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La Folle histoire

Gauguin, Bacon, Warhol… L’incroyable histoire de 300 chefs-d’œuvre du musée de Téhéran, sauvés par un jeune gardien

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Publié le , mis à jour le
En 2015, le musée d’Art contemporain de Téhéran (Iran) se prépare à sortir de l’ombre une partie de sa mirobolante collection cachée, comprenant des chefs-d’œuvre de Picasso, Gauguin, Chagall, Bacon et Warhol. La presse découvre alors que ce trésor doit sa survie à un jeune gardien qui, resté seul sur les lieux en pleine révolution islamique de 1979, deux ans après l’ouverture de l’établissement, l’a sauvé de miliciens islamistes prêts à le réduire en cendres…
Mobile d’Alexander Calder au Musée d’art contemporain de Téhéran devant les portraits des ayatollahs Khameini et Khomeini
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Mobile d’Alexander Calder au Musée d’art contemporain de Téhéran devant les portraits des ayatollahs Khameini et Khomeini, 2015

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© Eric Lafforgue / Alamy / Hemis

En 2015, la presse internationale est en émoi. Le musée d’Art contemporain de Téhéran, en Iran, se prépare à sortir de l’oubli, à l’occasion d’une exposition itinérante qui doit passer notamment par Berlin à partir de 2016, une collection d’œuvres occidentales d’une immense valeur, estimée à 3 milliards de dollars. L’attention se porte alors de nouveau sur cet ensemble à l’histoire surprenante, comptant des chefs-d’œuvre de Pablo Picasso, Paul Gauguin, Marc Chagall, Francis Bacon ou encore Andy Warhol. Des trésors qui étaient restés sous clé, dans l’ombre d’une réserve, pendant près d’un demi-siècle

En 1979 en Iran, la révolution islamique avait en effet stoppé net les ambitions de ce musée créé en 1977 à l’initiative de l’impératrice Farah Diba Pahlavi, épouse du chah Mohammad Reza Pahlavi. Prooccidental et contenant des œuvres jugées impies, notamment des nus et des toiles signées d’artistes homosexuels, l’établissement fut fermé. Sa collection, comme de nombreux cinémas qui furent incendiés, aurait en principe dû être détruite, totalement ou partiellement, par les miliciens de l’ayatollah Khomeini. Mais un jeune gardien, Firouz Shabazi Moghadam (aujourd’hui septuagénaire) a œuvré, quasiment seul, à son sauvetage dans des circonstances rocambolesques…

Vue aérienne du TMOCA dans les années 70
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Vue aérienne du TMOCA dans les années 70

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© Historic Collection / Alamy / Hemis

Ce pan extraordinaire de l’histoire a inspiré un roman à la reporter Stéphanie Perez, spécialiste du Moyen-Orient,  Le Gardien de Téhéran, publié en 2023 aux éditions Récamier, et en poche chez Plon. Basé sur un travail d’enquête approfondi et des témoignages, ce dernier met en contexte de manière vivante les événements, mêlant certains éléments fictifs (notamment des « détails » de la vie privée du fameux gardien, dont elle ne donne pas le vrai nom) à l’histoire vraie, celle de la collection et de son sauvetage.

Le rêve d’un grand musée d’art contemporain dans un Iran occidentalisé

Farah Pahlavi et Andy Warhol au Musée d’art contemporain de Téhéran, 1977
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Farah Pahlavi et Andy Warhol au Musée d’art contemporain de Téhéran, 1977

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© Archive PL / Alamy / Hemis

Tout commence en 1967, avec le sacre sensationnel de Farah Diba Pahlavi, troisième épouse du chah – un événement inédit, vu comme un symbole de l’émancipation de la femme musulmane. Surnommée « l’impératrice des arts », celle-ci veut développer la culture en Iran et inaugure pour cela plusieurs établissements. En 1977, elle ouvre le musée d’Art moderne et contemporain de Téhéran : un bâtiment exclusif de 5 000 m², conçu par son cousin l’architecte Kamran Diba, dont l’ambition est de devenir l’équivalent du Centre Pompidou de Paris et du Guggenheim de New York. Pour le remplir, elle a chargé Kamran Diba, ainsi que les critiques d’art et historiens de l’art américains Donna Stein et David Galloway, et son chef de cabinet Karim Pasha Bahadori, d’écumer les grandes maisons de vente internationales pour acquérir des œuvres d’exception. Dotés d’un budget de plusieurs millions alimenté par l’argent du pétrole, ils constituent une collection unique au monde : plus de 300 tableaux, sculptures et œuvres sur papier de grands artistes occidentaux destinés à être présentés au côté de créations iraniennes.

