Ce printemps, l'impressionnisme fête ses 150 ans ! L’anniversaire de la première exposition du mouvement, organisée en 1874, fait l’objet d’une grande célébration nationale au musée d’Orsay et partout en France. Preuve que ce courant du XIXe siècle, d’abord rejeté et violemment moqué, a fini par devenir l’un des plus importants et appréciés de toute l’histoire de l’art. Tout commence dans les années 1860, lorsque plusieurs artistes, désireux de se libérer des contraintes de l’art officiel, osent adopter des sujets inédits et une nouvelle manière de peindre. Retour sur les origines d'une révolution.
Un vent de liberté sur la peinture du XIXe siècle
Alfred Sisley, Les Petits prés au printemps, 1880-1881
huile sur toile • 54,3 x 73 cm • Coll. National Gallery, Londres • © RMN-GP / Tate Photography
À l’opposé de l’art officiel qui triomphe dans les Salons du XIXe siècle – des sujets historiques, mythologiques ou religieux peints en atelier dans des tons relativement sombres –, des artistes audacieux tels Claude Monet, Camille Pissarro, Berthe Morisot, Alfred Sisley et Auguste Renoir font souffler un vent de fraîcheur sur la peinture. Permises par plusieurs inventions techniques et inspirées par quelques précurseurs, leurs prises de liberté vis-à-vis du dessin, de la palette, des gestes et des sujets révolutionnent l’art, ouvrant la voie à toutes les avant-gardes du tournant du siècle.
La France des années 1870 : un pays en mutation
Après une république éclair, le Second Empire (1852-1870) a fait revenir l’autoritarisme bonapartiste. Inspirés par la révolution de 1848 et par une modernité galopante (éclairage au gaz, chemin de fer, transformation de Paris par le baron Haussmann…), certains peintres en quête de nouveauté veulent s’affranchir de cette société conservatrice qui dicte tout, y compris les règles de l’art. En 1870, la défaite de la France face à la Prusse entraîne le retour de la République – mais sans la démocratie directe que réclame la Commune, réprimée dans le sang. Quatre ans plus tard, la première exposition impressionniste ouvre ses portes !
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1860-1862
À Paris, Berthe Morisot rencontre Edgar Degas et Édouard Manet ; Claude Monet se lie avec Pierre-Auguste Renoir et Alfred Sisley.
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1866
Le groupe des Batignolles, qui se réunit chez Manet et au café Guerbois pour parler d’une peinture nouvelle, se forme à Paris.
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1869
Sur une île de la Seine, à Bougival, Monet et Renoir signent ensemble les toutes premières peintures impressionnistes.
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1872
Le marchand Paul Durand-Ruel commence à acheter des œuvres impressionnistes.
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1873
Auguste Renoir, Claude Monet, Camille Pissarro, Edgar Degas et Alfred Sisley créent la Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs.
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1874
La Société anonyme organise à Paris la toute première exposition impressionniste.
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1886
La huitième et dernière exposition impressionniste a lieu à Paris ; le mouvement commence à avoir du succès à l’international.
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1889
L’Exposition universelle marque à la fois la consécration du mouvement et sa dispersion, laissant la place au néo-impressionnisme.
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1900-1926
Avec ses Nymphéas, Monet mène l’impressionnisme à son point d’orgue et pose les bases de l’abstraction.
Des conditions essentielles
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Le chemin de fer
L’essor de la peinture en plein air n’aurait pu se faire sans celui du chemin de fer. Née en Angleterre pendant la révolution industrielle, la locomotive à vapeur débarque en France en 1837, et le réseau s’y étend dans les années 1840. Inaugurée en 1849, la ligne Paris-Fontainebleau permet aux peintres de Barbizon, précurseurs de l’impressionnisme, de se rendre rapidement en forêt. La nature est enfin facile d’accès : les artistes peuvent faire des allers-retours entre la campagne qui les inspire et la capitale, où ils exposent et vendent leurs toiles.
voir toutes les imagesClaude Monet, La Gare Saint-Lazare, 1877
huile sur toile • 75 x 105 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
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Le tube de peinture
Auparavant, les peintres devaient fabriquer leur propre peinture dans un pot et l’utiliser aussitôt avant qu’elle ne sèche. Mais en 1859, la maison Lefranc commercialise en France un tube souple compactable en feuille d’étain, fermé hermétiquement à l’aide d’une pince. Breveté à Londres en 1841 par le peintre américain John Goffe Rand, cet objet révolutionnaire, couplé aux premières couleurs industrielles prêtes à l’emploi, ouvre de nouvelles perspectives aux artistes en leur permettant de peindre facilement en extérieur.
voir toutes les imagesDemi-boîte avec palette brisée, chevalet démontable, pinceaux, couteaux, tubes de peinture et trépied, avant 1932
Coll. Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris • © Petit Palais/Roger-Viollet
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L’urbanisation
Si la révolution industrielle inspire ces peintres, elle leur donne aussi les moyens et l’envie de quitter la ville. En réaction à l’urbanisation croissante, les citadins en mal de nature lancent la mode des séjours à la campagne ou en bord de mer, avec baignades, pique-niques, guinguettes et balades en canot. De la forêt de Fontainebleau à la plage de Trouville en passant par les bords de Seine, les peintres se mettent à affluer vers divers lieux d’Île-de-France et de Normandie, prisés des vacanciers et des promeneurs du dimanche.
voir toutes les imagesClaude Monet, Train dans la campagne, vers 1870
huile sur toile • 79,2 x 90 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowski
Claude Monet, La Gare Saint-Lazare, 1877
huile sur toile • 75 x 105 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
Demi-boîte avec palette brisée, chevalet démontable, pinceaux, couteaux, tubes de peinture et trépied, avant 1932
Coll. Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris • © Petit Palais/Roger-Viollet
Claude Monet, Train dans la campagne, vers 1870
huile sur toile • 79,2 x 90 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowski
En 2023, deux chercheurs en météorologie et en sciences (Anna Lea Albright, de la Sorbonne, et Peter Huybers, de Harvard) ont étudié plus de 100 tableaux de Monet, Turner, Caillebotte, Whistler et Pissarro. Leur conclusion : dans ces toiles, la baisse des contrastes et de la netteté ainsi que l’affadissement des couleurs correspondent exactement à la courbe d’augmentation de la quantité de dioxyde de soufre dans l’air, due au charbon brûlé par les usines londoniennes et parisiennes de l’époque !
Camille Pissarro, Le Pont Boieldieu à Rouen, temps mouillé, 1896
huile sur toile • 73,7 × 91,4 cm • Coll. musée des Beaux-Arts de l'Ontario, Toronto • © Bridgeman Images
3 précurseurs de la première heure
Dès la première moitié du XIXe siècle, certains peintres romantiques posaient déjà les bases de l’impressionnisme en adoptant une touche rapide, en s’intéressant aux effets de lumière et d’atmosphère, et en privilégiant les couleurs et l’expressivité à la netteté du dessin.
Joseph Mallord William Turner, Pluie, vapeur, vitesse, 1844
huile sur toile • 90,8 x 121,9 cm • Coll. National Gallery, Londres • © Bridgeman Images
William Turner (1775-1851)
Surtout à partir de 1840, le peintre et aquarelliste romantique anglais William Turner brosse des paysages lumineux et tourbillonnants. Restituant la beauté éphémère d’un ciel irisé, d’une mer embrasée par le soleil, de vagues brouillées par la tempête, ou d’un nuage de pluie et de vapeur, ces œuvres, bien que rarement peintes en plein air, anticipent avec vingt ans d’avance les toiles impressionnistes en se concentrant d’une manière inédite sur la couleur, le mouvement et les effets d’atmosphère
John Constable, La Charrette de foin, 1821
Huile sur toile • 130 x 185 cm • Coll. National Gallery, Londres • © Collection Dagli Orti / National Gallery Londres / Eileen Tweedy / Aurimages
John Constable (1776-1837)
Admirateur de Turner, le peintre romantique anglais John Constable annonce l’impressionnisme avec ses ciels particulièrement agités, lumineux et vibrants, qui cherchent à saisir une nature éphémère et fuyante, ainsi que ses paysages de campagne qu’il peint sur le motif, en s’éloignant des règles apprises à la Royal Academy. Exposé à Paris en 1824, son tableau La Charrette de foin (1821) inspire Eugène Delacroix et influencera les peintres de l’école de Barbizon, précurseurs des impressionnistes.
Eugène Delacroix, Paysage à Champrosay, vers 1849
huile sur toile • 41 x 72,5 cm • Coll. MuMa, Le Havre
Eugène Delacroix (1798-1863)
Pour rendre ses toiles plus vivantes, le romantique français Eugène Delacroix, inspiré par la rapidité d’exécution des aquarellistes anglais, utilise des couleurs vives et une touche fougueuse qui l’éloignent de l’aspect figé et léché de l’académisme dominant. Chez lui, la couleur, la texture et le mouvement priment sur le dessin, si bien qu’il sera copié et admiré par Édouard Manet, pivot du groupe des Batignolles, au sein duquel germera le mouvement impressionniste.
Les peintres de Barbizon, maîtres des impressionnistes
Dès 1822, le paysagiste Camille Corot se rend à Barbizon, dans la forêt de Fontainebleau, pour y peindre directement des toiles (et non de simples études) en plein air. Une révolution ! Dans les années 1840, d’autres comme Charles-François Daubigny, Jean-François Millet et Théodore Rousseau l’y rejoignent pour peindre ses mares, ses rochers et ses feuillages aux mille nuances de vert : l’école de Barbizon est née. Dans les années 1860, Monet, Renoir, Bazille et Sisley se rendent à Fontainebleau pour suivre les traces de ces peintres, et Berthe Morisot écoute leurs conseils à Auvers.
