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Alfonso Bialetti, Cafetière Moka Express
Photo Wikimedia Commons
Elle combine deux passions de l’Italie : le café et le design. Là-bas, neuf foyers sur dix en possèdent une, et même si les dosettes se sont popularisées, les ventes de la Moka Express ne tarissent pas, bien au contraire – les confinements liés à la pandémie ont accentué son succès : en 2020, les ventes ont explosé pour assurer le réveil des télétravailleurs. Indétrônable, la Bialetti est, encore à ce jour, souvent réputée pour préparer le meilleur expresso maison…
Portrait de Renato Bialetti, fils de l’inventeur Alfonso Bialetti, devant une sculpture, 1966
© Bridgeman Images / Photo Giorgio Lotti – Mondadori Portfolio
À l’origine de cet objet révolutionnaire, un spécialiste en métallurgie : Alfonso Bialetti (1888–1970), ambitieux directeur du Piémont, en charge d’un atelier de fabrication de produits en aluminium. Grâce à ce matériau jusque-là réservé aux équipements militaires (à la fois imperméable, résistant, non-toxique et conducteur thermique), il donne vie en 1933 à une cafetière domestique, une fabuleuse macchinetta dotée d’un ingénieux système : l’eau s’évapore en chauffant et, grâce à la pression, passe au travers du café moulu jusqu’à la cheminée, puis se déverse dans le haut de la cafetière. L’arôme est parfaitement conservé.
Et bien sûr, il n’est pas question de négliger le look de l’ustensile : inspiré par la silhouette de sa femme, Bialetti en fait un véritable bijou aux allures Art déco avec ses huit facettes argentées, sa base en forme de diamant, son petit octogone sur le chapeau et sa poignée en bois. Un design à la fois coquet – à laisser en évidence sur sa cuisinière – mais aussi ludique : on le dévisse pour séparer les deux parties, puis il faut tout simplement verser de l’eau dans le réservoir, insérer le récipient contenant le café moulu et revisser les deux parties.
Publicité italienne pour la cafetière Moka Express de Bialetti avec le logo représentant un « petit homme à la moustache » dessiné par Paul Campani, 1965
© akg-images / Fototeca Gilardi
Vue en plongée d’une cafetière Moka Express designé par Alfonso Bialetti
© Alamy / Hemis / Photo Phillip Roberts
Plus besoin de se rendre au comptoir d’un café pour avaler son expresso, ou d’investir dans une machine professionnelle… En seulement six ans, s’écoulent 70 000 exemplaires et ce, rien que dans le Piémont. Après la Seconde Guerre mondiale – qui avait forcé l’entreprise à arrêter sa production – le fils d’Alfonso Bialetti, Renato, s’attèle à promouvoir la cafetière, baptisée Moka Express en hommage à la ville de Mokha au Yémen, célèbre pour sa production ancestrale de café. Affiches publicitaires, apparitions télévisées… Il lance une campagne dans toute l’Italie pour faire connaître son produit désormais affublé d’un logo inimitable : le « petit homme à la moustache » dessiné par Paul Campani – une caricature de Renato Bialetti lui-même.
En 1956, le succès amène l’entreprise à ouvrir une usine à Omegna, toujours dans le Piémont (elle a, depuis, été délocalisée en Roumanie). Entretemps, quelques transformations s’opèrent : la poignée en bois est remplacée par de la bakélite, le réservoir est surélevé pour mieux se protéger des flammes du gaz, et différentes tailles de cafetières sont commercialisées, capables de verser une à dix-huit tasses, satisfaisant ainsi toutes les bourses. C’est un triomphe : on estime que depuis sa création, plus de 200 millions de Moka se seraient vendues à travers le monde…
Michele De Lucchi, Cafetière PULCINA éditée par Alessi
Cafetière espresso en fonte d’aluminium. Poignée et pommeau en PA, rouge • 20 × 12 × 26 cm • © Alessi
Et comme toutes les icônes, elle sera mille fois copiée, customisée – notamment peinte aux couleurs du drapeau italien – mais aussi revisitée par de grands designers tels qu’Alessandro Mendini, Piero Lissoni, Mariano Trimarchi ou Michele De Lucchi. Tantôt épurées ou fantaisistes, leurs hommages sont édités par la marque Alessi dont le président, Alberto Alessi, n’est autre que le petit-fils d’Alfonso Bialetti. Dans une vidéo produite par la chaîne numérique Nowness, celui-ci se confiait sur la création de son aïeul : « Il est véritablement question d’émotion, de chaleur, de l’intimité de la préparation de son café tous les matins. »
Le designer met ainsi le doigt sur ce qui fait, sans doute, le plus grand succès de la cafetière : ce moment de pur bonheur où, après quelques minutes sur le feu, l’eau se met à frémir, l’objet à trembloter et alors l’utilisateur entend son café remplir la verseuse, son parfum embaumant la cuisine… Conscient de ce fort pouvoir émotionnel et profondément attaché à la machine de son père, Renato Bialetti avait demandé à ce que ses cendres soient enfermées dans une grande Moka Express – chose faite lors de son décès en février 2016, à l’âge de quatre-vingt-treize ans. La cafetière elle, désormais adaptée aux plaques à induction, lui survivra probablement longtemps.
Pour voir les différentes évolutions de la Moka Express
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