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Juliette Green, des diagrammes pour raconter les relations humaines

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Elle dessine des diagrammes depuis qu’elle a quinze ans. Pour prendre des notes en cours, et désormais pour produire de fascinants dessins qui explorent les relations humaines et les enjeux du monde contemporain. Alors qu’elle travaille à un projet de sérigraphie pour un immeuble parisien, rencontre avec Juliette Green, jeune pousse passée par la Biennale de Lyon et le Palais de la Porte-Dorée.
Juliette Green dans l’atelier de sérigraphie Sacré Bonus à Montreuil
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Juliette Green dans l’atelier de sérigraphie Sacré Bonus à Montreuil, 2025

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© Maurine Tric pour BeauxArts.com

« Quelle est la meilleure façon d’engager une conversation dans un ascenseur ? » Voilà la question que posera Juliette Green (née en 1995) aux habitants d’un immeuble neuf du 15e arrondissement de Paris, leur donnant dans la foulée de précieuses indications pour leurs relations de voisinage à venir.

Sérigraphié sur une plaque de métal, ce grand dessin narratif lui a été commandé par le promoteur immobilier Emerige dans le cadre du programme « 1 immeuble, 1 œuvre », et lui a donné l’occasion de collaborer avec l’atelier de sérigraphie Sacré Bonus à Montreuil, où nous l’avons rencontrée.

Juliette Green, Quelle est la meilleure façon d’engager une conversation dans un ascenseur?
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Juliette Green, Quelle est la meilleure façon d’engager une conversation dans un ascenseur?, 2025

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Sérigraphie sur métal • © Adagp, Paris 2025

C’est la première fois que Juliette Green travaille le métal. À vrai dire, d’ordinaire son art n’a besoin que de peu de choses : quelques feutres, une feuille de papier… S’il s’exporte depuis peu sur d’autres supports (comme des sérigraphies sur verre récemment exposées au Palais de la Porte-Dorée), son charme vient de là, de cette simplicité.

Des diagrammes pour retenir ses cours au lycée

« Ça collait à ma façon de penser ; le diagramme est une forme visuelle faite pour synthétiser. »

Tout a commencé lorsque Juliette Green était encore lycéenne, et qu’elle cherchait des solutions pour prendre des notes de façon originale et stimulante. « Ça m’est venu grâce à un livre datant du tout début des années 1990, qui recensait des méthodes de travail pour les étudiants », nous raconte-t-elle. « Il y avait tout un chapitre sur la prise de notes ; dans les entreprises, c’était alors le boom des mind maps (ou cartes cognitives, soit des schémas très visuels qui aident la réflexion, ndlr), intéressantes pour les élèves ayant une mémoire visuelle. »

Encres sérigraphiques de l’atelier Sacré Bonus à Montreuil
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Encres sérigraphiques de l’atelier Sacré Bonus à Montreuil, 2025

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© Maurine Tric pour BeauxArts.com

Sous le regard d’abord circonspect puis fasciné de ses professeurs (« au début, ils pensaient que je n’écoutais pas »), elle compose ses diagrammes en rouge et en noir, « des couleurs scolaires, un code couleur que j’ai conservé pendant très longtemps », avec comme unique ambition de mieux comprendre et retenir ses cours. « Ça collait à ma façon de penser ; le diagramme est une forme visuelle faite pour synthétiser. Je me souviens que j’étais frustrée par les conventions d’écriture, de type ‘grand A souligné en vert’, et que j’ai voulu prendre le contrepied de cette frustration-là. »

Procédé sérigraphique à l’atelier Sacré Bonus à Montreuil
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Procédé sérigraphique à l’atelier Sacré Bonus à Montreuil, 2025

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© Maurine Tric pour BeauxArts.com

Sur la suggestion d’un enseignant, qui sans doute devine dans ce « mode de pensée visuel » l’âme d’une artiste, Juliette Green tente le concours des Beaux-Arts de Besançon, après deux premières années d’études de publicité et un an de spécialisation en métiers de l’exposition. Elle y reste une année, avant de finir son cursus aux Beaux-Arts de Paris, où elle a pour chefs d’atelier les peintres Jean-Michel Alberola et Hélène Delprat. Dans ces écoles où tout est permis, où les élèves peuvent expérimenter l’art vidéo, la gravure, la sculpture, la bande dessinée, l’installation, Juliette Green ne dévie pas de son chemin, et continue à dessiner des diagrammes. « J’étais très sûre de moi, d’ailleurs on m’a reproché d’être obsessionnelle et monomaniaque, notamment à Besançon, une école très pluridisciplinaire. »

De grandes histoires visuelles aux sujets universels

« Lia est assise à côté d’un petit garçon qu’elle ne connaît pas, mais qui partage quelque chose avec elle. Leurs cousines sont inscrites au même cours de piano et elles se détestent. »