Camille Corot, Mantes (le soir), vers 1860-1865
Paysage bucolique
Mantes, avec sa haute cathédrale et ses berges de Seine, est le coin idéal près de Paris pour que Camille Corot, fondateur de l’école de Barbizon, puisse dessiner ses compositions directement en pleine nature avant d’exécuter sa toile en atelier. Il y saisit les remous des feuillages et les reflets argentés sur l’eau… Mais organise sa scène exactement comme il l’imagine, fidèle à ses idéaux classiques : ici, deux arbres encadrent la vue sur la ville, comme un rideau d’opéra, et au premier plan, une jeune femme à la coiffe rousse qui cueille du gui s’adresse à un jeune homme agrippé dans les airs à un tronc. Un irrésistible effet brumeux s’en dégage, merveilleusement rehaussé de pointes d’orangé et de rouge.
huile sur toile • 42,7 x 55,8 cm • Coll. musée des Beaux-Arts de Reims • © MBA Reims / Photo Christian Devleeschauwer
Jean-François Millet, Hameau Cousin à Gréville, entre 1854 et 1871 ; date de fin d'exécution : 1873
Sur une route de campagne…
C’est la dernière fois que ce chef-d’œuvre de Jean-François Millet (1814–1875) voyage. Après l’escale au musée de Lodève, il rentrera définitivement au musée des Beaux-Arts de Reims, bien trop fragile, la peinture s’apprêtant à craqueler. Profitons-en donc pour admirer cette lettre d’amour au monde paysan : au premier plan, un homme charge ses bêtes, décidé à gravir une route caillouteuse et sinueuse qui s’enfonce dans les bois. Pour accentuer la rugosité de sa toile, le peintre aurait ajouté du sable à sa peinture à l’huile ! « Paysan je suis né, paysan je mourrai », disait l’auteur de L’Angélus .
huile sur toile • 74,1 x 92,3 cm • Coll. musée des Beaux-Arts de Reims • © MBA Reims / Photo Christian Devleeschauwer
Charles-François Daubigny, Moisson, 1851
huile sur toile • 135 x 196 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris
Théodore Rousseau, Sortie de forêt à Fontainebleau, soleil couchant, 1848-1849
huile sur toile • 142 × 198 cm • Coll. musée du Louvre, Paris
Le « roi des ciels », Eugène Boudin
Peintes à partir des années 1850, les marines du peintre honfleurois Eugène Boudin (1824-1898) font de ce dernier un précurseur de l’impressionnisme. Influencé par l’école de Barbizon, ce « roi des ciels » (tel que le surnomme Corot, en raison de sa manière fougueuse de saisir le mouvement des nuages), initie Monet à la peinture en plein air dans les années 1860 lors de séjours à Honfleur. Le maître de Giverny dira même un jour : « Si je suis devenu peintre, c’est à Boudin que je le dois » !
Eugène Boudin, Étude de ciel au soleil couchant, entre 1862 et 1870
Pastel sur papier granuleux beige • 21,5 x 29,1 cm • Coll. Musée d'Orsay, Paris / © RMN-Grand Palais / Photo Hervé Lewandowski
Quelles sont les toutes premières toiles impressionnistes ?
Durant l’été 1869, Claude Monet et Auguste Renoir se rendent sur la Seine, sur l’île de la Grenouillère à Bougival, où la petite bourgeoisie parisienne se presse pour faire du canotage. Les deux amis y peignent côte à côte l’îlot reliant la berge au bateau-restaurant La Grenouillère. Femmes en robe blanche, barques, feuillages, reflets sur l’eau… En quelques touches rapides semblables à des écailles lumineuses, les deux amis retranscrivent, sans entrer dans les détails, une impression de calme et de fraîcheur. Des œuvres considérées comme les toutes premières toiles impressionnistes !
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Claude Monet, Baigneurs à la Grenouillère, 1869
huile sur toile • 73 x 92 cm • Coll. National Gallery, Londres
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Claude Monet, La Grenouillère, 1869
huile sur toile • 74,6 x 99,7 cm • Coll. The Metropolitan Museum of Art, New York
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Auguste Renoir, La Grenouillère, 1869
huile sur toile • 66 × 81 cm • Coll. Nationalmuseum, Stockholm
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Auguste Renoir, La Grenouillère, 1869
huile sur toile • 65 x 92 cm • Coll. Oskar Reinhart Collection 'Am Römerholz'
À Honfleur, Monet découvre le Botin : le premier bateau-atelier de la peinture française, construit par Charles-François Daubigny. Inspiré, il l’imite en 1871 en se faisant construire son propre lieu de création flottant, qui lui permet de glaner des points de vue inédits en glissant sur la Seine !
Claude Monet, Le Bateau-atelier, 1874
huile sur toile • 50,2 x 65,5 cm • Coll. Kröller-Müller Museum, Otterlo
4 principes clés
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Peindre sur le vif
Pas question de fabriquer des vues en atelier, comme le font les peintres académiques ! Les impressionnistes se distinguent par leur besoin de peindre directement en plein air, en plantant leur chevalet en pleine rue ou en pleine nature afin de saisir sur le vif un instant éphémère. Les reflets et le scintillement du soleil sur l’eau, le mouvement des nuages, les changements de couleur du ciel et la végétation frémissant au vent figurent parmi leurs motifs favoris.
voir toutes les imagesClaude Monet, Dans les bois à Giverny, Suzanne lisant et Blanche peignant, 1887
huile sur toile • 91,4 x 97,7 cm • Coll. Los Angeles County Museum of Art/LACMA • © Bridgeman Images
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Adopter une touche enlevée
À l’opposé du style lisse et léché de la peinture académique, les impressionnistes peignent par touches rapides, avec des gestes enlevés, auparavant réservés aux esquisses et non aux œuvres finies — éléments peu détaillés voire à peine évoqués, impression de flou et d’agitation… Subjective, spontanée et vivante, cette manière de peindre délaisse la netteté du dessin et l’exhaustivité pour privilégier l’expression des sensations et sentiments du peintre, de son ressenti devant la scène représentée.
voir toutes les imagesBerthe Morisot, Jeune femme cousant dans le jardin, 1883
huile sur toile • 50,2 × 60 cm • Coll. The Metropolitan Museum of Art, New York
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Saisir les effets d’atmosphère
Soleil irradiant, lumière douce, pluie, brouillard, fumée… Chez les impressionnistes, le sujet principal est moins la chose représentée que la façon dont sa perception est modifiée par les effets de lumière et d’atmosphère, qui dépendent de la saison, du moment de la journée et des conditions météorologiques. Un même paysage peut donc donner lieu à une infinité de tableaux différents – d’où la pratique des séries, très prisée par Claude Monet.
voir toutes les imagesClaude Monet, Londres, le Parlement, reflets sur la Tamise, 1905
Monet et les couleurs de l’ombre
Du vert émeraude, du bleu cobalt, du pourpre… Lors de son deuxième voyage à Londres, en 1905, Claude Monet s’éprend des étonnants coloris du Parlement, et surtout de ceux provoqués par ses reflets sur la Tamise, à l’aube : il bannit alors le gris qui caractérise si souvent les ombres. Son pinceau balaye la toile de tons froids, fusionnant l’institution et son ombre portée en une seule et même forme nébuleuse.
Huile sur toile • 81,5 x 92 cm • Coll. musée Marmottan Monet, Paris • © musée Marmottan Monet, Paris / Bridgeman Images / presse
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Privilégier la lumière
Finis le noir, les camaïeux de bruns et autres tons sombres de la peinture officielle ! Pour les peintres impressionnistes, la lumière, dont les fluctuations modifient notre perception de la chose observée, est au cœur de tout. En cherchant à inonder au maximum leurs toiles de lumière naturelle, ils développent une palette nouvelle, faite de couleurs claires, vives, fraîches…
voir toutes les imagesClaude Monet, Sur la falaise de Dieppe, 1897
huile sur toile • 65 x 92 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais presse / Sophie Crépy
Claude Monet, Dans les bois à Giverny, Suzanne lisant et Blanche peignant, 1887
huile sur toile • 91,4 x 97,7 cm • Coll. Los Angeles County Museum of Art/LACMA • © Bridgeman Images
Berthe Morisot, Jeune femme cousant dans le jardin, 1883
huile sur toile • 50,2 × 60 cm • Coll. The Metropolitan Museum of Art, New York
Claude Monet, Londres, le Parlement, reflets sur la Tamise, 1905
Monet et les couleurs de l’ombre
Du vert émeraude, du bleu cobalt, du pourpre… Lors de son deuxième voyage à Londres, en 1905, Claude Monet s’éprend des étonnants coloris du Parlement, et surtout de ceux provoqués par ses reflets sur la Tamise, à l’aube : il bannit alors le gris qui caractérise si souvent les ombres. Son pinceau balaye la toile de tons froids, fusionnant l’institution et son ombre portée en une seule et même forme nébuleuse.
Huile sur toile • 81,5 x 92 cm • Coll. musée Marmottan Monet, Paris • © musée Marmottan Monet, Paris / Bridgeman Images / presse
Claude Monet, Sur la falaise de Dieppe, 1897
huile sur toile • 65 x 92 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais presse / Sophie Crépy
Sans aller aussi loin que les pointillistes qui prendront leur suite, les impressionnistes appliquent la théorie du chimiste Michel-Eugène Chevreul, formulée dans son essai De la loi du contraste simultané des couleurs (1839). L’idée : deux couleurs placées côte à côte en créent une nouvelle dans notre œil grâce à un effet de mélange optique. Les peintres décomposent donc chaque couleur en plusieurs touches de différentes nuances.
