C’est un paradoxe bien connu : depuis la gare du Nord, on mettra presque autant de temps pour filer à Bruxelles (1h21) que pour se rendre au château de Versailles (1h19), pourtant en Île-de-France.
Les trains à grande vitesse compressent l’espace, et offrent d’infinies possibilités d’escapades à la journée. On pourra citer la Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts (53 minutes en TER), le château de Chantilly (28 minutes), le domaine Pommery à Reims (1h13). Mais aussi ces six musées suivants, que l’on atteint en moins de deux heures de train !
La Galerie du Temps au Louvre Lens. Au premier plan, « Muholi V » de Zanele Muholi. À gauche, « La Jeune Martyre » de Paul Delaroche. À droite, « Le Rêve du bonheur » de Constance Mayer-Lamartinière
© Louvre Lens / © Frédéric Lovino
Inauguré en 2012, le Louvre-Lens est à plus d’un titre remarquable. D’abord pour son contexte, qui dit beaucoup de son histoire puisque le musée a été édifié sur l’ancien carreau de fosse des puits 9 et 9 bis des mines de Lens, un site fermé depuis 1960. Ensuite pour son architecture, récompensée en 2013 par le prix de l’Équerre d’argent : signée de l’agence japonaise SANAA, elle s’étire comme un long trait de verre et de clarté à l’horizontale, geste tout à la fois sobre et monumental de 28 000 m2. Enfin, le bâtiment s’inscrit dans un parc de 20 hectares aménagé par l’architecte et paysagiste Catherine Mosbach, et sacré depuis 2020 « Jardin remarquable » par le ministère de la Culture. Selon les périodes, on y vient pour différentes expositions temporaires (en ce moment, il y en a deux : « Icônes venues d’Ukraine » et « S’habiller en artiste ») mais aussi pour la spectaculaire Galerie du Temps, ouverte gratuitement et réunissant 250 œuvres dans un espace tout en longueur de 3 000 m2. Depuis la gare, rien de plus simple : prenez le bus 41 et descendez une dizaine de minutes plus tard à l’arrêt Louvre-Lens.
Centre Pompidou-Metz
© Shigeru Ban Architects Europe, Jean de Gastines Architectes et Philip Gumuchdjian / © Metz Métropole / © Centre Pompidou-Metz / © Philippe Gisselbrecht
Nul besoin de le chercher bien longtemps : le Centre Pompidou-Metz se trouve littéralement en face de la sortie de la gare ! Pas du côté du centre-ville (où l’on pourra aussi rendre visite au Frac Lorraine, si l’on a une heure de plus), mais de celui du quartier de l’Amphithéâtre, du nom de l’ancien monument romain qui s’y trouvait, et dont les immeubles flambant neuf trahissent le pouvoir d’attractivité du musée. Inauguré en 2010, celui-ci a en effet été synonyme d’un « effet Bilbao » : comme le Guggenheim dans cette petite ville du nord de l’Espagne, le Centre Pompidou-Metz a fait de la cité messine l’une des destinations artistiques les plus visitées de France. Son architecture en forme de grand chapeau chinois traditionnel (certains y verront plutôt un champignon) a été cosignée par Shigeru Ban, Jean de Gastines et Philip Gumuchdjian, et abrite toujours plusieurs expositions temporaires simultanément – en ce moment, on y découvre notamment le vaste projet de Maurizio Cattelan, « Dimanche sans fin ». Les becs fins adoreront aussi déjeuner chez Umé, brasserie franco-nippone, ou dîner chez Yozora, une étoile au guide Michelin.
Musée Le Quadrilatère à Beauvais
© Antoine Mercusot
Plutôt que d’y prendre l’avion, il y a, à Beauvais, beaucoup de choses passionnantes à faire. On peut visiter son étrange cathédrale, dont le chœur est le plus haut au monde et s’élève à près de 50 mètres, mais qui n’a pas de nef. Ou encore se rendre au MUDO (musée départemental de l’Oise), installé dans l’ancien palais épiscopal et qui vient tout juste de rouvrir ses portes après plusieurs années de travaux. Plus original encore, c’est au Quadrilatère que l’on passera une partie de la journée. Son architecture moderne, signée André Hermant, a été inaugurée en 1976 pour accueillir, jusqu’en 2013, la galerie nationale de la Tapisserie. Entièrement rénové depuis, le lieu vient de rouvrir ses portes. De façon très inattendue, on y visite des vestiges gallo-romains et médiévaux au niveau inférieur, mais aussi le Ciap (Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine) autour de l’histoire de la ville (labellisée « Ville d’art et d’histoire ») ; mais aussi différentes expositions d’art contemporain comme, en ce moment, des installations monumentales de Cecile Bart et Stéphanie Mansy.
