Vue de la façade de la Samaritaine où faune et flore ont envahi les vitrines, 2024
© DL Samaritaine
Une pivoine, un gingko, ou encore un nénuphar tout de cuir ; ailleurs, des pensées à paillettes, des arbres en doudounes matelassées… Ajoutez à ce décor quelques végétaux en tartan plissé et des créatures hybrides en fausse fourrure. À l’approche des fêtes de fin d’année, c’est un étonnant jardin artistique qui a poussé dans les vitrines de la Samaritaine !
Chaque année, les grands magasins de la capitale revêtent leurs habits de fêtes. Parmi les enseignes, certaines adresses se distinguent en misant sur de jeunes artistes. Cette tradition commerciale ne date pas d’hier puisque depuis leur naissance à la fin du XIXe siècle, ces « temples du commerce » font appel à des créateurs pour décorer leurs vitrines – parfois des plus renommés, tel Salvador Dalí chez Bonwit Teller, grand magasin sur la 6e Avenue à New York, dès 1936…
En 2024, le lèche-vitrines demeure un art. Côté rue de Rivoli, la Samaritaine a donné carte blanche pour son Noël à six artistes, lesquels ont investit le thème du Jardin d’hiver. La thématique n’a pas été choisie au hasard : « La nature irrigue depuis toujours l’iconographie de la Samaritaine, explique son directeur artistique. Notre fondatrice Marie-Louise Jaÿ était elle-même une passionnée de botanique. À tel point qu’elle avait fondé le jardin de la Jaÿsinia dans sa ville d’origine, Samoëns. »
C’était un rêve de gosse. Manon Daviet, qui s’est lancée dans l’art textile, en particulier le tricot et le tufting, en 2018, a réalisé avec la Samaritaine son premier projet en volume. Sa Macula Proliferum – « une espèce rare aux larges feuilles et aux pétales orangés », telle qu’elle nous la décrit –, se dresse grâce à d’ingénieux rembourrages pour lesquels elle a longtemps tâtonné.
Ces artistes ont fait chacun germer leurs interprétations d’une nature plus folle que jamais. Florian Sicard est parti d’un ancien stock de cuir, travaillé selon des techniques artisanales, pour planter ses fleurs et façonner ses pots. Michel Jocaille, lui, a fait pousser Astra Desideri, entre la pensée et le champignon amanite tue-mouches, « une espèce précieuse pailletée liant à la fois fragilité et toxicité », dixit ce résident de la structure incubatrice Poush, à Aubervilliers.
De la contrainte est née la créativité. Pauline d’Andigné, sortie des Beaux-Arts de Paris en 2021, a joué la carte de l’excès autour du matelassé en offrant « des sculptures molles dont la monumentalité entre en tension avec l’espace limité de la vitrine et de la serre. » Lucas Tortolano y a vu « un cocon » pour faire proliférer ses Pilosus Hybrida, araignées en fausse fourrure qu’on aurait envie de caresser.
Vue de la vitrine signée Lucas Tortolano à la Samaritaine, 2024
© DL Samaritaine
Ce travail a été cultivé en secret pendant quatre mois dans leurs ateliers respectifs, couronné par deux jours de montage à blanc, phases test menées avec les équipes de la Samaritaine. Juliette Berthonneau, lauréate du grand prix de la Création de la Ville de Paris 2023 dans la catégorie talent émergent-design, peut être fière : sa fleur sans tige flotte à merveille… Les pétales géants plissés colorés de Pensiflora Mobilea se déploient dans la serre au gré du souffle et de la lumière d’hiver.
« Il s’agissait pour Kevin Germanier de mettre en scène notre patrimoine afin qu’il donne du sens à l’histoire de Noël et qu’il lui apporte toute sa magie. »
Benoît Laumaillé
Dans une époque où les habitudes de consommation sont remises en cause doublée d’un contexte économique morose, trouver le ton juste pour les fêtes de fin d’année n’est pas simple. Pour leur 130e Noël, les Galeries Lafayette ont fait confiance à Kevin Germanier, jeune étoile montante de la création, lequel s’est chargé de la conception des costumes des personnages présentés en vitrines.
Le créateur Kevin Germanier lors de l’inauguration des vitrines des Galeries Lafayette, 2024
© Paul Blind
Le patronyme de ce Suisse de 32 ans, formé à la Central Saint Martins de Londres, vous dit peut-être quelque chose… Kevin Germanier s’est notamment fait remarquer avec les costumes de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Paris 2024. Sa marque, Germanier, lancée en 2018, a aussi contribué à populariser son style que l’on peut décrire comme excentrique, fantaisiste et théâtral, pétri de pop culture, alliant autant le manga que les références au cinéma. « Cette année, Noël célèbre les 130 ans des Galeries Lafayette. Les vitrines sont donc un trait d’union entre présent, passé et futur », explique Benoît Laumaillé, directeur de la création aux Galeries Lafayette. « Il s’agissait pour Kevin Germanier de mettre en scène notre patrimoine afin qu’il donne du sens à l’histoire de Noël et qu’il lui apporte toute sa magie. »
Kevin Germanier a imposé sa manière de travailler, avec un axe circulaire. Pour cela, il était important de ne pas produire de matière en plus, mais d’aller chercher dans des stocks dormants de matières, de mobilier… Le créateur a aussi signé une tenue monumentale, « l’étoile de la Mode » : faite de sequins argentés et d’étoiles aux teintes holographiques, ce costume étincelant et futuriste, qui sert de visuel à la campagne d’affichage des Galeries Lafayette, est entièrement brodé à la main et upcyclé.
La vitrine « coupole » des Galeries Lafayette signée Kevin Germanier, 2024
© Paul Blind
Le résultat a beau être écoresponsable, il ne manque pas de panache. Les petites scènes théâtrales font la part belle à la couleur et aux lumières scintillantes. « Mon personnage préféré ? La chimère qui vole les bijoux des convives et dont les Minions sont chargés de mettre toute la lumière sur elle », s’amuse Kevin Germanier. Les yeux brillants des passants devant les vitrines révélées le 14 novembre dernier, en présence du chanteur Vianney, le confirment : la magie a opérée.
Galeries Lafayette — Paris Haussmann
40 Boulevard Haussmann • 75008 Paris
haussmann.galerieslafayette.com
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