Cercle chromatique de Michel-Eugène Chevreul, 1867
© BnF, Paris
Une palette nouvelle
Leur amour de la lumière et leur besoin de travailler rapidement pousse les impressionnistes à adopter des couleurs fraîches, issues des nouveaux tubes prêts à l’emploi, juxtaposées ou superposées, mais très peu mélangées. Une palette audacieuse qui leur vaut de nombreuses critiques.
Le vert, envers et contre tous
Omniprésent dans la nature, le vert est roi chez les impressionnistes. En plus du vert foncé, ces derniers usent abondamment de verts clairs et vifs sortis des tubes de couleurs, comme le vert Guillet et le vert de Scheele, purs ou mélangés à du blanc ou du jaune, pour obtenir du vert amande ou du vert pomme. Des tons que les peintres académiques jugent de mauvais goût !
Berthe Morisot, Dans le parc, vers 1874
pastel sur papier brun collé sur carton • 71 x 89 cm • Coll. musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais
Du bleu, du bleu, du bleu
« Un matin, l’un de nous manquant de noir, se servit de bleu : l’impressionnisme était né ! », résume Renoir. Couleur de l’insaisissable et du rêve, le bleu (du bleu ciel à l’outremer en passant par le mauve) est très utilisé par les impressionnistes pour l’eau, le ciel, les ombres et même la verdure. À tel point que le critique Joris-Karl Huysmans les dit atteints d’une maladie : l’« indigomanie » !
Auguste Renoir, La Parisienne (La Dame en bleu), 1874
huile sur toile • 163,5 × 108,5 cm • Coll. National Museum, Cardiff
Jaune irradiant
Associé aux fleurs printanières et surtout à la lumière irradiante du soleil, le jaune pur, pâle ou vif (les synthétiques jaunes de chrome, citron ou de cadmium) inonde les toiles impressionnistes. Mordu, Monet en recouvrira même les murs de sa fameuse salle à manger de Giverny !
Claude Monet, Nymphéas, 1916
huile sur toile • 200 x 427 cm • Coll. National Gallery, Londres
Rose « shocking »
Présent aussi bien dans certaines fleurs et tenues féminines que dans la lumière de l’aube ou du couchant, le rose fait partie des couleurs « osées » des impressionnistes : jadis prisé des peintres rococos au XVIIIe siècle, il est considéré comme kitsch et mièvre par les académiques du début du XIXe, qui privilégient des tons terreux ou sanglants.
Auguste Renoir, La Rêverie, 1877
huile sur toile • 56 x 46 cm • Coll. musée Pouchkine, Moscou
Le blanc pour faire respirer la peinture
À l’inverse des académiques qui lui préfèrent le brun et le noir, les impressionnistes innovent en utilisant beaucoup de blanc pur. Ce blanc de zinc synthétique leur permet d’illuminer leurs toiles et de faire chanter leurs couleurs, quand ils n’y consacrent pas la totalité d’un tableau à la faveur d’un paysage de neige.
Claude Monet, La Pie, 1868-1869
huile sur toile • 89 x 130 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
Des sujets modernes
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Usines et locomotives
Loin de ne s’intéresser qu’à la nature, les impressionnistes peignent aussi des emblèmes de la révolution industrielle et de la vie moderne, que les artistes académiques considèrent comme indignes d’être peints. Pissarro représente des cheminées d’usines fumantes, Sisley, une gare de marchandise, Caillebotte, un pont métallique… Après Turner, le premier à peindre un train en 1844, Pissarro et Monet, à partir de 1871-1872, lui emboîtent le pas en brossant des locomotives en marche, nimbées de vapeur.
voir toutes les imagesAlfred Sisley, La Gare de marchandises, vers 1880
pastel sur papier • 32,5 x 46 cm • Coll. particulière • © Bridgeman Images
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Agitation urbaine
La ville et la vie urbaine trouvent grâce aux yeux des impressionnistes, dont les gestes rapides retranscrivent à merveille l’agitation parisienne. Posté à une fenêtre, Monet peint le boulevard des Capucines avec ses immeubles haussmanniens, ses calèches et les silhouettes floues des passants pressés qu’il campe en un ou deux traits. Pissarro, lui, brosse notamment quatorze variantes d’une même vue du boulevard Montmartre, à différentes saisons et heures de la journée.
voir toutes les imagesClaude Monet, Boulevard des Capucines, 1873-1874
huile sur toile • 80 x 60,3 cm • Coll. The Nelson-Atkins Museum of Art, Kansas City
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Lumières électriques
Au gaz dès les années 1850, puis électriques à partir de 1880, les éclairages nocturnes fascinent également ces amoureux de la modernité et des changements de lumière. En 1897-1898, Pissarro peint le boulevard Montmartre plongé dans la nuit bleue. Dans ce tableau, les ampoules des réverbères, des voitures et des devantures de magasins font luire comme de l’or les façades des immeubles parisiens, qui se reflètent sur les trottoirs mouillés pour un résultat féérique !
voir toutes les imagesCamille Pissarro, Boulevard Montmartre de nuit, 1898
huile sur toile • 55 x 65 cm • Coll. National Gallery, Londres
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Scènes du quotidien
Contrairement aux artistes académiques, qui ne peignent que des personnages historiques ou mythologiques, ou des puissants dans des mises en scène figées, les impressionnistes innovent en brossant sur le vif des portraits vivants de personnes « ordinaires » et des scènes du quotidien. Amis ou membres de la famille, passants, canotiers, serveurs, paysans et actrices vaquent à des occupations « triviales » et modernes, comme déjeuner, travailler, lire le journal, fumer, jouer ou danser.
voir toutes les imagesÉdouard Manet, Un bar aux Folies Bergère, 1881-1882
huile sur toile • 96 x 130 cm • Coll. Courtauld Institute, Londres • © Samuel Courtauld Trust-The Courtauld
Alfred Sisley, La Gare de marchandises, vers 1880
pastel sur papier • 32,5 x 46 cm • Coll. particulière • © Bridgeman Images
Claude Monet, Boulevard des Capucines, 1873-1874
huile sur toile • 80 x 60,3 cm • Coll. The Nelson-Atkins Museum of Art, Kansas City
Camille Pissarro, Boulevard Montmartre de nuit, 1898
huile sur toile • 55 x 65 cm • Coll. National Gallery, Londres
Édouard Manet, Un bar aux Folies Bergère, 1881-1882
huile sur toile • 96 x 130 cm • Coll. Courtauld Institute, Londres • © Samuel Courtauld Trust-The Courtauld
De la région parisienne aux côtes normandes et bretonnes, les impressionnistes se déplacent beaucoup dans le nord-ouest de la France à la recherche de paysages bucoliques.
De nombreux lieux mythiques de l’impressionnisme se situent le long du cours de la Seine et de ses affluents, jusqu’à l’estuaire du fameux fleuve parisien.
Pontoise
Séduit par cette commune située au bord de l’Oise, non loin d’Auvers, Pissarro y séjourne à partir de 1866, puis s’y installe de 1872 à 1884. Dans les années 1870, plusieurs peintres, dont Armand Guillaumin et Paul Cézanne, l’y rejoignent. Berthe Morisot, qui s’y était déjà rendue dès 1863, retourne dans les environs, à Maurecourt, où elle peint plusieurs chefs-d’œuvre verdoyants en 1873-1874 : Cache-cache, La Chasse aux papillons et Dans le parc.
Camille Pissarro, Les Toits rouges, coin de village, effet d’hiver, 1877
huile sur toile • 54 x 65 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
Bougival et Chatou
Haut lieu de canotage et de promenade situé en bord de Seine, Bougival attire dès 1869 Monet, Renoir, Sisley et Pissarro, qui y brossent des vues du fleuve et des scènes de loisirs estivales. Berthe Morisot y séjourne de 1881 à 1885, dans une maison au jardin fleuri. À cinq kilomètres de là se trouve Chatou, « l’île des impressionnistes », appréciée de Monet, Caillebotte et Renoir, qui y peint son célèbre Déjeuner des canotiers (1880-1881) à la guinguette Maison Fournaise.
Auguste Renoir, Le Déjeuner des canotiers, 1880-1881
huile sur toile • 130,2 x 175,6 cm • Coll. Phillips Collection, Washington
Yerres
Traversée par une jolie rivière aux berges verdoyantes, Yerres est un lieu de villégiature apprécié des bourgeois et des aristocrates. C’est là que se situe la luxueuse propriété familiale du peintre Gustave Caillebotte, qui y peint le parc ainsi que de superbes scènes de jardinage, de baignade, de pêche et de canotage.
Gustave Caillebotte, Partie de bateau ou Canotier au chapeau haut de forme, vers 1877-1878
huile sur toile • 90 × 117 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
Argenteuil
Appréciée des amateurs de nautisme, cette ville du Val-d’Oise séduit Monet, qui y séjourne de 1871 à 1878 et y peint ses célèbres Coquelicots (1873), mais aussi les maisons et la rivière. D’autres peintres s’y rendent, comme Manet, Sisley, Caillebotte et Pissarro. En 1878, Monet s’installera dans un autre lieu du Val-d’Oise, le village de Vétheuil.
