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Artiste peintre d’origine portugaise (naturalisée française), attachée à la Nouvelle École de Paris, Maria Helena Vieira da Silva est l’une des grandes représentantes de l’abstraction lyrique. Toutefois, son œuvre ne rejette pas la figure ou le paysage, comme en témoignent les titres de ses toiles. Marquée par l’œuvre de Cezanne et par le cubisme, Vieira da Silva parvient à faire entendre sa voix particulière, incarnée par des vues urbaines éclatées et étagées, aux tons brun-rouge ou bleu foncé, des espaces dans lesquels fourmillent mille et un petits carrés comme autant d’azulejos réinventés. Un art labyrinthique, poétique, que d’aucuns ont qualifié de « paysagisme abstrait ».
Maria Helena Vieira da Silva à Paris en 1977
© akg-images / Marion Kalter
« J’ajoute petite touche après petite touche, et le tableau se fait. »
Née à Lisbonne le 13 juin 1908, Maria Helena Vieira da Silva voit le jour dans une famille aisée. Très jeune, elle est orpheline de père. Enfant, elle se familiarise avec l’art grâce à son grand-père. Elle mène des études à l’École des beaux-arts de la ville, fait un voyage d’étude en Italie. La jeune femme quitte ensuite le Portugal pour gagner Paris en 1928. Elle étudie à l’Académie de la Grande Chaumière et à l’Académie Ranson, mais aussi auprès de Fernand Léger et d’Antoine Bourdelle. À Paris, Vieira da Silva rencontre le peintre hongrois Árpád Szenes qui deviendra son mari en 1930. Sur le plan stylistique, l’artiste se cherche encore, expérimentant différentes voies. Elle est fortement marquée par l’œuvre de Paul Cezanne, en particulier les Joueurs de cartes.
Le couple qu’elle forme avec Szenes vit à Paris dans les années 1930. En 1936, Vieira da Silva présente pour la première fois son travail de peintre à la galerie Jeanne Bucher. Pendant la guerre, tous deux s’exilent au Brésil et sont de retour à Paris en 1947. L’après-guerre est le temps de l’épanouissement de la carrière de Maria Helena Vieira da Silva. Naturalisée française en 1956, elle développe une expression plastique mi-abstraite mi-figurative qui représente souvent des intérieurs et des vues de ville. Dans un espace pictural complexe, nourri de perspectives fuyantes, la peintre intègres des références aux azulejos, ces petits carreaux de faïence bleus typiques de la tradition décorative portugaise. Elle travaille également la tapisserie et le vitrail.
Dès la fin des années 1950, Vieira da Silva jouit d’une renommée internationale. Elle incarne un visage unique au sein de la mouvance abstraite, entre cubisme et abstraction lyrique. Son vocabulaire plastique s’articule autour de quelques motifs récurrents tels que la grille, le damier, la spirale. Son œuvre est parfois qualifiée de paysagisme abstrait. Récompensée à la Biennale de São Paulo en 1961, l’artiste bénéficie d’une exposition personnelle au Grand Palais en 1988. Souffrante depuis 1989, Vieira da Silva décède en 1992. Deux ans plus tard, la fondation Árpád Szenes-Vieira da Silva ouvre ses portes à Lisbonne.
Maria Helena Vieira da Silva, La Véranda, 1948
Huile sur toile • 106 × 146,5 cm • Coll. musée des Beaux-arts, Lyon • © GrandPalais Rmn / © Adagp, Paris, 2025
Dans ses œuvres, Vieira da Silva interroge l’espace et la profondeur. Ici, elle invite l’œil du spectateur à circuler, à se perdre, dans une pièce quasi kaléidoscopique. Des effets d’éclairage et de transparence suggèrent une forme de verrière sur le côté droit du tableau, qui renvoie au titre de l’œuvre, la Véranda. Les carreaux qui composent l’espace peuvent évoquer des azulejos, ces carreaux de céramique émaillée propres à la tradition portugaise.
Maria Helena Vieira da Silva, La Grande chambre bleue, 1951
Gouache, huile sur isorel • 32,5 × 54,5 cm • Coll. musée des Beaux-arts, Dijon • © GrandPalais Rmn / © Adagp, Paris, 2025
La Grande Chambre bleue figure un intérieur couvert de mosaïques, ces fameux azulejos portugais. Le bleu, ici, domine totalement l’espace pictural, dépourvu de toute présence humaine. L’espace tient lui-même lieu de personnage, de présence. Il n’est pas impossible que Vieira da Silva exprime ici son admiration pour la peinture de Pierre Bonnard, peintre des intérieurs qu’elle admire depuis la fin des années 1920. Cette œuvre illustre aussi très bien cette position complexe maintenue par l’artiste entre figuration et abstraction.
Maria Helena Vieira da Silva, Urbi et Orbi, 1963 – 1972
Peinture à la tempera et à l’huile sur toile • Coll. Musée des Beaux Arts de Dijon / © ADAGP, Paris, 2023 / Photo François Jay
Plus grand des tableaux peints par Vieira da Silva, Urbi et Orbi représente un paysage quasi liquide, qui ne laisse au regardeur aucune certitude ni sur le lieu ni sur le temps. Il s’agit d’un paysage purement poétique, au caractère universel. Le titre de cette œuvre a été soufflé à l’artiste par Pierre Granville, son grand ami et mécène. L’artiste, en effet, montrait souvent une réticence à intituler ses œuvres, souhaitant leur conserver une lecture ouverte et poétique.
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