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Pourquoi ces peintres finlandais vont vous fasciner

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On le sait peu mais Paris fut, à la fin du XIXe siècle, le creuset de l’art finlandais naissant. Pourquoi si tard et pourquoi là ? Deux expositions passionnantes nous disent tout et nous téléportent bien au-delà, jusque sur les rives mythologiques de la taïga…
Akseli Gallen-Kallela, Nuages sur le lac
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Akseli Gallen-Kallela, Nuages sur le lac, 1904

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La peinture de paysage a été la grande affaire de Gallen-Kallela, qui était capable de travailler
à plusieurs reprises sur un même motif, sans jamais se répéter.

huile sur toile • 52 x 55,5 cm • Coll. et © Musée Gallen-Kallela, Espoo, Collection Kauranen.

Voilà le public désormais habitué à (re) découvrir des artistes nordiques assez méconnus en France – comme le Danois Vilhelm Hammershøi ou les Suédois Anders Zorn et Carl Larsson. C’est cette fois-ci une saison finlandaise qui se profile à Paris, avec deux expositions très attendues : « Albert Edelfelt » au Petit Palais et « Akseli Gallen-Kallela » au musée Jacquemart-André. Ces deux-là étaient loin d’être des inconnus à Paris à la fin du XIXe siècle. Bien au contraire. Entre 1870 et 1910, parfois même après, ils exposèrent très souvent au Salon, participèrent à l’Exposition universelle de 1900 en décorant le tout premier pavillon finlandais de l’histoire du pays, fréquentèrent artistes et écrivains français. Edelfelt et Gallen-Kallela, mais aussi les peintres Helene Schjerfbeck, Eero Järnefelt et Pekka Halonen, l’écrivain Juhani Aho ou le compositeur Jean Sibelius vécurent plusieurs années dans la Ville Lumière, capitale cosmopolite par excellence.

Albert Edelfelt, L’Heure de la rentrée des ouvriers, Finlande
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Albert Edelfelt, L’Heure de la rentrée des ouvriers, Finlande, 1885

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Découvert au contact du peintre français Jules-Bastien Lepage, le naturalisme a permis à Edelfelt de magnifier les rudesses de la vie rurale finlandaise, élevant ces
scènes de genre au statut de peinture d’histoire… nationale.

huile sur toile • 93,5 × 135 cm • Coll. Statens Museul for Kunst, the National Gallery of Denmark, Copenhague / Photo Jacob Skou-Hansen.

Ces deux expositions, conçues indépendamment mais qui se répondent assez judicieusement, livrent plusieurs éléments de réponse pour comprendre en quoi Paris fut un creuset de l’art finlandais naissant. Un parallèle d’autant plus passionnant que les deux amis s’y fréquentèrent assidûment, avant de prendre une trajectoire picturale radicalement différente. Un point commun inébranlable les réunit : l’attachement viscéral à leur pays natal.

Tropisme français

Depuis 1809, le grand-duché de Finlande vit sous le joug russe tout en restant sous obédience culturelle suédoise, royaume auquel il était attaché depuis le XIIe siècle. L’élite du pays est suédophone. Le finnois, langue rurale, est celle que parlait Gallen-Kallela lorsqu’il jouait, enfant, avec ses petits camarades à la campagne. Les aspirations à l’indépendance se font de plus en plus vives, et un mouvement nationaliste qui s’affirme chez les jeunes générations renforce l’attachement à une identité finnoise. Les germes d’une nation libre et progressiste – la Finlande ne gagnera son indépendance qu’en 1917 – naissent alors dans la promotion de la culture comme instrument d’émancipation. Or, jusqu’au milieu du siècle, le pays n’est doté d’aucune structure publique d’enseignement artistique, d’aucune académie ni même de collection publique.

En 1846, la création de l’Association des arts de Finlande – qui sera à l’origine de la création du musée Ateneum d’Helsinki, devenu galerie nationale de Finlande – permet enfin d’instaurer un système de soutien à la création, en ouvrant des écoles sur tout le territoire et en octroyant des bourses d’étude à l’étranger, principalement en Allemagne, en Italie et en France. Outre la possibilité d’acquérir une solide culture picturale, l’idée est d’y faire la promotion de la scène finlandaise. C’est ainsi qu’Albert Edelfelt – dans le sillage de son maître Adolf von Becker, qui fut le premier à faire ce choix précurseur – puis Gallen-Kallela débarquent, encore très jeunes, à Paris.

Albert Edelfelt, Coucher de soleil sur les collines de Kaukola
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Albert Edelfelt, Coucher de soleil sur les collines de Kaukola, 1889–1890

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Contrairement à Gallen-Kallela,
Edelfelt se mit tardivement au paysage, genre auquel il donna néanmoins quelques chefs d’oeuvre. Telle cette peinture au rare format vertical et à la luminosité quasi religieuse.

huile sur toile • 116,5 × 83 cm • Coll. musée d’Art de l’Ateneum, galerie nationale de Finlande, Helsinki / Photo Finnish National Gallery / HAnnu Pakarinen.