Claude Monet, Les Coquelicots, 1873
huile sur toile • 50 × 65 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © Bridgeman Images
Giverny
Situé au confluent de la Seine et de l’Epte, ce village normand a été rendu célèbre dans le monde entier par Claude Monet, qui en a fait son fief. L’artiste s’y installe en 1883, dans une maison qu’il modifie à partir de 1890 pour la doter d’un jardin fleuri avec étang et petit pont japonais, désormais mythiques. Toute une colonie de peintres américains l’y rejoint dès la fin du XIXe siècle.
Vue de l’étang du jardin de Claude Monet à Giverny
© Maison et Jardins Claude Monet Giverny - droits réservés
Honfleur
Berceau du précurseur Eugène Boudin, le charmant petit port de Honfleur est fréquenté par Courbet et Corot, puis par les impressionnistes, qui s’y réunissent à la ferme Saint-Siméon. Monet peint une trentaine de tableaux dans cette ville située sur l’embouchure de la Seine, face au Havre et non loin des élégantes stations balnéaires de Deauville et de Trouville – lieux également appréciés du peintre et de ses amis Caillebotte et Bazille.
Camille Corot, Le Bois sur la Côte de Grace à Honfleur, XIXe siècle
huile sur toile marouflée sur bois • 35 x 27 cm • Coll. particulière • © Bridgeman Images
Étretat
Célèbre pour ses spectaculaires falaises de craie blanche et son aiguille rocheuse dressée dans la mer, la station balnéaire d’Étretat a inspiré de nombreux peintres comme Courbet, Jongkind, Isabey, Boudin… Et surtout Monet, qui s’y rend une première fois en 1868, puis y retourne trois ans de suite de 1883 à 1886. L’artiste en tire une cinquantaine de toiles aux cadrages audacieux, parfois plongeants, qui les représentent par tous les temps et à diverses heures.
Claude Monet, Les Falaises à Étretat, 1885
huile sur toile • 65,1 x 81,3 cm • Coll. Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown • © Bridgeman Images
Belle-Île
C’est sur cette île pittoresque, la plus vaste de Bretagne, que Monet affronte pour la première fois l’océan Atlantique. De septembre à novembre 1886, il y séjourne pour y peindre 39 toiles, dont sa splendide série des aiguilles de Port Coton. En bottes et ciré de pêcheur, l’artiste parcourt les sentiers abrupts, amarre son chevalet aux rochers pour peindre en pleine tempête à flanc de falaise !
Claude Monet, Les Rochers de Belle-Île, 1886
Vertige à Belle-Île
C’est la seule toile de Claude Monet (1840–1926) présente dans le parcours, mais elle concentre tout son génie : le cadrage et le motif des vagues inspiré des estampes japonaises qu’il collectionne à foison, son extraordinaire sens de la couleur jouant sur les tons complémentaires pour ériger ses contrastes d’ombres et de lumière et surtout, cette capacité à capter l’atmosphère d’un instant donné. À Belle-Île, le peintre se tient courageusement au bord du vide avec son chevalet, bravant les vents forts, pour saisir les différents effets de lumière. Trente-huit autres toiles naîtront de la vue de ces rochers sculptés par la mer.
Huile sur toile • 65,6 x 81,5 cm • Coll. musée des Beaux-Arts de Reims • © MBA Reims / Photo Christian Devleeschauwer
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Paul Durand-Ruel, un marchand visionnaire
C’est à Londres, pendant la guerre de 1870, que Monet et Pissarro rencontrent le galeriste Paul Durand-Ruel (1831-1922). N’hésitant pas à s’endetter pour les soutenir, ce bourgeois audacieux leur achète des tableaux dès 1872 et les expose dans ses galeries parisiennes, londonienne et bruxelloise, puis, dans les années 1880, aux États-Unis, où ils rencontrent enfin le succès. Il révolutionne le métier de marchand d’art en introduisant des pratiques nouvelles comme l’exclusivité du travail des artistes, des expositions individuelles, un réseau international de galeries à l’accès gratuit, la promotion des artistes dans la presse et le recours à des prêts pour investir dans leur travail.
voir toutes les imagesAuguste Renoir, Portrait de Paul Durand-Ruel, 1910
Gage d’amitié
C’est l’œuvre qui ouvre le bal, la toute première de l’exposition et non des moindres : il s’agit du portrait du marchand d’art Paul Durand-Ruel, peint par le maître Pierre-Auguste Renoir, son fidèle ami… Nous sommes en octobre 1910. L’impressionniste séjourne à Paris durant quelques jours. Alors qu’il a déjà peint les portraits de ses enfants, il figure celui qui a propulsé sa carrière durant quarante ans, et qui le prie enfin de le représenter. Dans un décor d’une extrême sobriété, Renoir saisit le marchand affaissé, le regard vif, la main sur le cœur.
huile sur toile • 65 x 54 cm • Coll. particulière
Auguste Renoir, Portrait de Paul Durand-Ruel, 1910
Gage d’amitié
C’est l’œuvre qui ouvre le bal, la toute première de l’exposition et non des moindres : il s’agit du portrait du marchand d’art Paul Durand-Ruel, peint par le maître Pierre-Auguste Renoir, son fidèle ami… Nous sommes en octobre 1910. L’impressionniste séjourne à Paris durant quelques jours. Alors qu’il a déjà peint les portraits de ses enfants, il figure celui qui a propulsé sa carrière durant quarante ans, et qui le prie enfin de le représenter. Dans un décor d’une extrême sobriété, Renoir saisit le marchand affaissé, le regard vif, la main sur le cœur.
huile sur toile • 65 x 54 cm • Coll. particulière
Le saviez-vous ?
Entre 1891 et 1922, Paul Durand-Ruel acquiert plus de 12 000 œuvres, dont 1 500 Renoir, plus de 1 000 Monet, 800 Pissarro, et des centaines de Degas, Sisley et Mary Cassatt !
Impressionnistes ou pas ?
Bien qu’ayant exposé de leur vivant aux côtés des impressionnistes, plusieurs artistes associés au mouvement présentent un style différent, plus difficile à catégoriser que certains représentants emblématiques comme Claude Monet ou Berthe Morisot. Alors, impressionnistes ou pas ?
Gustave Caillebotte (1848-1894)
Si les sujets qu’il représente (vie urbaine, jardins, rivière, loisirs nautiques) et son traitement des reflets aquatiques se révèlent très impressionnistes, Gustave Caillebotte n’emploie pas systématiquement la touche enlevée de ses amis, qu’il mélange avec une facture réaliste, quasi photographique. Ses Raboteurs de parquet étant néanmoins refusés au Salon de 1875, il se joint à la deuxième exposition impressionniste en 1876 et co-organise celles de 1877, 1879, 1880 et 1882. Son soutien financier sera fondamental pour le groupe.
Gustave Caillebotte, Raboteurs de parquet, 1875
Une scène de la vie moderne
Dans un élégant appartement haussmannien, trois hommes s’affairent au rabotage d’un parquet. Impossible ou presque de distinguer leur visage. À genoux au milieu des copeaux de bois, l’échine courbée, ils semblent pleinement absorbés par cette tâche éreintante, qui met leur corps à rude épreuve : l’un rabote, les deux autres raclent. Peinte en 1875, cette grande toile d’1 mètre sur 1,47 mètre s’est imposée comme une icône des mouvements réaliste et impressionniste. Gustave Caillebotte (1848–1894), qui fut aussi un grand collectionneur et mécène, s’attaque à un sujet résolument moderne et audacieux pour son époque : l’univers du prolétariat urbain. Un choix qui n’a pas manqué de susciter de vives réactions chez les critiques…
huile sur toile • 102 x 147 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
Edgar Degas (1834-1917)
Edgar Degas ne se considérait pas comme un impressionniste, mais comme un réaliste ! Souvent peintes en intérieur, ses œuvres présentent une facture plus léchée, un éclairage plus feutré, et des couleurs plus sobres. Mais son intérêt pour le mouvement des chevaux et des danseuses, ainsi que ses pastels lumineux, qui brossent vivement les tutus des ballerines, le rapproche de ses amis. Il sera l'un des participants les plus assidus aux différentes expositions impressionnistes, de 1874 à 1886.
Edgar Degas, Danseuse au bouquet, saluant sur la scène, 1878
Pastel sur papier marouflé sur toile • 72 x 77,5 cm • Coll. Musée d’Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Stéphane Maréchalle
Édouard Manet (1832-1883)
S’il est considéré comme un précurseur de l’impressionnisme – l’audace de son Déjeuner sur l’herbe (1863), notamment, inspire plusieurs futurs grands noms du mouvement qui se réunissent autour de lui pour former le groupe des Batignolles –, Édouard Manet s’en éloigne par une facture plus réaliste, son usage intensif d’aplats de noir et ses couleurs plus sombres, inspirées entre autres de la peinture espagnole. Il refusera d'ailleurs de participer à l'exposition de 1874.
Édouard Manet, Le Déjeuner sur l’herbe, 1863
huile sur toile • 207 x 265 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © Bridgeman Images
Paul Cézanne (1839-1906)
Même s’il fut proche de Pissarro, Renoir, Monet et Sisley, aux côtés desquels il exposa, Paul Cézanne présente des couleurs plus sourdes et une touche plus large et moins souple, mêlées à des aplats géométriques qui le rapprochent davantage du cubisme, dont il est le grand précurseur.
Paul Cézanne, Fruits et pot de gingembre, vers 1890-1893
huile sur toile • 33 x 46 cm • Coll. musée Langmatt, Baden • © Christie’s Images Limited 2023
James Abbott McNeill Whistler (1834-1903)
Si ses vues nocturnes bleutées et embrumées, avec jeux de reflets et cadrages asymétriques japonisants le rapprochent de l’impressionnisme de Monet, l’Américain James Abbott McNeill Whistler — qui flirte davantage avec le réalisme, le préraphaélisme et le symbolisme — n’en adopte ni les couleurs, ni la touche : ses tons sont plus ternes, son dessin plus net et sa facture plus lisse.