Depuis son diplôme en 2021, la jeune femme aime à jouer avec les différents contextes d’exposition. Lors de la dernière Biennale de Lyon, elle a montré ses dessins aux Grandes Locos, un ancien site de la SNCF. Partant de cet univers ferroviaire, elle a imaginé un réseau d’interconnexions entre les passagers placés côte à côte dans le train : « Lia est assise à côté d’un petit garçon qu’elle ne connaît pas, mais qui partage quelque chose avec elle. Leurs cousines sont inscrites au même cours de piano et elles se détestent. » Ou encore : « Andrei est assis à côté d’une femme qu’il ne connaît pas, mais qui partage quelque chose avec lui. Ils ont échangé trois messages en lignes avec des pseudonymes. »

Juliette Green avec Stéphane Bamy et Mélanie Viart, réglages de la sérigraphie
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Juliette Green avec Stéphane Bamy et Mélanie Viart, réglages de la sérigraphie, 2025

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© Maurine Tric pour BeauxArts.com

Souvent, elle invente. Trois fois sur quatre, nous dit-elle. À partir de grands thèmes, comme le travail, les transports, les relations humaines – « J’essaye de trouver des sujets universels pour que le public puisse avoir des points d’accrochage » –, elle crée des histoires visuelles, qui tiennent autant de la littérature que du dessin. De quoi envisager de se lancer dans une bande dessinée ? Pas du tout, nous détrompe celle qui pourtant cite parmi ses références les auteurs Jochen Gerner, Gerald Jablonski, Chris Ware. Car elle dit aussi aimer créer des images « d’un seul tenant », qui se lisent sans tourner les pages. On lui répond par l’idée des leporellos, ces livres qui se déploient en accordéon jusqu’à former une grande composition en bande horizontale ; justement, elle en a créé un pour l’une des chambres du Drawing Hotel à Paris.

La question que posera Juliette Green aux habitants d’un immeuble neuf du 15<sup>e</sup> arrondissement de Paris
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La question que posera Juliette Green aux habitants d’un immeuble neuf du 15e arrondissement de Paris, 2025

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© Maurine Tric pour BeauxArts.com / © Adagp, Paris 2025

Quand elle n’invente pas, elle reprend des bribes de conversations entendues par-ci, par-là. Invitée à investir le Palais de la Porte-Dorée dans le cadre d’une grande exposition autour de l’immigration, elle raconte avoir « rencontré 17 personnes pour des entretiens d’une heure minimum (le plus long a duré huit heures) », pour répondre, entre autres, à la question très intime : « Que ressent-on lorsqu’on vit entre deux cultures ? ». Elle poursuit : « J’ai pris des notes à la main, je ne voulais pas qu’un micro angoisse les gens. J’ai aussi changé les noms, les pays, pour rendre les textes anonymes ; enfin, j’ai tout fait valider par mes interlocuteurs. » Ce respect se ressent jusque dans la forme qu’adoptent ses dessins, puisque chaque personnage, chaque témoignage a droit au même traitement, au même cartouche, traduisant une envie de représenter le monde « de façon très égalitaire ».

« Le texte est une porte d’entrée »

Juliette Green entourée de Mélanie Viart et Stéphane Bamy dans l’atelier de sérigraphie Sacré Bonus à Montreuil
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Juliette Green entourée de Mélanie Viart et Stéphane Bamy dans l’atelier de sérigraphie Sacré Bonus à Montreuil, 2025

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© Maurine Tric pour BeauxArts.com

Juliette Green tient beaucoup à ne pas reproduire une certaine forme d’agressivité qu’elle perçoit dans le monde de l’art depuis longtemps. Originaire d’un petit village de 110 habitants en Bourgogne, elle a vu sa première exposition d’art contemporain à l’âge de 20 ans, et a trouvé certaines œuvres « rudes ; je n’ai pas envie d’imposer ça à mon tour. » En revanche, elle se souvient d’une œuvre généreuse du plasticien poète John Giorno, Dial-A-Poem (1968), qui propose aux visiteurs de s’emparer d’un combiné téléphonique pour écouter des poèmes. « Cette œuvre a débloqué quelque chose chez moi. Il y a quelque chose de très joueur dans l’idée d’utiliser le téléphone, un objet très quotidien auquel les gens sont habitués et qui ne les intimide pas… J’ai eu un coup de foudre. »

Attentive à la lisibilité de ses œuvres, Juliette Green va parfois jusqu’à traduire ses œuvres en anglais, comme lors de la Biennale de Lyon, manifestation qui accueille un public international. « C’est encore une réflexion sur l’accessibilité, mais aussi un clin d’œil à ma famille franco-américaine. » Évoquant aussi bien le dispositif narratif de Jacques le fataliste (1796) de Diderot (« l’adresse très directe du narrateur m’a ouvert beaucoup de portes pour des œuvres ») que des plasticiens qui travaillent le texte – comme Mark Lombardi, Tania Mouraud, Jenny Holzer ou Barbara Kruger –, Juliette Green prend le parti du texte comme outil d’ouverture : « Le texte est une porte d’entrée ». À nous de l’ouvrir !

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