Cette même année, en 1977, les cinémas de Téhéran passent Rocky. Les filles portent des mini-shorts, se déhanchent en discothèque, boivent du Pepsi-Cola et des cocktails dans des bars à deux pas des mosquées… Faisant fi des Iraniens les plus traditionnels, le chah a fait entrer tambour battant son pays dans la modernité occidentale. Dans les soirées débridées données par sa famille et son entourage, le champagne et la cocaïne coulent à flots. Dans le même temps, la misère est niée, les médias censurés, les opposants torturés, et la population surveillée par une redoutable police secrète, la Savak…

Pollock, Bacon, Warhol, Renoir, Picasso…

Firouz Shabazi Moghadam, le gardien du musée
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Firouz Shabazi Moghadam, le gardien du musée, 2015

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© Ali Kaveh

Quelques mois avant l’ouverture du musée d’Art contemporain, le jeune Firouz Shabazi Moghadam, âgé de 23 ans, s’y présente pour postuler à un travail de convoyeur, dont la mission serait d’aller chercher à l’aéroport de Téhéran les tableaux venus d’Europe, pour les acheminer jusqu’au musée. Sérieux et poli, il est embauché sur le champ. Après des années de petits boulots, ce discret « gamin des bas quartiers » a l’impression de participer à quelque chose de grand. Il ne connaît rien à l’art, mais les œuvres qu’il découvre l’émeuvent et lui donnent envie d’en savoir plus sur elles. Peu à peu, il apprivoise ces peintures et s’y attache…

Fin 1977, Shabazi assiste à la grande fête d’ouverture du musée. Au milieu des ballons et des drapeaux, les invités affluent en limousine pour découvrir les salles et le parc de sculptures, où se dressent des œuvres de Giacometti et Max Ernst. Tout en dégustant du caviar et en sirotant du champagne, ils s’émerveillent ou s’étonnent devant Mural on Indian Red Ground de Jackson Pollock (1950) et d’autres chefs-d’œuvre de l’art moderne comme Guitare, fruits et pichet de Georges Braque (1927), Nature morte à l’estampe japonaise de Paul Gauguin (1889), Le Peintre et son modèle de Pablo Picasso (1927), un portrait par Auguste Renoir de sa femme de chambre seins nus (Gabrielle à la chemise ouverte, vers 1907), Nuits arabes de Marc Chagall (1948) et L’Âge d’or d’André Derain (1905).

Dans les réserves, « Nature morte à l’estampe japonaise » de Paul Gauguin, 1889, d’une valeur estimée à 45 millions de dollars
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Dans les réserves, « Nature morte à l’estampe japonaise » de Paul Gauguin, 1889, d’une valeur estimée à 45 millions de dollars, 2015

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© Ali Kaveh

Clin d’œil à la principale source de revenus iranienne, une piscine de pétrole d’un noir brillant (Oil Pool, 1970–1977), imaginée par l’artiste japonais Noriyuki Haraguchi, figure parmi les pièces maîtresses du musée. Y sont également exposés deux boxeurs en résine de Duane Hanson (1970 et 1965), plusieurs Warhol – dont des cannettes de soupe Campbell’s (1968), des portraits de Marilyn Monroe (1967), Jacqueline Kennedy (1966) et Mick Jagger (1973), et le rare Suicide, Purple Jumping Man (1963) –, ainsi qu’un triptyque de Francis Bacon on ne peut plus osé pour l’Iran, Deux figures couchées sur un lit avec spectateurs (1968), représentant deux homosexuels nus, enlacés.

Francis Bacon, Deux figures couchées sur un lit avec spectateurs
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Francis Bacon, Deux figures couchées sur un lit avec spectateurs, 1968

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Huile et pastel sur toile • 198 × 147,5 cm • Coll. TMOCA, Téhéran • © Bridgeman Images / © The Estate of Francis Bacon /All rights reserved / Adagp, Paris and DACS, London 2025

Dans son bureau, Kamran Diba a placé une échelle pour pouvoir s’échapper par un soupirail en cas d’urgence.

Mais le pays est-il prêt pour des bouleversements aussi rapides et radicaux ? L’Iran est une poudrière sur le point d’exploser. De son exil irakien, l’ayatollah Khomeini appelle à renverser le souverain « vendu » aux États-Unis. En septembre 1978, un million de personnes défilent dans les rues de Téhéran. Les révolutionnaires crachent sur des photos de l’impératrice, et déboulonnent les statues du chah, qui s’est retranché dans son palais, derrière des barbelés.