James Abbott McNeill Whistler, Nocturne in Blue and Silver, vers 1871-1872
huile sur bois • 44,5 x 61 cm • Coll. Harvard Art Museums / Fogg Museum, Boston • © President and Fellows of Harvard College
Ses dehors tendres font oublier combien l’impressionnisme a choqué en son temps. Et ce parce que ce mouvement est plus politique qu’il n’en a l’air ! En enfreignant les règles de l’art officiel, il conteste de fait le pouvoir en place et l’ordre bourgeois. Paysans, repasseuses, canotiers… : les impressionnistes donnent aussi une visibilité inédite aux gens du peuple. En particulier l’anarchiste Pissarro, farouchement opposé au capitalisme et défenseur de l’égalité.
Camille Pissarro, La Récolte des Foins, Eragny, vers 1887
huile sur toile • 51 x 66 cm • Coll. particulière • © Bridgeman Images / Christie's
1874 : une exposition choc
Claude Monet, Impression, soleil levant, 1872
huile sur toile • 48 x 63 cm • Coll. musée Marmottan Monet, Paris
Leur style étant à l’opposé des goûts du Salon officiel, les impressionnistes désespèrent de trouver un moyen d’exposer. En 1867, Cézanne, Renoir, Bazille et Pissarro rédigent, sans succès, une pétition exigeant un Salon des refusés. Durant les réunions du groupe des Batignolles, fédéré autour de la figure de Manet, le peintre Frédéric Bazille (hélas tué lors de la guerre de 1870) lance une idée audacieuse : et s’ils organisaient leur propre exposition ? Le 15 avril 1874, la première exposition impressionniste ouvre ses portes à Paris. Très critiqué, l’événement crée une véritable onde de choc qui fera date dans l’histoire de l’art !
Le Salon officiel
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À mille lieues de l’esthétique impressionniste
À l’époque, les artistes n’ont pas d’autre choix que de faire accepter leurs tableaux par le jury du Salon officiel. Ce salon annuel conservateur privilégie la peinture d’histoire et les sujets mythologiques : des œuvres léchées et pompeuses, réalisées en atelier, dans une palette sombre à dominante brune, accrochées densément du sol au plafond dans des cadres dorés – un style avec lequel les impressionnistes sont en rupture totale ! Si le Salon de 1874 inclut quelques paysages peints dans la nature, notamment par Corot, l’œuvre qui remporte le prix de cette édition, Saint Laurent, martyr de Pierre Lehoux (1874), est à l’opposé du style impressionniste.
voir toutes les imagesCamille Cabaillot-Lassalle, Le Salon de 1874, 1874
huile sur toile • 100 x 81,5 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
Camille Cabaillot-Lassalle, Le Salon de 1874, 1874
huile sur toile • 100 x 81,5 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
31 artistes réunis boulevard des Capucines : une exposition historique
Durant un mois, 3 500 visiteurs viennent découvrir 165 œuvres de 31 artistes qui ont décidé de s’exposer eux-mêmes : un événement inédit ! Les impressionnistes (le terme n’existe pas encore) comme Monet, Morisot, Renoir, Pissarro, Sisley, Degas et Guillaumin ne représentent qu’un tiers des exposants, qui comptent aussi des peintres un peu différents, comme Zacharie Astruc et Giuseppe De Nittis, et même des artistes classiques, dont un médaillé officiel – une idée de Degas pour attirer du monde et donner de la légitimité à l’exposition ! Répartis dans sept salles, les tableaux sont accrochés de façon plus aérée qu’au Salon officiel, sur un ou deux rangs seulement. Si cet agencement novateur et l’éclairage (nocturne notamment) sont appréciés, et si l’écrivain Émile Zola loue l’audace des artistes, la presse conservatrice se déchaîne contre les peintures. De nombreux visiteurs laissent éclater des rires moqueurs et repartent furieux d’avoir déboursé un franc (le même prix d’entrée qu’au Salon officiel) pour de telles « croûtes ». Des œuvres bâclées qui, selon un journaliste outré, ont « déclaré la guerre à la beauté » !
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« Un soir avec les impressionnistes. Paris 1874 », expédition immersive en réalité virtuelle proposée par le musée d’Orsay en parallèle de l’exposition « Paris 1874. Inventer l’impressionnisme »
© EXCURIO - GEDEON Experiences / Musée d’Orsay
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Nadar, L’Atelier de Nadar au 35 boulevard des Capucines à Paris, 1872
© BnF, Paris
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Catalogue de l’exposition de 1874 de la Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs, graveurs
© BCMN / INHA
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Cham, Exposition des impressionnistes, “Une révolution en peinture ! Et qui débute en faisant de la terreur”, 1874
caricature • © Archives Charmet / Bridgeman Images
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Article de Louis Leroy sur « L’Exposition des impressionnistes » publié le 25 avril 1874 dans Le Charivari
© BHVP / Roger-Viollet
Organisé du 15 avril au 15 mai 1874, l’événement a lieu au 35 boulevard des Capucines, dans l’atelier de Nadar. À court d’argent, le célèbre photographe n’y travaille plus et le loue pour renflouer sa bourse. Ce bâtiment novateur, qui bénéficie de l’aura de son ex-occupant, correspond à l’esprit audacieux des impressionnistes : modifiée par un architecte en 1860, sa façade entièrement vitrée (et ornée de la première enseigne lumineuse de la capitale) inonde les tableaux de lumière naturelle.
7 toiles emblématiques de la première exposition impressionniste
Plusieurs œuvres de l’exposition, comme Le Berceau de Berthe Morisot, Les Coquelicots de Monet, La Loge de Renoir et Répétition d’un ballet sur la scène, le tout premier tableau de danse exposé par Degas, sont restées parmi les plus célèbres de l’impressionnisme. Provocateur par son sujet, mais aussi par sa facture tout juste esquissée, ses couleurs jugées écœurantes et sa perspective douteuse, Une moderne Olympia de Cézanne est le tableau le plus moqué, si bien qu’on craint qu’il ne soit lacéré par un visiteur hargneux. Heureusement, des sergents de ville ont été payés pour garder les œuvres !
Berthe Morisot, Le Berceau, 1872
huile sur toile • 56 x 46 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
Claude Monet, Les Coquelicots, 1873
huile sur toile • 50 × 65 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © Bridgeman Images
Auguste Renoir, La Loge, 1874
huile sur toile • 80 × 63,5 cm • Coll. Courtauld Institute, Londres
Edgar Degas, Répétition d’un ballet sur la scène, 1874
huile sur toile • 65 x 81,5 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © Bridgeman Images
Paul Cézanne, Une moderne Olympia, entre 1873 et 1874
huile sur toile • 46,2 x 55,5 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © Bridgeman Images
Camille Pissarro, Gelée blanche, 1873
huile sur toile • 65,5 x 93,2 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
Un échec financier
Les 2 359 francs de recettes sont loin de couvrir les 9 272 francs de dépenses qu’a nécessité l'organisation de cette première exposition. Criblé de dettes, Renoir propose de mettre les œuvres aux enchères lors d'une vente le 24 mars 1875 à Drouot. Malgré la vente d'Impression, soleil levant pour la somme de 800 francs, c'est un désastre : les peintures ne rapportent au total que 11 491 francs. Les prix restent très bas, et les œuvres y sont si chahutées que la police doit intervenir pour trouble à l’ordre public.
Un tableau fondateur
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Impression, soleil levant
Très esquissée, cette vue du port du Havre de Claude Monet inspire au critique Louis Leroy le titre moqueur de son article : « L'Exposition des impressionnistes » — terme ironique qui donnera finalement son nom au mouvement.
voir toutes les imagesClaude Monet, Impression, soleil levant, 1872
huile sur toile • 48 x 63 cm • Coll. musée Marmottan Monet, Paris
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Un lever du soleil saisi sur le vif
Amateur de ces instants magiques où la lumière change et modifie sensiblement notre perception d’un paysage, Monet choisit de peindre le Havre au lever du soleil. Posté à la fenêtre de sa chambre d’hôtel donnant sur le bassin de l’avant-port, il peint l’astre de face, sous la forme d’un simple disque orangé… Dont la position indique (selon une enquête du musée Marmottan publiée en 2014) que le tableau a été peint le 13 novembre 1872 à très exactement 7h35 du matin !
voir toutes les imagesClaude Monet, Impression, soleil levant (détail), 1872
huile sur toile • 48 x 63 cm • Coll. musée Marmottan Monet, Paris
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Des reflets peints en quelques touches
Des touches rapides suggèrent les reflets éphémères du soleil et du ciel à la surface de l’eau. En appliquant de petites touches sombres qui ressortent sur une surface claire semblable à un lavis et composée de couleurs pâles (rose-mauve, bleu gris, orange pâle, vert clair), Monet parvient à restituer en quelques gestes vifs la transparence et la limpidité de l’eau illuminée par les lueurs orangées de l’aube.
voir toutes les imagesClaude Monet, Impression, soleil levant (détail), 1872
huile sur toile • 48 x 63 cm • Coll. musée Marmottan Monet, Paris
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Des silhouettes esquissées
Sans se soucier de les fignoler avec précision et réalisme, Monet ne fait que suggérer les quelques barques et leurs passagers. L’artiste les campe en quelques touches sombres qui se détachent sur le fond clair, comme dans les peintures chinoises traditionnelles à l’encre de Chine ou l’arrière-plan de certaines estampes japonaises, dont l’artiste est un fervent collectionneur.