Le Tripostal, à Lille
© Maxime Dufour Photographies
Comme à Metz, difficile de faire plus proche de la gare : situé juste à la sortie de Lille-Flandres et de Lille-Europe, le Tripostal s’est installé en 2004 dans un ancien bâtiment dédié au tri du courrier, lorsque la ville était capitale européenne de la culture. Depuis, il incarne le renouveau culturel de la capitale du Nord, et héberge régulièrement de grandes expositions d’art contemporain, qui profitent de ses 6 000 m2 répartis sur trois niveaux. En ce moment, « Pom Pom Pidou » réunit plus de 200 œuvres du Centre Pompidou, et propose une relecture de l’art moderne entrecoupée de pétillants dialogues avec des œuvres d’art contemporain. En sortant, on en profitera pour visiter quelques autres institutions lilloises, dont le Palais des beaux-arts – et, si l’on reste un ou deux jours de plus, la Piscine de Roubaix, la villa Cavrois de Robert Mallet-Stevens à Croix ou encore le LaM de Villeneuve-d’Ascq (fermé provisoirement pour travaux).
Koen Taselaar, Exposition End And au CCC OD de Tours, 2025
Tapisserie • © Aurelien Mole
Dites-le à voix haute et vous verrez : on pensera que vous balbutiez. Pourtant, le CCC OD (Centre de création contemporaine Olivier-Debré) de Tours mérite mieux que des quolibets. Créé en 1984 par Alain Julien-Laferrière, il a déménagé en 2017 pour un superbe bâtiment de 4 500 m2 signé de l’agence portugaise Aires Mateus. Sans collection, mais doté d’une mini-librairie et d’un sympathique café-restaurant, le centre d’art multiplie les expositions collectives et individuelles, consacrant un accrochage tous les deux ans à son artiste phare, Olivier Debré – en ce moment, ce sont ses rideaux de scène qui sont à l’honneur. On y va aussi pour sa nef gigantesque, qui offre la possibilité de projets hors norme à des artistes contemporains. Jusqu’au 21 septembre 2025, on se mesure ainsi à une grande tapisserie de 19 mètres de long de l’artiste néerlandais Koen Taselaar… Avant de rentrer à Paris, faites un détour par le Jeu de Paume de Tours, lieu d’exposition dédié à la photographie et à l’image vidéo.
Musée des Beaux-Arts de Rennes, Quai Zola
© Anne Cécile Esteve
La Bretagne aux portes de Paris… Surtout, l’un des plus intéressants musées des Beaux-Arts de France ! Non seulement on y découvre quelques chefs-d’œuvre de la peinture ancienne, dont Le Nouveau-né de Georges de La Tour (vers 1645), mais aussi de belles expositions, dédiées cet été à la peintre Claire Tabouret et à la sculptrice Elsa Sahal. Situé sur le quai Zola, en plein centre-ville, le bâtiment historique du musée s’est récemment doublé d’une extension dans un quartier très différent et excentré, à Maurepas. Inauguré en février 2025, celle-ci s’est nichée au pied d’une barre d’immeubles des années 1960, dans un espace de 400 m2 repensé par l’agence d’architecture Titan. Au cœur de ce quartier populaire, les artistes invités travaillent avec les habitants à des projets artistiques, incluant des œuvres des collections. L’ambition ? Amener l’art là où il n’est pas, et initier des publics éloignés en les faisant participer. L’entrée est gratuite, et le lieu n’est situé qu’à 5 minutes en métro du musée historique (et 10 de la gare). Un détour qui est à faire absolument, à la fois pour la mission, l’architecture (superbe) et les œuvres.
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