Sauver les toiles de la destruction par les insurgés

Le directeur du musée, Kamran Diba, dresse en urgence une liste des tableaux qui seront jugés subversifs par les révolutionnaires et risquent d’être détruits. Sur les 1 200 œuvres, 300 (et en particulier 60) sont concernées. Pendant deux jours, Shabazi s’affaire avec son patron à stocker ces toiles dans la réserve, où elles sont accrochées sur des rails métalliques. Les plus « sensibles » – les nus, dont le Renoir, et les œuvres d’artistes homosexuels, comme le triptyque de Bacon et les Warhol – sont emballées et cachées tout au fond de la pièce.

Des étudiants iraniens accrochent un buste du Shah Mohammed Reza Pahlavi et affichent un portrait du chef de l’opposition musulmane, l’ayatollah Khomeini, à une fenêtre de l’ambassade d’Iran à Paris, en France
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Des étudiants iraniens accrochent un buste du Shah Mohammed Reza Pahlavi et affichent un portrait du chef de l’opposition musulmane, l’ayatollah Khomeini, à une fenêtre de l’ambassade d’Iran à Paris, en France, 1979

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© Granger Coll NY / Aurimages

La clameur des insurgés s’intensifie. Dans son bureau, Kamran Diba a placé une échelle pour pouvoir s’échapper par un soupirail en cas d’urgence. Le 16 janvier 1979, le chah fuit le pays avec son épouse. Le 11 février, Khomeini prend le pouvoir et proclame l’instauration de la république islamique, qui sera installée officiellement en avril. Dans les rues de Téhéran, la foule fait la fête, accroche des œillets sur les chars abandonnés. Au musée, c’est fini. Tout le monde a été prié de rentrer chez lui ; Diba a disparu. Seul Shabazi, soucieux de protéger les œuvres, a choisi de rester dans le bâtiment désert, la clé de la réserve en poche

Face aux miliciens, le gardien du musée négocie

Les murs de la capitale se couvrent de portraits géants de l’ayatollah. Les restaurants et les boîtes de nuit sont fermés, les cinémas incendiés, l’alcool et les musiques « obscènes » interdits. Dans quelques mois, le voile sera imposé aux femmes, et les homosexuels seront pendus. Le musée, lui, reste fermé sur ordre de Khomeini en attendant qu’un comité révolutionnaire en prenne la direction. Mais Shabazi s’y rend tous les jours pour déambuler dans les salles aux murs nus, et étudier l’histoire de l’art dans la bibliothèque.

Un jour, fin mars 1979, des membres du comité révolutionnaire, armés de kalachnikovs, l’attendent dans le hall et le somment de les conduire à la réserve. Les miliciens demandent à Shabazi de tirer différents rails pour examiner les tableaux. La tension est à son comble. Devant Le Peintre et son modèle de Picasso, les soldats islamistes se moquent et poussent des exclamations de dégoût, rapporte le gardien. L’œuvre sur fond gris et beige, avec ses figures simplifiées et déformées, tracés en quelques lignes sobres, apparaît presque abstraite, si bien qu’ils ne voient pas que l’un des deux personnages est une femme nue dont le sein pointe vers le peintre…

Pablo Picasso, Le Peintre et son modèle
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Pablo Picasso, Le Peintre et son modèle, 1927

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Huile sur toile • 214 × 200 • Coll. TMOCA, Téhéran • © Bridgeman Images / © Succession Pablo Picasso 2025

« S’il n’y avait pas eu ces tableaux, je ne sais pas ce que je serais devenu. Ils m’ont maintenu vivant. J’aurais donné ma vie pour eux. »

L’un d’eux demande, incrédule, si ces « dessins d’enfant » valent vraiment cher. Comprenant que l’appât du gain pourrait pousser les révolutionnaires à ne pas détruire les œuvres, le jeune gardien insiste. « Ces œuvres sont inestimables », leur confirme-t-il.

Les yeux mornes des miliciens glissent, insensibles, sur les tableaux. Mais frustrés de ne rien voir d’impie et d’anti-islamique qui mériterait d’être brûlé, ils commencent à s’impatienter. Soudain, le chef désigne les œuvres cachées au fond, parmi lesquelles se trouve le triptyque de Bacon. « Là ? Ce sont des tableaux iraniens qui étaient dans le musée de la céramique, il n’y avait pas de place dans leurs locaux, on les a récupérés. C’est pour ça qu’on les a mis au fond », répond (tel que le rapporte Stéphanie Pérez dans son roman) le gardien d’un air faussement détaché. Miracle, le milicien est convaincu. L’homme armé tire néanmoins sur le rail où est stockée la Gabrielle à la chemise ouverte de Renoir. Par chance, le support en métal, qui présente un défaut, est bloqué.