voir toutes les imagesClaude Monet, Impression, soleil levant (détail), 1872
huile sur toile • 48 x 63 cm • Coll. musée Marmottan Monet, Paris
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Un arrière-plan industriel
Alliant poésie de la nature et pollution industrielle, le peintre brosse en quelques traits les navires et les docks du Havre (des sujets d’une trivialité révolutionnaire pour l’époque) avec leurs grues obliques et leurs fumées, brouillés et presque abstraits, dans une brume bleutée. À l’issue de l’exposition, le riche collectionneur Ernest Hoschedé, ami de Monet, lui achète cette toile 800 francs – soit 3 500 euros. Un très bon prix pour l’époque, et une exception dans l’exposition de 1874 !
voir toutes les imagesClaude Monet, Impression, soleil levant (détail), 1872
huile sur toile • 48 x 63 cm • Coll. musée Marmottan Monet, Paris
Claude Monet, Impression, soleil levant, 1872
huile sur toile • 48 x 63 cm • Coll. musée Marmottan Monet, Paris
Claude Monet, Impression, soleil levant (détail), 1872
huile sur toile • 48 x 63 cm • Coll. musée Marmottan Monet, Paris
Claude Monet, Impression, soleil levant (détail), 1872
huile sur toile • 48 x 63 cm • Coll. musée Marmottan Monet, Paris
Claude Monet, Impression, soleil levant (détail), 1872
huile sur toile • 48 x 63 cm • Coll. musée Marmottan Monet, Paris
Claude Monet, Impression, soleil levant (détail), 1872
huile sur toile • 48 x 63 cm • Coll. musée Marmottan Monet, Paris
Monet, père de l’impressionnisme et précurseur de l’abstraction
Photo colorisée de Claude Monet dans son atelier de Giverny
« Le motif est quelque chose de secondaire, ce que je veux reproduire, c’est ce qu’il y a entre le motif et moi. »
© Dana Keller/The History in Color
Considéré comme le père de l’impressionnisme – dont il pose les bases dans les années 1860, quitte à se faire refuser des Salons, et sans jamais abandonner malgré une situation financière miséreuse –, Claude Monet s’impose comme son plus fameux et fidèle représentant : il est l’un des rares à ne jamais avoir abandonné ce style, dont il reste la figure emblématique. Il est aussi celui qui en poussera le plus loin les principes avec ses Nymphéas de l’Orangerie inaugurés dans les années 1920 : un chef-d’œuvre absolu qui préfigure la peinture abstraite !
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1840
Le 14 novembre, Claude Monet naît à Paris. Cinq ans plus tard, sa famille déménagera au Havre, en Normandie.
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1858
Monet rencontre Eugène Boudin et peint à ses côtés ses premiers paysages sur le motif.
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1859-1862
Monet s’installe à Paris, où il rencontre Pissarro, puis Bazille, Renoir et Sisley à l’École des beaux-arts.
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1867
Sa compagne et modèle, Camille Doncieux, donne naissance à leur fils Jean.
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1869
Aux côtés de Renoir, Monet peint les premières toiles impressionnistes.
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1870
Exilé à Londres pendant la guerre franco-prussienne, Monet y rencontre le marchand Paul Durand-Ruel.
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1874
Monet participe à l’organisation de la première exposition impressionniste à Paris et y vend Impression, soleil levant.
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1879
La mort de son épouse Camille, des suites de la naissance de leur deuxième enfant, le marque profondément.
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1883
Monet s’installe à Giverny avec sa compagne Alice Hoschedé et leurs enfants respectifs. Il achètera la maison en 1893.
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1890
Monet peint sa première vraie série, « Les Meules », et adopte définitivement cette méthode.
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1898
Dans son jardin de Giverny, Monet peint ses premiers « Nymphéas ».
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1926
Le 5 décembre, Monet meurt d’un cancer du poumon. En 1927, ses grands Nymphéas sont installés au musée de l’Orangerie.
Un peintre de la modernité : la gare Saint-Lazare
Avec Turner et Pissarro, Monet est l’un des tous premiers peintres de l’histoire à avoir représenté un train à vapeur. En 1877, il plante son chevalet en pleine gare Saint-Lazare, sous sa verrière et sur les quais, pour peindre douze toiles brossant chacune l’arrivée fracassante d’un train. Avec fougue, l’artiste restitue le mouvement éphémère des locomotives, auréolées de bouillons de vapeur qu’il étudie comme des nuages. Conquis, Émile Zola écrit : « Nos artistes doivent trouver la poésie des gares, comme leurs pères ont trouvé celle des forêts et des fleuves » !
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Claude Monet, Arrivée du train de Normandie, gare Saint-Lazare, 1877
huile sur toile • 59,6 x 80,2 cm • Coll. Art Institute, Chicago
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Claude Monet, La Gare Saint-Lazare, 1877
huile sur toile • 54,3 x 73,6 cm • Coll. National Gallery, Londres
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Claude Monet, La Gare Saint-Lazare, 1877
huile sur toile • 75 x 105 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
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Claude Monet, La Gare Saint-Lazare, arrivée d’un train, 1877
huile sur toile • 80 x 98 cm • Coll. Fogg Art Museum, Boston
Le déclic de Belle-Île
En 1886, Monet séjourne à Belle-Île-en-Mer. Inspiré par cette nature sauvage, Monet y peint six fois les « Pyramides de Port-Coton », des aiguilles rocheuses grignotées par l’écume, dont il brosse des vues plongeantes en gros plan. Les prémices de son travail en série !
Claude Monet, Les Pyramides de Port-Coton, effet de soleil, 1886
huile sur toile • 64 x 64 cm • Coll. particulière
Le saviez-vous ?
Durant ses expéditions en pleine nature, Monet devait transporter pas moins de trente kilos de matériel (chevalet, toiles, tabouret pliant…), si bien qu’il avait souvent recours à un porteur !
Le maître des séries
Monet se distingue par son adoption d’un processus particulier : la peinture en série, qui consiste à représenter un même sujet à différents moments du jour et de l’année, et par tous les temps, afin d’étudier les effets des changements de lumière et d’atmosphère sur la perception de ce même objet.
Les Meules
Entre la fin de l’été 1890 et début 1891, Monet consacre 25 tableaux à des meules de foin situées non loin de sa maison de Giverny. Rougeoyantes au soleil couchant, bleutées et vaporeuses sous la neige le matin, lumineuses ou à contre-jour… : toujours de même forme, mais de couleurs et d’aspect différents selon la lumière et la météo du moment, ces célèbres meules sont considérées comme sa première « vraie » série réalisée de façon systématique.
Claude Monet, Les Meules, 1890
huile sur toile • 73 x 92,5 cm • Coll. musée Barberini, Potsdam • © Hasso Plattner Collection
La cathédrale de Rouen
De 1892 à 1894, Monet plante son chevalet devant la cathédrale Notre-Dame de Rouen, qui lui inspire trente toiles. S’il varie les angles de vue, une grande partie des tableaux saisissent en gros plan sa façade dans différentes conditions : sous la pluie, dans le brouillard, en plein soleil, le matin, à midi ou le soir… D’une toile à l’autre, les couleurs et la netteté de l’architecture changent, le monument devenant tantôt palpable et flamboyant, tantôt flottant et insaisissable comme un nuage.
Claude Monet, La Cathédrale de Rouen. Le Portail et la Tour Saint-Romain, plein soleil, 1893
huile sur toile • 107 x 73,5 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
Le Parlement de Londres
En 1870, Monet s’exile à Londres pendant la guerre franco-prussienne. Lors d’un troisième séjour en 1901, il y peint dix-neuf vues du Parlement de Londres depuis la rive opposée de la Tamise. Nimbée par des effets d’atmosphère et de pollution urbaine, la silhouette brouillée de l’édifice y apparaît poétique, mystérieuse et changeante en fonction de l’aspect du ciel et de l’eau. Scintillantes ou fantomatiques, les vues se succèdent, à la fois semblables et toujours différentes !
Claude Monet, Londres, le Parlement. Trouée de soleil dans le brouillard, 1904
Le plus féérique
Des meules de foin aux fameux coquelicots, le musée d’Orsay recèle de nombreux chefs-d’œuvre de Claude Monet (1840–1926)… dont cette vue enchanteresse du Parlement de Londres. Depuis une terrasse située au bord de la Tamise, le célèbre père de l’impressionnisme, fidèle à sa méthode de travail en série et à ses vues saisies en plein air par touches vives, a observé ce monument par tous les temps et à tous les moments de la journée pour capturer la façon dont les effets d’atmosphère et de lumière agissent et modifient notre perception. Le bâtiment, dilué dans un brouillard irisé, n’est plus qu’une silhouette bleutée, irréelle, tandis que des papillotements de rose et d’orangé font vibrer le ciel et la surface de l’eau… Magique !
Huile sur toile • 81,5 x 92,5 cm • Musée d’Orsay, Paris • Coll. musée d'Orsay, Paris / © RMN-Grand Palais / Photo Patrice Schmidt
Les Nymphéas
C’est sa série la plus emblématique : durant les 31 dernières années de sa vie, Claude Monet consacre la somme colossale de 250 peintures aux nénuphars (dits nymphéas) de son jardin de Giverny ! Sur l’étang, surmonté du petit pont japonais ou saisis en gros plan dans des rectangles aquatiques centrés uniquement sur l’étude des fleurs et des reflets à la surface de l’eau, ces tableaux méditatifs et décoratifs aux variations infinies poussent l’impressionnisme à son paroxysme.
