Art contemporain

Ces 10 chefs-d’œuvre de l’art contemporain à voir absolument en région

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Le Palais de Tokyo, le Centre Pompidou, la Bourse de Commerce, la fondation Cartier… Paris concentre de très nombreuses institutions dédiées à l’art contemporain. Mais les régions de France ne sont pas en reste ! Bien au contraire, Le Havre, Bordeaux, Strasbourg, Grenoble ou Nantes conservent dans leurs musées ou en plein air des trésors signés Keith Haring, Jeff Wall ou Pierre Soulages, qui méritent bien une visite.

Après avoir fait le tour de France des plus belles peintures conservées dans nos musées régionaux, Beaux Arts se penche désormais sur les chefs-d’œuvre de l’art contemporain, à découvrir dans des institutions variées mais aussi dans la rue ou en pleine nature.

D’un refuge coloré de Daniel Buren à d’intenses monochromes de Pierre Soulages, d’un perchoir de Tadashi Kawamata à une farce visuelle de Roland Topor, cette liste non exhaustive nous entraîne donc dans un grand tour de France de l’art… Faites vos bagages !

À Bordeaux, montez et vous verrez Keith Haring

Fresque de Keith Haring dans l’assenceur du CAPC de Bordeaux
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Fresque de Keith Haring dans l’assenceur du CAPC de Bordeaux, 1985

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© Pierre Planchenault

Installé dans un ancien entrepôt de denrées coloniales édifié en 1824, le CAPC bénéficie d’une surface d’exposition de près de 3 500 m2, et prend régulièrement plaisir à confier l’immensité de sa nef à d’ambitieux projets d’artistes (Mario Merz en 1987, Richard Serra en 1990, Tatiana Trouvé en 2003, Leonor Antunes en 2015…). Aussi singulier que cela puisse paraître, c’est pourtant dans son ascenseur que se découvre l’une des œuvres les plus impressionnantes du lieu : une fresque de plus de dix mètres de haut signée par Keith Haring (1958–1990) en 1985, suite de bonhommes rouges que l’on découvre à travers la transparence d’une fenêtre. Que l’on monte à la bibliothèque ou que l’on descende dans la nef, l’effet est toujours hypnotisant, et donne envie de danser avec ces figures heureuses.

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CAPC

À Saint-Étienne, renaissance d’un Jean-Pierre Raynaud

Jean-Pierre Raynaud, Espace Zéro
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Jean-Pierre Raynaud, Espace Zéro, 1987

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Coll. MAMC • © Adagp, Paris, 2024 © Hubert Genouilhac – MAMC

Récemment, le musée d’Art moderne et contemporain (MAMC+) de Saint-Étienne a fait peau neuve. Il a changé ses sols et repensé son isolation, retravaillé ses ouvertures sur le ciel… Mais aussi a retrouvé une œuvre disparue. Dissimulée derrière une cimaise (autrement dit, emprisonnée dans un mur) depuis le début des années 2000 pour une raison que l’on ignore aujourd’hui, la sculpture monumentale Espace zéro a été créée par Jean-Pierre Raynaud (né en 1939) en 1987, pour l’ouverture du MAMC+. On reconnaît bien là sa signature radicale, avec ces carreaux de carrelage blancs assemblés en trois cubes, qui émergent eux-mêmes d’un mur de carreaux. Minimaliste, composée d’un matériau pauvre, industriel, l’œuvre est un manifeste qui a inspiré à l’architecte du musée Didier Guichard… une façade en carreaux noirs !

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MAMC - Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Étienne

Ouvert tous les jours de 10h à 18h, fermé les mardis.

À Nantes, l’invitation insolite de Philippe Ramette

Philippe Ramette, Éloge de la transgression
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Philippe Ramette, Éloge de la transgression, 2018

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© Marc Domage / LVAN, ADAGP / Courtesy de Philippe Ramette et Galerie Xippas

N’en a-t-on pas tous un peu rêvé un jour ? Ne pas descendre à la bonne station de métro et aller au cinéma plutôt qu’au bureau… Ce rêve de l’échappée, le plasticien Philippe Ramette (né en 1961) lui a donné chair en 2018 avec une sculpture drôle, tendre et parfaitement élégante : Éloge de la transgression. Installée depuis sur le très chic cours Cambronne, l’œuvre prend la forme d’un socle classique et d’une jeune fille en bronze ; mais au lieu de poser, celle-ci est en train de quitter sa prison pour poser pied à terre, et partir en vadrouille. Menue, vêtue d’une petite robe d’été, cette figure incroyablement charmante est un délice à regarder. Elle nous fait rire, rêver, nous donne envie de nous évader. Inoubliable !

