La Fondation La Ruche-Seydoux a lancé un appel aux dons pour la rénovation du bâtiment Fernand Léger en 2020
© Nelly Maurel
Jeudi 14 mars, les ouvriers qui travaillaient depuis plusieurs mois à sa rénovation ont découvert que l’un des bâtiments historiques de la Ruche, mythique cité d’artistes du 15e arrondissement de Paris, risquait de s’effondrer. L’édifice a été mis en arrêté de péril et évacué le soir même. Un coup dur pour ce lieu charmant et chargé d’histoire, qui a vu passer de grands artistes comme Marc Chagall, Amedeo Modigliani, Fernand Léger, Ossip Zadkine ou encore Constantin Brancusi, et abrite toujours 35 artistes locataires, installés dans des logements-ateliers à bas prix.
Fondée en 1902 par le sculpteur et utopiste fouriériste Alfred Boucher (qui aura droit à une exposition monographique dès le 30 mars au musée Camille Claudel) afin de fournir un abri et un lieu de création à des artistes dans le besoin, la Ruche a été bâtie de bric et de broc sur un terrain vague de 5 000 m² avec des éléments récupérés de l’Exposition universelle de 1900. Au fameux édifice octogonal, doté d’une structure métallique conçue par Gustave Eiffel (la rotonde, rénovée en 2010), s’ajoute le bâtiment Fernand Léger, plus grand et de forme plus classique, construit en briques et en bois, avec des ateliers de plain-pied donnant sur la rue.
Marc Chagall et Jacques Chapiro à la Ruche en 1968
© LIMOT. All rights reserved 2024 / Bridgeman Images
Retardés par le Covid, des travaux de rénovation avaient commencé il y a quelques mois dans ce second bâtiment. Après avoir terminé les rénovations extérieures (celle de la toiture et de la façade inscrite aux monuments historiques, avec création d’un escalier de secours), les ouvriers planchaient sur les travaux de mise aux normes intérieurs (isolation, électricité, chauffage) lorsqu’ils ont découvert un problème grave au sous-sol : un fontis (effondrement d’une galerie souterraine) et des pierres instables mettent en péril tout le bâtiment, qui se trouve au-dessus de carrières souterraines, a révélé le 15 mars le journal Le Parisien.
Après la venue des pompiers et de la police, un arrêté de péril a été décidé, entraînant l’évacuation obligatoire des habitants, qui ont quitté l’édifice avec leurs affaires et ne pourront le réintégrer jusqu’à nouvel ordre. Ces artistes auraient tous trouvé une solution d’hébergement temporaire, tandis que l’architecte de la préfecture de police de Paris, celui du chantier (Michel Freudiger), ainsi que l’inspection générale des carrières ont effectué une première évaluation de la situation sur place.
La cité d’artistes la Ruche dans le 15e arrondisement de Paris
© Maurine Tric
Menacée de démolition au début des années 1970, la Ruche avait été sauvée grâce à son rachat par la famille Seydoux. Mais son état s’est dégradé au fil des décennies : risques d’incendie et d’inondation, toitures exsangues… En 2020, l’artiste Ernest Pignon-Ernest, locataire d’un atelier dans la rotonde, nous confiait que le bâtiment Fernand Léger se trouvait dans un état grave, rendant indispensable cette rénovation au budget de 3 millions d’euros, pris en charge par plusieurs mécènes privés, des subventions publiques et le Loto du patrimoine de Stéphane Bern. Un chantier qui, une fois fini, permettrait à la Ruche d’accueillir 15 nouveaux résidents… Si toutefois le bâtiment restait debout.
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