Claude Monet, Nymphéas, 1916-1919
Huile sur toile • 200 × 180 cm • Coll. musée Marmottan Monet, Paris
4 procédés japonisants
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Des compositions originales
Grand collectionneur d’estampes japonaises à partir de 1871, Monet abandonne la perspective classique au profit de compositions plus originales. Ses tableaux s’inspirent de plusieurs caractéristiques de l’art nippon comme la juxtaposition de plans, l’asymétrie, la présence de vides, des gros plans ou encore des vues plongeantes avec un déséquilibre parfois très marqué entre terre et ciel.
voir toutes les imagesÀ gauche, “Kameido Tenjin Keidai” de la série “Cent vues d’Edo” d’Utagawa Hiroshige, 1856. À droite, “Nénuphars et pont japonais” de Claude Monet, 1899
Grand collectionneur d’estampes japonaises à partir de 1871, Monet abandonne la perspective classique au profit de compositions plus originales. Ses tableaux s’inspirent de plusieurs caractéristiques de l’art nippon comme la juxtaposition de plans, l’asymétrie, la présence de vides, des gros plans ou encore des vues plongeantes avec un déséquilibre parfois très marqué entre terre et ciel.
Coll. Brooklyn Museum, New York. Coll. Princeton University Art Museum
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La poésie de l’éphémère
Monet se rapproche des maîtres de l’estampe japonaise en représentant des éléments éphémères de la nature, comme les saisons qui passent, la fugacité d’un rayon de soleil, d’un nuage, d’une bourrasque ou d’un reflet sur l’eau. Comme eux, Monet saisit la fragilité des végétaux, qu’il représente avec une fibre décorative, qu’il s’agisse d’un rideau de feuilles de saule au premier plan, ou d’une rangée de peupliers en ombres chinoises.
voir toutes les imagesÀ gauche, “Hirondelles et martin-pêcheurs aux roses mauves” d’Utagawa Hiroshige, vers 1838. À droite, “Nymphéas, le soir” de Claude Monet, 1897
Coll. The Metropolitan Museum of Arts, New York. Coll. musée Marmottan Monet, Paris • © MET. © Bridgeman Images
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Le travail en série
Les séries de Monet, représentant un même sujet sous plusieurs angles et à diverses saisons et moments du jour, rappellent plusieurs ensembles d’œuvres mythiques de l’art nippon, comme les « Trente-six vues du mont Fuji » (1829-1833) d'Hokusai, et les « Cent vues célèbres d’Edo » (1856-1858) d’Hiroshige, qui capturent les mille facettes d’une même montagne et d’une même ville, du printemps fleuri aux neiges de l’hiver.
voir toutes les imagesÀ gauche, “Vent du sud, temps clair” de la série “Trente-six vues du mont Fuji” d’Hokusai, vers 1830. À droite, “Meules, fin de l’été” de Claude Monet, 1891
Coll. musée d'Orsay, Paris
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Des formats décoratifs et méditatifs
Tandis que d’autres impressionnistes, comme Pissarro, réalisent même des éventails, Monet adopte des formats inspirés des arts décoratifs japonais : ses tableaux panoramiques allongés évoquent des paravents, et ses peintures rondes (qui réactivent le format tondo utilisé à la Renaissance italienne) des ombrelles. Ces formats offrent des « zooms » méditatifs sur la végétation et sur l’eau – une poésie du fragment qui évoque celle des haïkus, petits poèmes japonais tenant en quelques mots !
voir toutes les imagesÀ gauche, un paravent “Éventails au-dessus des vagues”, milieu du XVIIe siècle. À droite, “La Japonaise, madame Monet en costume japonais” de Claude Monet, 1876
Coll. The Metropolitan Museum of Arts, New York / Coll. Museum of Fine Arts, Boston • © MET. © Bridgeman Images
À gauche, “Kameido Tenjin Keidai” de la série “Cent vues d’Edo” d’Utagawa Hiroshige, 1856. À droite, “Nénuphars et pont japonais” de Claude Monet, 1899
Grand collectionneur d’estampes japonaises à partir de 1871, Monet abandonne la perspective classique au profit de compositions plus originales. Ses tableaux s’inspirent de plusieurs caractéristiques de l’art nippon comme la juxtaposition de plans, l’asymétrie, la présence de vides, des gros plans ou encore des vues plongeantes avec un déséquilibre parfois très marqué entre terre et ciel.
Coll. Brooklyn Museum, New York. Coll. Princeton University Art Museum
À gauche, “Hirondelles et martin-pêcheurs aux roses mauves” d’Utagawa Hiroshige, vers 1838. À droite, “Nymphéas, le soir” de Claude Monet, 1897
Coll. The Metropolitan Museum of Arts, New York. Coll. musée Marmottan Monet, Paris • © MET. © Bridgeman Images
À gauche, “Vent du sud, temps clair” de la série “Trente-six vues du mont Fuji” d’Hokusai, vers 1830. À droite, “Meules, fin de l’été” de Claude Monet, 1891
Coll. musée d'Orsay, Paris
À gauche, un paravent “Éventails au-dessus des vagues”, milieu du XVIIe siècle. À droite, “La Japonaise, madame Monet en costume japonais” de Claude Monet, 1876
Coll. The Metropolitan Museum of Arts, New York / Coll. Museum of Fine Arts, Boston • © MET. © Bridgeman Images
Les Nymphéas de l’Orangerie, « la chapelle Sixtine de l’impressionnisme »
Réduits à quelques touches, des nénuphars flottent sur une surface aquatique dans laquelle se reflètent le ciel et les nuages… Composée de huit panneaux concaves et panoramiques de 17 mètres de long (soit 200 m² de surface peinte), accrochés en cercle dans deux salles ovales aux murs blancs bâties spécialement pour eux, cette installation a été conçue par l’artiste comme une bulle méditative. C’est Georges Clémenceau qui a encouragé Monet à réaliser ce chef-d’œuvre, et négocié avec l’État pour mener à bien le projet. En 1922, le peintre promet d’offrir l’ensemble, débuté en 1914, à la France pour fêter la paix retrouvée. Mais, devenu presque aveugle, il en repousse le rendu. Le tout n’est installé qu’en 1927, six mois après sa mort, dans le nouveau musée de l’Orangerie. Surnommés « la chapelle Sixtine de l’impressionnisme » par André Masson, ces Nymphéas annoncent aussi bien la peinture abstraite que le white cube, l’art immersif et l’art de l’installation de nos musées contemporains !
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Claude Monet, Nymphéas, effet du soir, 1897
huile sur toile • 73 × 100 cm • Coll. musée Marmottan Monet, Paris • © Bridgeman images
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Vue de la salle des “Nymphéas” au musée de l’Orangerie, Paris.
Photo tomagarnier
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Claude Monet travaillant sur les monumentales “Nymphéas” dans son atelier de Giverny, 1918
© PVDE/Bridgeman images
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Vue du “pont japonais” situé dans le jardin de la maison de Claude Monet à Giverny
© Fondation Claude Monet, Giverny / Droits réservés
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Vue de la salle des “Nymphéas” au musée de l’Orangerie, Paris
Photo becinereb
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Claude Monet, Le Matin aux saules (détail), 1914-1926
trois panneaux à l'huile accolés sur toile marouflée sur le mur • 200 x 1275 cm • Coll. musée de l'Orangerie, Paris • Photo Sophie Crépy
Diagnostiquée en 1912, la double cataracte dont souffre Monet (une opacification du cristallin entraînant une altération de la vision des deux yeux) se détecte dans ses œuvres dès 1908. Désespéré, l’artiste voit bleu et ne perçoit plus les autres couleurs. Ses tableaux sont de plus en plus brouillés, esquissés et proches de l’abstraction. Sortis à tâtons du tube, le rouge et le jaune y sont plus stridents. Malgré une opération réalisée en 1923, il devient finalement aveugle en 1926, juste avant sa mort.
Les femmes de l'impressionnisme à l'avant-garde
Berthe Morisot, Autoportrait (détail), 1885
huile sur toile • 73 x 63,5 cm • Coll. musée Marmottan Monet, Paris • © Bridgeman Images
Jusqu’en 1897, l’École des beaux-arts refuse d’accueillir le « deuxième sexe ». Il est mal vu pour une femme d’être peintre : il lui faut lutter pour le devenir, et être appréciée à sa juste valeur. Mais l’impressionnisme, en tant que mouvement non conventionnel, qui prend le quotidien comme sujet en se passant de l’atelier, du modèle nu et de l’enseignement académique, offre aux femmes un espace de liberté inédit. Si seules trois femmes impressionnistes sont véritablement devenues célèbres, de nombreuses autres, plus méconnues, ont embrassé ce style et continuent d’être redécouvertes.