À Montpellier, des Soulages comme à Rodez

Les œuvres de Pierre Soulages exposées dans les salles 46 et 47 du musée Fabre à Montpellier
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Les œuvres de Pierre Soulages exposées dans les salles 46 et 47 du musée Fabre à Montpellier

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© Bertrand Gardel / hémis

Bien sûr, il y a Rodez, et son sublime musée tout en acier corten dédié au maître de l’« outrenoir ». Mais il y a aussi Montpellier : au musée Fabre, deux salles sont entièrement consacrées à Pierre Soulages (1919–2022), l’artiste ayant fait à celui-ci une donation de 19 toiles en 2005, complétées, deux ans plus tard, par une vingtième et un dépôt de dix œuvres. Dans les mêmes années, le musée a profité de ses travaux d’extension pour offrir à cet ensemble exceptionnel un écrin de choix, à la lumière savamment travaillée. Un hommage mérité, Soulages étant une figure notable de Montpellier : il y a passé une partie de sa vie et a été élève au sein de son École des beaux-arts. D’ailleurs, lorsque son projet de musée était encore à l’étude, Montpellier faisait partie des villes envisagées…

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Musée Fabre

À Saint-Nazaire, une apparition au milieu du port signée Felice Varini

Felice Varini, Parcours estuaire, suite de triangles sur la terrasse panoramique de la base sous-marine de Saint-Nazaire
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Felice Varini, Parcours estuaire, suite de triangles sur la terrasse panoramique de la base sous-marine de Saint-Nazaire, 2007

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Photo André Morin LVAN

Lorsqu’une œuvre de Felice Varini (né en 1952) apparaît, l’effet est aussi étonnant et merveilleux que celui d’un tour de magie. À Saint-Nazaire, ville largement détruite lors de la Seconde Guerre mondiale et à l’horizon de béton austère, le Suisse a été invité pour la manifestation d’art contemporain Estuaire 2007 à concevoir une œuvre sur l’ensemble du port, la plus grande qu’il ait alors jamais réalisée (pas moins de deux kilomètres de longueur, tout de même). Pour voir s’assembler les triangles rouges de cette anamorphose, il faut grimper sur la terrasse du toit de l’écluse fortifiée et se déplacer lentement pour trouver où se placer… Jusqu’au miracle, jusqu’à l’apparition. Canon !

Au musée de Grenoble, un captivant Jeff Wall

Jeff Wall, A woman consulting a catalogue
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Jeff Wall, A woman consulting a catalogue, 2005

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Procédé cibachrome, iflochrome classic, épreuve photographique cibachrome sur caisson lumineux • 148 × 116,6 cm • Coll. Musée de Grenoble • © Jeff Wall

Une femme consulte un livre d’art. Habillée d’un tailleur strict, plongée dans la quiétude d’une maison de ventes aux enchères cossue au cœur de Londres, elle est l’image même de la contemplation calme, alors que l’agitation du dehors se devine à travers la fenêtre. L’œuvre est signée du Canadien Jeff Wall (né en 1946), artiste célèbre pour ses photographies soignées (des Cibachromes) en grand format, exposées dans des caissons lumineux. En volume, ce chef-d’œuvre de concision donne à lire une puissante réflexion sur le monde de l’art, dont l’intérêt pour la contemplation ne saurait se passer de l’effervescence commerciale qui pointe son nez par la fenêtre.

