Kasbah, Médina et Baie de Tanger
© René Mattes / Hemis
Entre le XIXe et le XXe siècle, Tanger rayonne comme une capitale cosmopolite. Les artistes s’y installent, exposent, échangent et laissent une empreinte durable dans la mémoire du lieu. Les paysages du détroit, la kasbah, les jardins de la Mendoubia ou la plage de Malabata deviennent les décors privilégiés d’œuvres où palpitent lumière, couleur et émotion.
En 1832, Eugène Delacroix débarque à Tanger, alors importante cité portuaire, sous l’autorité du sultan marocain. Le peintre y accompagne la mission diplomatique du comte de Mornay, envoyée par le roi de France auprès du sultan Moulay Abd-er-Rahman.
Eugène Delacroix, Fanatiques de Tanger, 1837
Huile sur toile • 95.5 × 128.5 cm • Coll. Minneapolis Institute of Arts, MN, USA • © Minneapolis Institute of Art / Bequest of J. Jerome Hill / Bridgeman Images
C’est la découverte d’une ville foisonnante, aux souks colorés, aux costumes éclatants et à la lumière crue. Il multiplie les croquis, les aquarelles, capturant la vie quotidienne, les chevaux, les scènes de rue et les paysages alentour. « La lumière, la couleur, la vie : tout ici est sujet à émerveillement », écrit-il dans ses carnets de voyage. Cette expérience au Maroc bouleverse sa palette et son approche de la couleur, ouvrant la voie à l’orientalisme moderne.
Henri Matisse, Vue de la fenêtre, Tanger, 1912
Huile sur toile • 115 × 80 cm • Coll. Pushkin Museum, Moscow, Russia • © Phaidon Press / © Succession H. Matisse / Bridgeman Images
Près d’un siècle plus tard, en 1912–1913, Henri Matisse séjourne dans la ville. Le Maroc vient d’entrer sous protectorat français (1912), mais Tanger n’a pas encore le statut de zone internationale (qui sera instauré en 1923). Subjugué par l’atmosphère, le fauve né au Cateau-Cambrésis, dans le nord de la France, trouve un décor idéal. Les intérieurs aux zelliges, les jardins luxuriants, le petit et le grand Socco, ainsi que les terrasses gorgées de soleil deviennent les sujets de toiles majeures comme Vue de la fenêtre ou Triptyque marocain.
Au XXe siècle, Tanger continue d’attirer bien des figures de la modernité : Albert Marquet, Francis Bacon, Claudio Bravo, mais aussi des écrivains, tels Paul Bowles ou Jean Genet, font de la ville un carrefour de création et de liberté. Les cafés, les places, la médina et la baie deviennent des terrains privilégiés, où se croisent les Européens.
Parmi eux, Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, déjà profondément attachés à Marrakech, tombent sous le charme de la ville blanche à partir des années 1960. Perchée sur les hauteurs, leur villa Mabrouka ( la « maison de la chance » achetée en 1997) est bien plus qu’un refuge, elle participe à nourrir les collections du couturier de couleurs vives, de motifs orientaux et d’une certaine idée du raffinement.
Tanger a conservé cette atmosphère bouillonnante et cosmopolite qui a tant charmé Delacroix, Matisse et tant d’autres. Partez de l’hôtel de France où le peintre fauve avait sa chambre, puis laissez-vous porter en vous faufilant dans la kasbah, aux ruelles blanches, aux portes sculptées et offrants de sublimes vues sur la baie.
Les « muséophiles » n’y manqueront pas le musée de la Kasbah : installé dans l’ancien palais du sultan, il présente des collections d’art et d’histoire, ainsi que des expositions temporaires. Humez les parfums, et finissez en longeant la corniche qui vous mènera, pour un petit thé à la menthe, au café Hafa, une institution fondée en 1921, accrochée comme un balcon sur la mer.
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