Inscrits le plus souvent dans les académies privées (Julian et Colarossi), les Finlandais boursiers forment une joyeuse colonie. Certains parviennent à intégrer l’École des beaux-arts, tel Edelfelt, admis dans l’atelier du peintre d’histoire Jean-Léon Gérôme. Certains parviennent à intégrer l’École des beaux-arts, tel Edelfelt, admis dans l’atelier du peintre d’histoire Jean-Léon Gérôme. En dehors des heures de travail, principalement d’après modèle, tous vivent la bohème, l’alcool facilitant le multilinguisme. Gallen-Kallela se lie avec le Norvégien Edvard Munch, le Suédois August Strindberg mais aussi Paul Gauguin… lui-même marié à une Danoise. L’écrivain Juhani Aho fréquente Émile Zola et Alphonse Daudet. L’émulation est permanente. Gallen-Kallela, fatigué de cette vie de débauche, finira toutefois par partir, alors qu’Edelfelt restera plus de vingt-cinq ans en France, où il conservera un atelier même après son retour en Finlande. Dès 1880, il avouait ce tropisme : « Je me sens à Paris plus véritablement chez moi que partout ailleurs : c’est le pays de mon esprit, la cité intellectuelle dont je suis secrètement le citoyen. » Tous trouvent à Paris de quoi faire mûrir leur approche de la peinture

Si la plupart sont formés auprès d’artistes académiques, leur fréquentation de Jules-Bastien Lepage les incite à pencher vers le naturalisme, courant parfaitement adéquat à la représentation des sujets finlandais, volontiers rustiques, qu’ils veulent promouvoir à Paris. Académisme, impressionnisme (un peu seulement), naturalisme, fauvisme, symbolisme et même expressionnisme sont autant de tendances qu’ils explorent et assimilent très vite. Ces expériences stylistiques, confortées par la découverte du pleinairisme et des avant-gardes, y compris ailleurs en Europe – ils furent tous de grands voyageurs – auront permis à chacun de définir son langage.

Akseli Gallen-Kallela, Les Skieurs Akseli et Jorma
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Akseli Gallen-Kallela, Les Skieurs Akseli et Jorma, 1909

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Proche du mouvement expressionniste allemand Die Brücke, Gallen-Kallela a peint ce tableau après avoir découvert au printemps 1909 les Fauves… À la manière d’un instantané, le tableau joue de la complémentarité des couleurs primaires, traitées en larges aplats : bleu de la neige, jaune du ciel et rouge des visages saisis en plein effort. Le tout dans une figuration dynamique qui annonce presque les futuristes italiens.

huile sur toile • 77 x 100 cm • Coll. particulière.

Peintre mondain à succès, Edelfelt, promoteur en 1899 de la pétition ProFinlandia contre la politique de russification forcée, continue toutefois de célébrer avec maestria sa terre natale.

Si Gallen- Kallela quitte Paris, Edelfelt y demeure et connaît un véritable succès, notamment comme portraitiste – lucrative activité, qui représente aujourd’hui près de la moitié de son corpus. Louis Pasteur dans son laboratoire, encensé au Salon de 1886 et acquis par l’État, lui vaut la Légion d’honneur et lui attire une clientèle d’élégantes parisiennes mais aussi de grandes familles européennes. Peintre mondain à succès, Edelfelt, promoteur en 1899 de la pétition paneuropéenne ProFinlandia contre la politique de russification forcée menée par le tsar Nicolas II, continue toutefois de célébrer avec maestria sa terre natale. Il retourne tous les étés dans la maison familiale de Porvoo, sur la côte sud, et y peint de nombreux paysages et des portraits de paysans ou de la célèbre poétesse et chanteuse de runes et figure du militantisme finnois Larin Paraske, destinés à être ensuite exposés à Paris. Dans l’espoir, encore et toujours, de faire rayonner la Finlande sur la scène artistique internationale.

Une œuvre polymorphe et totalement déconcertante

Akseli Gallen-Kallela suit quant à lui une voie artistique plus singulière. Très engagé politiquement auprès du Parti jeune finnois, farouchement indépendantiste, il voue le reste de sa carrière à sa passion finlandaise. Sa quête d’authenticité, de primitif même, l’engage à magnifier les scènes rurales et à partir explorer les confins de son pays à la recherche de paysages authentiques, tels ceux de Carélie, terre sauvage empreinte de légendes qu’il a découverte lors de sa lune de miel. C’est toutefois le Kalevala, compilation de mythes chantés (en 23 000 vers) publiée en 1835 par le folkloriste Elias Lönnrot, qui va lui permettre d’exprimer au mieux le génie national.

Aleksi Gallen-Kallela au sommet du Kirppuvuori, à Suolahti, en 1906 ; Albert Edelfelt dans son atelier, vers 1900.
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Aleksi Gallen-Kallela au sommet du Kirppuvuori, à Suolahti, en 1906 ; Albert Edelfelt dans son atelier, vers 1900.