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Musée de Grenoble

Au Mrac de Sérignan, Daniel Buren en architecte

Daniel Buren, La Cabane éclatée aux caissons lumineux colorés
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Daniel Buren, La Cabane éclatée aux caissons lumineux colorés, 1999–2000

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Techniques mixtes • 303×356×356 cm • Coll. Mrac Occitanie, Sérignan • © Jean-Paul Planchon 2013 © Daniel Buren / ADAGP 2025

Dans le parcours des collections permanentes – dont l’accrochage change chaque année –, une œuvre demeure. Celle-ci apparaît comme un refuge : on peut y entrer, en faire le tour, s’y photographier. Signée Daniel Buren (né en 1938), La Cabane éclatée aux caissons lumineux colorés (1999–2000) est un assemblage en trois dimensions de formes géométriques – des carrés dans des carrés dans un carré, déclinaisons de verts, de bleus et de jaunes. Contredite par ces couleurs (méridionales s’il en est) et par leur vive luminosité, ces lignes droites disent toute la générosité et l’envie d’expérimentations de l’artiste abstrait. Lequel a signé six ans plus tard les vinyles colorés qui recouvrent chacune des 46 fenêtres de l’institution, et filtrent ainsi la lumière qui colore ses intérieurs.

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Mrac Occitanie

Au musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, un conte de Roland Topor

Roland Topor, Alice À La Neige
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Roland Topor, Alice À La Neige, 1971

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Dessin • Coll. Musée d’art moderne et contemporain – Cabinet d’art graphique Strasnourg • © Musées de la ville de Strasbourg, M. Bertola 

Il nous fait rire et frémir avec ses dessins où l’horrifique côtoie le bizarre et la drôlerie, formant des jeux visuels comme des fous rires grinçants : artiste touche-à-tout, dessinateur de presse, écrivain d’un vrai-faux livre de recettes (La Cuisine cannibale, 1970), dramaturge, scénariste, Roland Topor (1938–1997) est aussi l’auteur d’une grande peinture nommée Alice à la neige, conçue en 1970 pour le cinéma de la station d’hiver de Flaine en Haute-Savoie : tel un agent de voyage farfelu, Topor emmène tous les personnages du roman Alice au pays des merveilles à la montagne. Chaussés de skis et armés de bâtons, ils incarnent un décalage parfait entre l’imaginaire de leur auteur, Lewis Carroll, et l’étrangeté d’une société de loisirs qui pousse au surtourisme. Génial !

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Musée d'Art moderne et contemporain - Strasbourg

Au Havre, des pépites d’or pur signées HeHe

HeHe, Gold Coast
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HeHe, Gold Coast

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@ Marin David

C’est un peu la tour Eiffel du Havre – le monument devant lequel les touristes se photographient, et qui identifie tout de suite la ville. La Catène de containers de Vincent Ganivet est sans conteste le geste le plus marquant de la manifestation Un été au Havre. Pourtant, à quelques mètres de là, c’est une autre œuvre, infiniment plus discrète, qui nous a marqués : des pierres couvertes d’or, échouées parmi d’autres pierres au bord de la rive. Conçue par le duo d’artistes HeHe – composé de la Franco-Britannique Helen Evans (née en 1972) et de l’Allemand Heiko Hansen (né en 1970) –, Gold Coast est d’abord une œuvre d’une beauté folle, qui interrompt la monotonie du béton d’Auguste Perret (qu’on aime, certes) avec une étincelle flamboyante. Elle raconte aussi un port où les intérêts commerciaux priment… Cela dit, installée juste devant le MuMa, Gold Coast invite surtout à se tourner vers la plus belle richesse qui soit : celle de l’art et de l’imaginaire.

À Anglet, une tour d’amour de Tadashi Kawamata

Tadashi Kawamata, La « Love Tower » installée lors de la 7ème biennale internationale d’art contemporain d’Anglet
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Tadashi Kawamata, La « Love Tower » installée lors de la 7ème biennale internationale d’art contemporain d’Anglet, 2018

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Bois et métal • 4 mètres • © Ville Anglet, Direction Communication

Une exposition d’art contemporain au bord de la plage, programmée en plein été… Ambitieuse au vu du contexte balnéaire, la manifestation de la Biennale d’Anglet a toutefois réussi à donner naissance en 2018 à l’un des endroits préférés des promeneurs : la Love Tower de Tadashi Kawamata (né en 1953), artiste japonais célèbre pour ses constructions oniriques en planches de bois. Ici, le nid d’amour surplombe la plage, et invite chacun à gravir ses marches pour un moment hors du temps. Généreuse, l’œuvre ne se tourne pas vers elle-même mais vers l’immensité bleutée de l’océan, qu’elle incite à regarder – mais aussi vers le site tout proche de la grotte de la Chambre d’Amour, où un couple serait mort noyé de s’être caché pour s’aimer. En hauteur, protégé des vagues, on peut donc s’y embrasser en toute sérénité.

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