Auguste Renoir, Gabrielle à la chemise ouverte
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Auguste Renoir, Gabrielle à la chemise ouverte, vers 1907

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Huile sur toile • 65 × 53 cm • Coll. TMOCA, Téhéran

Garder les œuvres en réserve, même si elles ne leur plaisent pas, devient pour les mollahs un acte de résistance face à l’Occident corrompu.

Lassés, les soldats quittent la réserve. « Ces tableaux doivent rester dans la chambre forte. Nous ne voulons pas de la culture occidentale dans nos musées », lancent-ils avant de tourner les talons. En novembre 1979, l’établissement rouvre, transformé en musée de propagande à la gloire de la révolution islamique, rempli de représentations de martyrs sanguinolents. En 1980, l’Irak de Saddam Hussein attaque l’Iran. Sous les bombes, le régime islamiste se durcit, multiplie les tortures et les exécutions. Mais l’irréductible et discret Shabazi a réussi à rester en place au musée en tant qu’homme à tout faire. Un jour, lorsqu’un établissement étranger tente d’acheter la nature morte de Gauguin contre un chèque en blanc, il réussit à persuader le nouveau directeur de ne pas céder. Garder les œuvres en réserve, même si elles ne leur plaisent pas, devient pour les mollahs un acte de résistance face à l’Occident corrompu.

Certaines œuvres à nouveau exposées au gré des évolutions politiques du régime

Au début des années 2000, quelques discrètes expositions thématiques sont organisées sous l’impulsion de Mohammad Khatami, président de l’Iran de 1997 à 2005, puis les œuvres retournent dans l’ombre sous Mahmoud Ahmadinejad, à la tête du pays de 2005 à 2013. En 2004, le triptyque de Bacon est même prêté pendant six mois à la Tate Britain de Londres, puis accroché brièvement dans le musée iranien sous l’impulsion de l’audacieux directeur Alireza Sami Azar, mais ce dernier est dénoncé au ministère de la Culture et de l’Orientation islamique, et le tableau est rapidement remis en réserve. En mars 2017, sous la présidence du réformateur Hassan Rohani, Téhéran sort de l’oubli une partie de la collection cachée (mais sans les nus, ni le Bacon) le temps d’une exposition qui fait parler d’elle à l’international.

Frank Stella, « Sinjerli Variations No. 1-5- » 1977, lors de l’exposition de chefs-d’œuvre minimalistes et conceptuels américains et européens des XIXe et XXe siècles au musée d’art contemporain de Téhéran
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Frank Stella, « Sinjerli Variations No. 1–5- » 1977, lors de l’exposition de chefs-d’œuvre minimalistes et conceptuels américains et européens des XIXe et XXe siècles au musée d’art contemporain de Téhéran, 2022

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© Vahid Salemi / AP / SIPA

Au vernissage, Shabazi, désormais âgé de 60 ans et devenu conservateur, observe les invités et leurs épouses dissimulées sous des tenues sombres. C’est alors qu’il reconnaît, sous son voile, l’historienne de l’art américaine Donna Stein qui avait contribué a rassembler la collection du musée, et qui le remercie pour son action héroïque. « S’il n’y avait pas eu ces tableaux, je ne sais pas ce que je serais devenu. Ils m’ont maintenu vivant. J’aurais donné ma vie pour eux, lui confie-t-il avec émotion. J’ai eu le sentiment que les œuvres me parlaient. Je ne sais pas pourquoi, j’ai été touché en plein cœur. C’est un mystère » dit-il, tel que le rapporte Stéphanie Pérez dans son ouvrage. Le « mystère de l’art », lui répond Donna Stein.

Initialement, l’exposition devait voyager à l’étranger à partir de décembre 2016, d’abord à Berlin puis dans d’autres pays – un événement très attendu et relayé par la presse occidentale. Mais le contrat de plusieurs millions a été rompu à la dernière minute, sans explication. Désormais évaluée à 3 milliards de dollars, la collection est depuis partiellement montrée au gré d’accrochages régulièrement renouvelés, dont la teneur varie selon les changements de ligne politique. On y voit notamment des peintures de Picasso (auquel le musée consacre une grande exposition jusqu’au 20 avril, « Picasso à Téhéran ») et de Warhol, ainsi que de nombreux autres artistes occidentaux, comme le sculpteur britannique Tony Cragg, qui fut exposé au musée en 2017–2018 et fit don d’une de ses sculptures à l’établissement à cette occasion. En revanche, les œuvres les plus sensibles, tels les nus, restent en réserve, soustraites aux regards (hormis l’unique excursion du Bacon en 2004) depuis 46 ans…

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Le Gardien de Téhéran

Stéphanie Perez

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