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Design Story

Le sofa “Bocca” : un fantasme de Dalí métamorphosé en canapé

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Né d’une peinture de Salvador Dalí, le sofa « Bocca » est devenu une star du design photographiée pour Vogue, Harper’s Bazaar ou Vanity Fair. Mais quelle est la véritable histoire de cette pièce iconique visible dans l’exposition « Objets de désir », actuellement au MUDAC de Lausanne, où est fait le lien entre surréalisme et arts décoratifs ? Et à qui appartiennent ces lèvres pulpeuses ?
La salle à manger de Monkton House, Écosse, où trône le sofa Bocca de Salvador Dalí
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La salle à manger de Monkton House, Écosse, où trône le sofa Bocca de Salvador Dalí

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© Elizabeth Whiting & Associates

Peintre, sculpteur, graveur, scénariste, écrivain et… designer. L’artiste espagnol Salvador Dalí (1904–1989) était tout cela à la fois, d’où, peut-être, son égo surdimensionné dont se moque délicieusement le film Daaaaaalí ! de Quentin Dupieux, actuellement en salles. L’une de ses inventions ? Ce canapé en forme de lèvres qui a connu de multiples versions au fil du temps.

Tout commence en 1934–1935. Fasciné par Mae West, chanteuse, actrice et scénariste américaine, pin-up irrévérencieuse et provocatrice, Salvador Dalí réalise une gouache sur papier journal intitulée Le Visage de Mae West pouvant être utilisé comme appartement surréaliste [voir ci-dessous]. Deux tableaux pour les yeux, des rideaux en guise de chevelure, un nez en forme de cheminée… Dans cette vision loufoque, c’est l’assise en forme de bouche qui attire rapidement l’attention d’un mécène : Edward James (1907–1984), poète anglais excentrique et grand admirateur de Dalí, désireux de la matérialiser pour son manoir du West Sussex.

Un salon loufoque mêlant style victorien et surréalisme

Deux canapés Mae West trônent ainsi en 1938 dans son salon mixant surréalisme et style victorien en pleine campagne anglaise. Réalisés avec les décorateurs londoniens Green & Abbott, ils sont relativement bas et allongés, ornés de franges en laine noire qui leur confèrent un look suranné, XIXe siècle. Au passage, Dalí et James donnent aussi vie à deux lampadaires « Champagne Standard », des verres à champagne empilés et pouvant faire office de cendriers – des trésors de loufoquerie conservés au Victoria & Albert Museum de Londres.

À gauche, la salle Mae West au théatre-Musée de Dalí à Figueras. À droite, « Le Visage de Mae West pouvant être utilisé comme appartement surréaliste » de Salvador Dalí, 1934-1935
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À gauche, la salle Mae West au théatre-Musée de Dalí à Figueras. À droite, « Le Visage de Mae West pouvant être utilisé comme appartement surréaliste » de Salvador Dalí, 1934–1935

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© Howard Sayer / Alamy / Hemis. © bpk / The Art Institute of Chicago / Art Resource, NY / © Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí / Adagp, Paris 2024

Mais c’est bien plus tard, en 1971 et en plein mouvement de Design radical que le « Bocca » (« bouche » en italien) apparaît à travers l’initiative du Studio 65, collectif fondé en 1965 à Turin par cinq architectes, designers et artistes. Rejetant les règles strictes du modernisme, les créateurs reprennent l’idée en s’inspirant cette fois de la bouche de Marilyn Monroe. Résultat : des lèvres pop de deux mètres de long, superbement ourlées, lisses et soyeuses grâce au tissu élastique recouvrant une mousse de polyuréthane — la touche glamour par excellence.

Salvador Dalí et Edward James, Le Sofa Mae West ou Mae West Lips Sofa
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Salvador Dalí et Edward James, Le Sofa Mae West ou Mae West Lips Sofa, 1937–1938 (designé), 1938 (fabriqué)

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laine feutrée • 79 × 202 × 92 cm • Coll. V&A museum, Londres • © Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí / Adagp, Paris 2024

Quant au dessin original de Dalí, l’architecte Oscar Tusquets Blanca lui donne vie en 1973 au sein du théâtre-musée de Figueras, ville natale de l’artiste, révélant en anamorphose le visage de Mae West avec des tableaux, une cheminée, une perruque géante et, aussi, une nouvelle version du canapé réalisée en accord avec le maître espagnol par la société BD Barcelona Design : les lèvres y sont plus réalistes, charnues et dotées de plissures.

Un canapé écoulé à des milliers d’exemplaires

Vue de l’exposition « Objets de désir. Surréalisme & Design »
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Vue de l’exposition « Objets de désir. Surréalisme & Design »

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© Etienne Malapert / mudac

On l’intitule tour à tour « Salivas Sofa », puis « DaliLips, » mais c’est bien le « Bocca » de Studio 65 (désormais vendu autour de 7 000 euros) qui connaîtra un succès fou, symbole de l’anticonformisme à l’italienne. Écoulé à des milliers d’exemplaires en rouge carmin par la marque Gufram, il est décliné au fil des ans en fuchsia, en noir avec un piercing en anneau chromé, puis en doré au kitsch assumé. En 2020, pour fêter ses cinquante ans, le voilà habillé de 25 teintes différentes, du vert forêt au bleu arctique en passant par le orange citrouille : toujours plus surréaliste !

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Objets de désir. Surréalisme & Design

Du 8 mars 2024 au 4 août 2024

mudac.ch

Retrouvez dans l’Encyclo : Surréalisme Salvador Dalí

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