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Coll. et © Musée Gallen-Kallela, Espoo, Collection Kauranen. © Look and Learn / Valerie Jackson Harris Collection / Bridgeman Images.

De 1880 jusqu’à la fin de sa vie, il illustrera cette vaste épopée de la création du monde qu’il dévore depuis l’enfance, à travers de monumentales fresques ou de fines enluminures. Éternel insatisfait, capable d’un renouvellement constant de son style dès qu’il s’estime en échec, volontiers radical et exalté, Gallen-Kallela se retire un temps loin d’Helsinki sur les bords du lac de Ruovesi, où il a lui-même construit et décoré sa maison. Baptisée « Kalela », cette cabane dans les bois, uniquement accessible à ski l’hiver, est fréquentée par une cohorte de jeunes artistes qui viennent se former au contact du maître.

De la synesthésie à la fusion des arts

Volontiers mystique, attiré par les mouvements théosophiques et ésotériques, Gallen-Kallela conçoit là quelques chefs-d’oeuvre d’étrangeté, tel le très cosmique Ad Astra, retable au cadre de bois doré figurant une jeune femme en position christique, cheveux flottant dans le ciel. L’œuvre, que le peintre n’a jamais voulu réellement décrypter, a servi de toile de fond au baptême de ses deux enfants. L’ambiance musicale, elle, était assurée par son ami le compositeur Jean Sibelius, auteur entre autres de Finlandia, devenu l’hymne officieux du pays.

Akseli Gallen-Kallela, Légende d’Aino
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Akseli Gallen-Kallela, Légende d’Aino, 1888–1889

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huile sur toile • 210 × 371 cm • Coll. et © Musée Gallen- Kallela, Espoo, Collection Kauranen.

Avec Sibelius (qui était doué de synesthésie), Gallen-Kallela poursuit le dessein d’une fusion des arts. Artiste touche-à-tout et avide d’expérimentations, il célèbre les grandioses paysages finlandais, exaltant ici les détails d’un rocher sous la neige, là les vibrations de lumière sur la surface d’un lac, non sans mystère. Grand voyageur, il pousse jusqu’en Afrique ou aux Amériques sa quête d’authenticité, comme Gauguin l’avait fait en Polynésie.

Akseli Gallen-Kallela, Nuages d’orage à l’horizon [détail]
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Akseli Gallen-Kallela, Nuages d’orage à l’horizon [détail], 1897

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Signée du monogramme d’Akseli Gallen-Kallela – un nom à consonance plus finnoise que l’artiste n’officialisera qu’en 1907 –, cette oeuvre de 1897 témoigne d’une inspiration japoniste, alors très en vogue dans toute l’Europe.

huile sur toile • 37 × 47 cm • Coll. et © Gösta Serlachius Fine Arts Foundation, Mänttä.

En 1917 – Edelfelt est déjà mort depuis douze ans –, le rêve d’indépendance se concrétise enfin, à la faveur de la révolution russe, même s’il se poursuit dans une guerre civile sanglante. Proche du général Mannerheim, commandant en chef des armées (et plus tard président), Gallen-Kallela, qui a combattu avec son fils Jorma, crée une série d’images et insignes officiels du nouvel État destinée à orner billets de banque ou drapeaux. Son dernier projet sera de recréer pour le musée national les fresques du Kalevala qui avaient fait sensation à l’Exposition universelle de 1900. Il meurt avant de l’avoir achevé mais l’art finlandais existe désormais bel et bien, pour toujours

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Paris aux couleurs d'Helsinki

Deux expositions pour ce qui ressemblera à une saison finlandaise sans le dire… Si Gallen-Kallela n’est pas totalement une redécouverte puisqu’il avait eu droit à une belle exposition en 2012 au musée d’Orsay, le musée Jacquemart-André fera un focus particulier sur son talent de paysagiste et son rapport singulier à la nature. Au Petit Palais, qui clôt là son cycle nordique à succès, ce sera en revanche bel et bien une première pour Edelfelt qui fera un juste retour à Paris avec une cohorte de portraits (dont celui de Pasteur), de scènes de genre, de peintures d’histoire et de lumineux paysages. Réservation conseillée !

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À lire

Le Kalevala – Épopée des Finnois

Par Elias Lönnrot • Éd. Gallimard, coll. Quarto • 26€ • 1 092 pages.

Parue en 1835, cette somme poétique de plusieurs dizaines de milliers de vers récoltée auprès des bardes de Carélie sera vouée à un très grand succès et servira de matrice au renouveau artistique finnois.

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Albert Edelfelt. Lumières de Finlande

Du 10 mars 2022 au 10 juillet 2022

www.petitpalais.paris.fr

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Gallen-Kallela. Mythes et nature

Du 11 mars 2022 au 25 juillet 2022

www.musee-jacquemart-andre.com

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1882 – Un été nordique au château de Maisons

Du 12 mars 2022 au 27 juin 2022

www.chateau-maisons.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Symbolisme

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