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Membre des Nabis, groupe symboliste mené par Maurice Denis, Ker-Xavier Roussel (1867–1944) est lui aussi un disciple du synthétisme de Paul Gauguin dans les années 1890. Familier de la Revue Blanche, dirigée par les frères Natanson, Ker-Xavier Roussel est l’auteur d’une œuvre intimiste prenant racine dans une relecture très libre de la mythologie, née de la découverte des paysages arcadiens de la Méditerranée. Comme les autres membres du groupe Nabi, il participa au renouveau du décor.
Ker-Xavier Roussel, Autoportrait, 1918
Pastel • 52 × 41 cm • Coll. Musée Cantonal des Beaux-Arts, Lausanne • © akg-images / André Held
« Il faudrait peindre comme on regarde. »
La famille de Ker-Xavier Roussel s’installe à Paris en 1880, suite à l’annexion de la Moselle à l’Allemagne en 1870. Le jeune garçon a 13 ans et entame peu après des études au lycée Condorcet. Animé par le désir de devenir artiste, il est encouragé par ses parents.
Le lycée Condorcet est le terrain de rencontres des futurs Nabis : Ker-Xavier Roussel y fait la connaissance d’Édouard Vuillard (qui deviendra son beau-frère), de Maurice Denis et de Lugné-Poe. S’il suit des cours à l’École des Beaux-Arts, Ker-Xavier Roussel fait son éducation artistique à l’Académie Julian, où il rencontre Pierre Bonnard. En 1890, ils fondent le groupe des Nabis, se considérant comme des disciples de Paul Gauguin, qui a contribué à s’affranchir de tout mimétisme en promouvant le synthétisme.
Exposant dans les locaux de La Revue Blanche, Ker-Xavier Roussel (comme ses amis) est aussi très concerné par l’art théâtral, qui connaît de grandes innovations, dans la lignée du Théâtre Libre d’André Antoine. En littérature comme en peinture, les Nabis participent au mouvement symboliste, qui prend son essor à Paris mais aussi à Bruxelles dans les années 1890. En 1897, Ker-Xavier Roussel est pris en charge par le marchand Ambroise Vollard qui lui commande des lithographies.
L’évolution de Ker-Xavier Roussel est marquée par sa découverte de la côte méditerranéenne en 1906, à l’occasion d’un voyage avec Maurice Denis. À l’instar d’Henri-Edmond Cross, qu’il rencontre, l’artiste voit dans ces paysages entre terre et mer le moyen d’exprimer son goût pour les thèmes arcadiens et bucoliques, selon l’héritage retrouvé de l’impressionnisme. Roussel est aussi pastelliste de talent et un grand collectionneur d’estampes japonaises.
L’artiste contribue également à l’art du décor qui passionne les Nabis. En 1912, il réalise le rideau de scène de la Comédie des Champs-Elysées, et travaille pour des collectionneurs privés. En 1937, il participe à la décoration du théâtre de Chaillot. Il décède en 1944 à l’Étang-la-Ville.
Ker-Xavier Roussel, La Barrière, vers 1982
Pastel • 21,5 × 17 cm • Coll. Musée d’Orsay, Paris • Photo © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
La Barrière, vers 1892
Cette œuvre de petit format, intimiste, est emblématique des compositions de l’artiste à l’heure des Nabis. Le sujet paraît sans importance (une simple barrière de jardin), mais est traité avec une infinie poésie. L’effet de perspective est éludé au profit de la forme, qui montre des qualités d’abstraction dans la lignée de Paul Gauguin.
Ker-Xavier Roussel, L’Enlèvement de Proserpine, vers 1907–1910
Huile sur toile • 103 × 108 cm • Coll. Musée départemental Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye • Photo © RMN-Grand Palais / Benoît Touchard
L’Enlèvement de Proserpine, vers 1907–1910
Cette œuvre fut peinte par Ker-Xavier Roussel après son séjour sur la côte méditerranéenne. L’artiste ne cherche pas à retranscrire parfaitement le récit mythologique, mais se plaît à l’évoquer dans des paysages arcadiens, idéalisés, évocateurs de l’Antiquité. Le pinceau de l’artiste est imprégné d’une véritable ardeur panthéiste.
Ker-Xavier Roussel, La Fontaine de Jouvence, 1920–1924
Peinture à la colle sur toile • Coll. particulière en dépôt au Musée département Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye • © Godong / Alamy / Hemis
La Fontaine de Jouvence, 1920–1924
Comme ses comparses nabis, Ker-Xavier Roussel s’est intéressé à la présence de la peinture comme élément de décor, que ce soit au théâtre ou dans les intérieurs bourgeois. Pour eux, l’art doit faire partie intégrante de la vie quotidienne. Avec deux autres panneaux, cette œuvre fut réalisée pour la salle à manger parisienne de la famille Monteux. Comme à son habitude, Ker-Xavier Roussel utilise le prisme de la mythologie pour exprimer la puissance de la nature, dont il loue les forces créatrices et la fraîcheur sans cesse renouvelée.
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