39–59 ». C’est un formidable sujet car il n’y a pas plus contemporain que le rock’n’roll au moment où il est né. Il nous a amené les grands artistes américains de l’époque, il a conduit Kennedy à la Maison Blanche et a permis l’émergence de toute une génération remplie de folie créative. C’est un sujet de société extraordinaire et l’exposition a été un succès phénoménal ! Il ne faut pas que j’oublie les très nombreuses expositions réalisées à l’étranger, dont certaines avec des partenariats sur le long terme comme en Chine avec la Power Station of Art à Shanghai, la Triennale à Milan ou encore la biennale de Sydney.

Aujourd’hui, le groupe Cartier a nommé des responsables culturels dans plusieurs pays (au Japon et aux États-Unis, par exemple) qui travaillent en lien avec la fondation mais aussi indépendamment. D’autre part, beaucoup des sociétés du groupe Richemont, comme Van Cleef & Arpels mais aussi Jaeger-LeCoultre, développent des actions de mécénat culturel. Est-ce l’effet fondation Cartier qui rejaillit sur tout le groupe ?

Sans doute. Ce qui est sûr, c’est que la fondation est un sujet de conversation permanent et une fierté pour tous les salariés du groupe alors que ce n’était pas du tout le cas au début. Mais j’ai instillé dans la tête de tous les jeunes managers du groupe Richemont, devenus aujourd’hui les « vieux » managers, la nécessité du mécénat culturel. C’est imprimé dans les gènes du groupe, dans notre culture d’entrepreneurs.

D’un côté, nous sommes des faiseurs d’argent, mais de l’autre nous possédons cette volonté d’aider l’art et la création. J’aime la création ! L’art flirte avec le luxe mais les créateurs et créatrices font naître la passion. J’ai réussi Cartier car je suis créatif. Je suis allé chercher les meilleurs et je continue. Ceux qui réussissent sont des entrepreneurs créatifs, à commencer par François Pinault qui est le plus bel exemple de l’entrepreneur français ou Jean-Louis Dumas qui a révolutionné Hermès.

Qu’est-ce qui garantit à la fondation Cartier de continuer le jour où vous et Rupert ne serez plus là ?

Je suis vigilant car elle pourrait disparaître par le simple caprice d’un dirigeant du groupe qui déciderait un jour de tout arrêter. Mais la fondation est structurée de telle manière que jamais personne ne laissera faire. Et surtout, j’ai confiance en les hommes et femmes que Johann et moi sommes allés chercher et former. Je suis un peu paternaliste et je reste obsédé par la transmission. Je m’intéresse à la vie de mes collaborateurs et je les aide. On ne peut pas vivre dans le monde d’aujourd’hui si l’on est dénué de compassion, d’amour pour l’humanité.

Tout autour de la fondation Cartier du boulevard Raspail, le Theatrum Botanicum de Lothar Baumgarten, jardin et oeuvre pérenne en devenir permanent.
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Tout autour de la fondation Cartier du boulevard Raspail, le Theatrum Botanicum de Lothar Baumgarten, jardin et oeuvre pérenne en devenir permanent.

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© Jean Nouvel, Emmanuel Cattani & Associés / ADAGP, Paris, 2024 / © Lothar Baumgarten / Photo Eric Sander

Depuis quelques mois, nous avons mis Nicolas Bos à la tête du groupe Richemont – il était le président de Van Cleef & Arpels dont il a fait un succès exceptionnel. Or Nicolas a commencé sa carrière à la fondation Cartier ! Il est humainement rare, très investi dans la culture, créatif et extrêmement doué. La garantie de la fondation, c’est Nicolas et tous les petits Perrin et Rupert du groupe. Il revient à nous et à nos héritiers de les détecter. Le jour où nous ne serons plus capables de trouver les bons, la fondation mourra et beaucoup de choses avec elle. C’est la fondation et la marque qu’il faut préserver, à tout jamais. Je crois aussi aux liens que l’on développe avec des amis d’autres maisons de luxe comme Chanel, Hermès, le groupe Kering, etc., car ces marques font front pour garder leur indépendance et leur originalité.

La première exposition du Palais-Royal en 2025 montrera la collection ?

Bien sûr ! Nous sommes encore en train de discuter de la meilleure façon de l’exposer et de la montrer à tout le monde. C’est une volonté de Chris Dercon [nouveau directeur général]. Après quarante ans à la direction, je vais garder la présidence de la fondation mais je vais le laisser faire !

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Fondation Cartier pour l'art contemporain

Ouvert du mardi au dimanche de 11 h à 20 h
Nocturne le mardi jusqu’à 22 h

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