Malik Djoudi
© Julien Mignot
Comme un cri du cœur. « J’suis enfin vivant », chante Malik Djoudi en ouverture de son nouvel album, composé à l’occasion d’une résidence de plusieurs semaines à la Villa Médicis à Rome. Vivant raconte l’histoire d’une renaissance artistique et personnelle au cœur de la Ville éternelle – un renouveau imprégné de « l’âme » de la vénérable institution, qui oscille entre une irrésistible frénésie pop et une sensibilité à fleur de peau.
Ce n’est pas la première fois que le chanteur d’origine poitevine à la voix si singulière, par moments évanescente, trouve à la fois refuge et inspiration dans des lieux chargés d’art et d’histoire. Son précédent album, Troie (2021), a vu le jour dans la fabuleuse Villa Noailles sur les hauteurs de Hyères, théâtre de folles expérimentations surréalistes, tout comme de fêtes mémorables données par la maîtresse des lieux, Marie-Laure de Noailles, poétesse et mécène des avant-gardes. Celui qui s’est produit au Petit Palais ou au Centre Pompidou se plaît ainsi, entre deux tournées, à convoquer l’esprit d’artistes géniaux, qu’ils se nomment William Turner ou Jean Cocteau – des « fantômes » qui l’accompagnent chaque jour dans son cheminement musical. Rencontre.
« J’ai ressenti l’âme de la Villa Médicis, qui est quelque chose de magnifique. »
Votre nouvel album, Vivant, a été composé en partie à la Villa Médicis. Comment s’est déroulée la résidence ?
J’avais besoin de quitter Paris et de m’isoler. Je traversais une période de doute après avoir enchaîné les albums et les tournées. J’ai entendu parler de la Villa Médicis et rencontré Sam Stourdzé, son directeur, qui m’a accueilli pendant un mois au printemps 2023. Au début, il ne s’est pas passé grand-chose tant j’étais à plat. Les jours avançaient, la page blanche me faisait de plus en plus peur… Et puis un beau matin, au lever du soleil, j’ai vu un couple se promener main dans la main le long d’une allée dans les jardins de la Villa. L’image était sublime. J’ai tout à coup entendu quelques notes à partir desquelles j’ai composé un morceau qui figure aujourd’hui sur l’album : « Accord magique ». Quatre ou cinq autres titres ont suivi.
La Villa Médicis a donc littéralement inspiré ce nouvel album ?
Au fil des semaines, j’ai aussi eu l’occasion de discuter avec les pensionnaires qui venaient tous d’horizons différents – des plasticiens, des musiciens… J’ai ressenti l’âme de la Villa Médicis, qui est quelque chose de magnifique. On se sent plein d’humilité face à tout ce qui a pu s’y passer. C’est une sensation vertigineuse, qui m’a énormément nourri. J’ai aussi été inspiré par Rome, sa grandeur, son romantisme et ses sculptures à la sensualité charnelle…
Votre album précédent, Troie, a quant à lui été composé à la Villa Noailles. Que recherchez-vous dans ces lieux incontournables de l’histoire de l’art ?
L’architecture de Robert Mallet-Stevens et les expositions pluridisciplinaires de la Villa Noailles sont bien sûr très inspirantes, mais je dirais que ce qui m’inspire le plus, ce sont les fantômes. Cocteau, Picasso… C’est comme si finalement tous les artistes qui sont passés par là avaient laissé un peu d’eux-mêmes et de leur art. Jean-Pierre Blanc, qui dirige la Villa Noailles, perpétue l’esprit de Marie-Laure de Noailles qui rassemblait chez elle des artistes et les soutenait. Ce lieu est véritablement un puits de création !
Y a-t-il des œuvres d’art qui vous accompagnent dans votre processus de création ?
Ma première claque, c’est William Turner. Son œuvre m’a donné l’envie de mettre de la couleur dans ma musique. J’aime aussi les choses plus brutes comme le Bauhaus, qui m’a sans doute inconsciemment inspiré quand je faisais de l’électro.
William Turner, Visite au tombeau, vers 1850
Libre et fougueux, audacieux et curieux, le Turner des dernières années enveloppe la réalité d’un doux halo de lumière. Il la berce de contours fluides qui dissolvent les formes pour atteindre une plénitude picturale apaisante et fascinante.
Huile sur toile • 91,4 × 121,9 cm • Coll. Tate, Londres • © RMN-Grand Palais / Tate Photography
Vous avez donné des concerts au Petit Palais, au musée d’Art moderne de Belfort, au Centre Pompidou. Finalement, est-ce que le musée n’est pas la meilleure des salles de concert ?
Le musée aussi force à l’humilité. Les œuvres sont comme des fantômes parmi les spectateurs. Quand on joue, on a aussi envie de faire attention aux silences. Je rêverais de jouer au Guggenheim, à la Tate ou à la fondation Miró à Barcelone.
Vous disiez dans une précédente interview : « une chanson c’est comme une peinture, chaque détail compte ». Pourquoi cette comparaison ?
Je ne laisse aucune place à l’improvisation. Tout geste est pensé, chaque outil est à sa place, chaque couleur n’est pas là par hasard. J’aime comparer la composition à un travail d’orfèvre. C’est une affaire de précision qui se manifeste dans chaque mot. Voilà pourquoi mes chansons sont comme des peintures, même si je reconnais que beaucoup de peintres ont aussi laissé une grande part à l’improvisation dans leur œuvre.
Vivant
De Malik Djoudi
2024, Cinq7, Wagram Music
En tournée
Dans toute la France de novembre 2024 à février 2025
Le 3 décembre 2024 à la Cigale (complet)
Le 21 novembre 2025 à l’Olympia
Plus d’informations sur la tournée de Malik Djoudi
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