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Sous cette appellation sont réunis des peintres venus travailler dans ce petit village breton situé dans le Finistère au cours du XIXe siècle. Paul Gauguin, arrivé en 1886 et qui y fait de longs séjours jusqu’en 1894, est la figure marquante de cette école. Il met au point sa théorie du synthétisme et influence de jeunes artistes venus le rejoindre ou de passage, tels que Paul Sérusier et Émile Bernard. Mais l’école de Pont-Aven compte un nombre plus large d’artistes, à l’instar de Gustave Loiseau, Maxime Maufra ou Charles Filiger, qui cultivent chacun leur style. Tous sont généralement considérés comme appartenant au mouvement du postimpressionnisme.
Paul Gauguin, La Vision après le sermon (Le Combat de Jacob avec l’Ange), 1888
huile sur toile • 73 × 92 cm • National Gallery of Scotland, Édimbourg • © akg-images
La Bretagne comme épicentre
S’intéresser à l’école de Pont-Aven a le mérite de mettre en lumière le rôle joué par la Bretagne dans l’imaginaire et l’inspiration des peintres du XIXe siècle. La beauté des paysages, la nature sauvage, le refuge que présente cette région face à une industrialisation croissante expliquent la convergence de différents talents artistiques, venus individuellement, dans cette partie du Finistère.
Une colonie d’artistes américains
Avant l’arrivée de Paul Gauguin, qui est considéré comme une figure majeure de cette école, certains artistes paysagistes se sont déjà rendus en Bretagne : Corot ou Monet par exemple. Le village de Pont-Aven est découvert dans les années 1860 par l’Américain Henry Bacon et quelques artistes qui y attirent une véritable colonie. Trois hôtels et une pension permettent de les accueillir, dont la fameuse pension tenue par Marie-Jeanne Gloanec. Ces artistes apprécient l’atmosphère pittoresque, un peu bohème, la gentillesse des habitants, la beauté du village et de ses environs.
Gauguin et la quête du « sauvage »
Le mouvement s’accroît dans les années 1880. Pont-Aven attire de nouveaux artistes, cette fois-ci français : Henri Delavallée par exemple, et surtout Gauguin qui s’installe à Pont-Aven en 1886. Il est fasciné par le mythe breton, cherchant à retrouver une nature et des coutumes plus archaïques et ancestrales que dans la capitale. « J’aime la Bretagne. J’y trouve le sauvage, le primitif », écrit Gauguin a à un ami en 1888. Du reste, la vie y est aussi moins cher…, et l’artiste prend d’ailleurs pension chez Madame Gloanec, qui pratique les prix doux.
Le nouveau Barbizon d’une génération
Gauguin s’impose assez vite comme une figure marquante dans la vie du village, entre 1886 et 1888. Il exerce une véritable fascination sur quelques jeunes artistes venus s’installer dans ce village, nouveau Barbizon, en particulier le jeune Paul Sérusier. Ce dernier reçoit la leçon de Gauguin, et rapporte sa parole et ses théories à Paris, influençant les futurs Nabis. Tout un groupe d’artistes se forme, plus ou moins éclectique et aux relations mouvantes et complexes. Émile Bernard, Louis Anquetin, Henry Moret et plusieurs autres développent à Pont-Aven une œuvre symboliste, synthétiste et postimpressionniste, chacun ayant ses particularités.
La migration au Pouldu
Pont-Aven devenant trop fréquenté, les artistes comme Gauguin aiment également se retrouver au Pouldu, un site un peu plus isolé. Quelques proches le suivent, dans ce désir de retrouver une nature encore plus authentique, notamment Paul Sérusier. Certains artistes demeurent en Bretagne après les années 1880–90 qui marquent la grande activité de l’École de Pont-Aven, à l’exemple de Charles Filiger. D’autres s’en éloignent, à l’image de Gauguin, qui quitte définitivement la Bretagne en 1894, et même la France, pour s’installer à Tahiti puis dans les îles Marquises où il décède en 1903.
Émile Bernard, Madeleine au Bois d’Amour, 1888
huile sur toile • Musée d’Orsay, Paris • © akg-images / Laurent Lecat
Émile Bernard, Madeleine au bois d’amour, 1888
Arrivé à Pont-Aven à 18 ans, Émile Bernard fait la rencontre marquante de Paul Gauguin qui l’influence. Ensemble, au cours de l’année 1888, ils mettent au point la technique du synthétisme, qui s’inspire des estampes japonaises, de l’art médiéval, privilégiant des aplats de couleurs. Ici, Bernard met en scène sa sœur, Madeleine, allongée dans le petit bois d’Amour, près de Pont-Aven. En plein cœur d’une nature idéalisée, la rêveuse se tient à l’horizontal, faisant écho à la rivière en arrière-plan. L’artiste prend ses distances avec le réalisme, pour verser dans une interprétation symboliste de la nature.
Paul Sérusier, L’Incantation ou Le Bois sacré, 1891
huile sur toile • Quimper, Musée des Beaux-Arts. • © akg-images
Paul Sérusier, L’Incantation ou Le Bois sacré, 1891
Sérusier a toujours été attiré par les sujets mystiques et religieux. Il est passionné par les légendes bretonnes. Dans cette scène, nous assistons à une célébration mystérieuse dans un bois. L’artiste applique lui aussi les théories de Gauguin, en stylisant fortement la représentation de la nature. Sérusier a fait la connaissance de Gauguin à Pont-Aven en 1888. Il s’imprègne de sa leçon, exaltant les aplats de couleurs pures, simplifiant les formes, s’inspirant des estampes japonaises.
Paul Gauguin, Le Christ jaune, 1889
Huile sur toile • Buffalo, Albright-Knox Art Gallery. • © akg-images
Paul Gauguin, Le Christ Jaune, 1889
Inspiré par une sculpture représentant le Christ dans l’église de Pont-Aven, cette œuvre est considérée comme une pièce maîtresse du symbolisme. L’artiste place l’image du Christ dans la campagne bretonne, entourée de femmes en recueillement et en costume traditionnel. L’artiste ne travaille pas dans le ton local et utilise la technique du cloisonnisme (qui consiste à cerner les formes d’un trait noir, comme dans les estampes japonaises). Il mêle totalement le réel à l’imaginaire. Gauguin fait du Christ son alter ego : incompris, rejeté et messianique.
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