Trois pionnières
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Berthe Morisot, la fondatrice
Rebelle et déterminée, Berthe Morisot (1841-1895) fut non seulement la première femme impressionniste, mais aussi l’une des figures fondatrices (et les plus talentueuses) du mouvement. Contre les attentes de son milieu bourgeois, elle se met à peindre en plein air dès 1863. Admirée par ses homologues, elle est l’une des rares à ne jamais avoir dévié de ce style, et a participé à chaque exposition du groupe, sauf celle de 1879. En intérieur ou dans un écrin de verdure, elle saisit au vol l’intimité mélancolique des femmes et des enfants de son entourage en un ballet de touches libres et lumineuses.
voir toutes les imagesBerthe Morisot, Chasse aux papillons, 1874
huile sur toile • 46 x 56 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © Bridgeman Images
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Mary Cassatt, l’Américaine
Malgré un style très novateur, Mary Cassatt (1844-1926) est longtemps restée dans l’ombre des autres peintres, tout en jouant de son vivant un grand rôle dans la diffusion de l’impressionnisme aux États-Unis. Déçue par les Beaux-Arts de Philadelphie, elle se rend en Europe dès 1868, et s’installe à Paris en 1874. Cette militante féministe au fort tempérament, admiratrice de Manet et de Degas, est la seule Américaine à avoir exposé avec les impressionnistes : au sein de l’exposition de 1879, elle présente l’un de ses chefs-d’œuvre, l’éclatante et effrontée Petite fille dans un fauteuil bleu.
voir toutes les imagesMary Cassatt, Petite fille dans un fauteuil bleu, 1878
huile sur toile • 89,5 × 129,8 cm • Coll. National Gallery of Art, Washington
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Marie Bracquemond, l’occultée
Longtemps éclipsée par son mari graveur, Félix, qui finira par la pousser à abandonner la peinture en 1890, Marie Bracquemond (1840-1916) n’a été vraiment reconnue qu’au XXIe siècle. Peintre de paysages et de portraits, aquafortiste et céramiste, cette élève d’Ingres participe aux expositions impressionnistes de 1879, 1880 et 1886. Peints par petites touches resserrées qui annoncent le divisionnisme, ses étonnants et vibrants Sous la lampe (1877) et Sur la terrasse à Sèvres (1880) mettent en scène des personnages qui semblent s’ennuyer, ne pas parvenir à communiquer, et rêver d’un ailleurs inaccessible…
voir toutes les imagesMarie Bracquemond, Sous la lampe, 1887
huile sur toile • 68,5 × 113 cm • Coll. particulière
Berthe Morisot, Chasse aux papillons, 1874
huile sur toile • 46 x 56 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © Bridgeman Images
Mary Cassatt, Petite fille dans un fauteuil bleu, 1878
huile sur toile • 89,5 × 129,8 cm • Coll. National Gallery of Art, Washington
Marie Bracquemond, Sous la lampe, 1887
huile sur toile • 68,5 × 113 cm • Coll. particulière
Le saviez-vous ?
C’est une peinture perdue de Berthe Morisot représentant un nénuphar, datée de 1887 et illustrant un recueil de Stéphane Mallarmé, qui aurait fait naître chez Monet sa passion pour les nymphéas !
Dès leur rencontre au Louvre en 1868, Berthe Morisot et Édouard Manet sont séduits l’un par l’autre et deviennent amis pour la vie. Furent-ils amants ? Mystère… Quoi qu’il en soit, c’est son frère Eugène qu’elle épousera. Édouard fait d’elle une douzaine de portraits (jamais il n’a autant peint une même femme !), la conseille et l’encourage, mais Berthe ne sera jamais son élève. En 1869, il retouche abusivement l’un de ses tableaux, qu’il remet lui-même au jury du Salon de 1870. Blessée dans son orgueil, elle prie pour que l’œuvre ne soit pas reçue. Très vite, la jeune femme s’éloigne de l’influence de son ami pour développer son propre style, préférant la luminosité du blanc à ses aplats noirs. C’est même elle qui aurait converti le peintre au plein air dans les toutes dernières années de sa vie, le poussant à adopter une touche plus claire et enlevée. Peu avant sa mort, l’artiste peint ainsi Jeune fille au jardin de Bellevue (1880) et Un coin du jardin de Bellevue (1880), des tableaux qui le rapprochent du style de Berthe !
Édouard Manet, À gauche, “Berthe Morisot au bouquet de violettes”, 1872. À droite, “Autoportrait à la palette”, 1879
huiles sur toile • 55,5 x 40,5 cm / 83 x 67 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris. Coll. particulière
Quatre femmes impressionnistes méconnues
Moins célèbres que Morisot, Cassatt et Bracquemond, d’autres peintres de talent, réhabilitées petit à petit par des expositions mais encore méconnues car longtemps oubliées ou invisibilisées, ont adopté à leur manière le style impressionniste. En voici quatre originaires d’Europe qui méritent leur place dans l'histoire !
Eva Gonzalès (1847-1883)
Française issue d’une famille bourgeoise d’origine espagnole, cette élève d’Édouard Manet expose d’abord au Salon des œuvres proches du style de ce dernier, avec des aplats noirs, représentant des femmes et des scènes de vie mondaine. L’influence de ses amis impressionnistes se ressent de plus en plus dans ses tableaux qui affichent petit à petit une touche plus enlevée et des couleurs plus claires. Malheureusement, l’artiste décède d’une embolie à seulement 36 ans…
Eva Gonzalès, Une loge aux Italiens, 1874
huile sur toile • 97,7 x 130 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © Bridgeman Images
Anna Boch (1848-1936)
C’est elle qui a acheté la seule toile jamais vendue par Vincent van Gogh de son vivant ! Mais Anna Boch n’est pas qu’une collectionneuse audacieuse. Riche héritière d’une faïencerie, cette talentueuse impressionniste et néo-impressionniste belge, membre des cercles belges des XX et de La Libre Esthétique, a peint de nombreuses toiles lumineuses sur le motif, le plus souvent en plein air et inondées de soleil, notamment sur les côtes normandes et bretonnes.
Anna Boch, Chaumière en Flandre, 1891
huile sur toile • 75,5 x 107 cm • Coll. Lucien Arkas • © Hadiye Cangokce
Louise Catherine Breslau (1856-1927)
Aujourd’hui méconnue, cette artiste suisse-allemande installée à Paris et élève de l’Académie Julian dès son ouverture aux femmes en 1876, est pourtant devenue célèbre dès l’âge de 30 ans : elle obtient des médailles d’or aux Expositions universelles et même la Légion d’honneur ! Ses portraits de femmes et d’enfants comme Sous les pommiers (1886) et La Toilette (1898) – ce dernier évoquant beaucoup Femme à sa toilette de Berthe Morisot (1875-1880) – affichent un savant mélange de réalisme et d’impressionnisme.
Louise Catherine Breslau, Chez soi ou Intimité, 1885
huile sur toile • 127 x 154 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © Bridgeman Images
Anna Ancher (1859-1935)
Cette peintre danoise associée aux artistes scandinaves du groupe de Skagen, sa ville natale, s’est illustrée par ses scènes d’intérieur et de vie quotidienne aux contrastes marqués et aux coloris éclatants. Si sa touche n’est pas aussi enlevée que celle de Berthe Morisot, les marques de pinceau et l’importance de l’étude de la lumière (ombres de feuillages, projection d’un cadre de fenêtre, rayon de soleil…) dans ses toiles soulignent une profonde influence impressionniste.
Anna Ancher, Les Funérailles, 1891
huile sur toile • 103,5 x 124,5 cm • Coll. Statens Museum for Kunst, Copenhague • © Bridgeman Images
Des émules en Amérique du Nord
D’autres femmes artistes d’Amérique du Nord suivent les traces de Mary Cassatt. Parmi elles, les Américaines Lilla Cabot Perry (1848-1933) et Cecilia Beaux (1855-1942), peintres de portraits et de paysages, et la Canadienne Laura Muntz Lyall (1860-1930), installée à Paris pendant les années 1890, qui fonde un atelier à Toronto en 1898 et gagne des médailles avec ses représentations de femmes et d’enfants. Leurs œuvres se distinguent de l’impressionnisme français par un style plus réaliste, avec une touche moins enlevée, une palette moins claire et des figures plus détaillées.
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Lilla Cabot Perry, Mother and Child Reading, 1900
huile sur toile • 101,6 x 76,2 cm • Coll. David David Gallery, Philadelphie • © Bridgeman Images
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Cecilia Beaux, Sita et Sarita, entre 1893 et 1894
huile sur toile • 94,5 x 63,5 cm. • Coll. musée d'Orsay, Paris • © Bridgeman Images
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Mary Cassatt, Le Bain (Two mothers and their children in a boat), 1910
huile sur toile • 99 x 129 cm • Coll. Petit Palais, Paris • Paris Musées
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Laura Muntz Lyall, Interesting Story, 1898
huile sur toile • 81,3 x 100,3 cm • Coll. Art Gallery of Ontario, Toronto • © AGO
Dans ce mouvement rebelle qui sort du carcan bourgeois, tout en considérant comme importants des sujets et médiums jugés « féminins » et « mineurs » par l’art officiel (pastel, aquarelle, scènes du quotidien, fleurs, portraits de femmes et d’enfants), les artistes femmes trouvent une liberté inédite, et sont mieux acceptées par leurs homologues masculins que chez les académiques. Degas, Renoir, Monet et Pissarro exposent ainsi fièrement au côté de Berthe Morisot, l’admirent et lui achètent des œuvres. Il reste cependant plus difficile pour les femmes de s’imposer que les hommes : Berthe (qui a dû se battre pour cela) reste la seule à avoir été traitée avec autant d’équité !
Berthe Morisot, Julie Manet et sa levrette Laërte, 1893
Huile sur toile • 73 x 80 cm • Coll. Musee Marmottan Monet, Paris • © Bridgeman Images
L’enfance au naturel
Les femmes impressionnistes ont accordé une importance particulière à l’enfance, dont elles offrent des représentations vivantes et naturelles, ni moralisatrices, ni idéalisées. Bébé dans son berceau, mère baignant son bambin, enfants jouant dans le jardin, faisant des pâtés de sable, nourrissant les canards ou cueillant des cerises… Les artistes femmes explorent à l’envi ce sujet, leurs propres enfants et ceux de leur entourage constituant pour elles des modèles particulièrement accessibles, qui leur permettent de concilier facilement leur art et leur quotidien.
Mary Cassatt, Femme et enfant devant une tablette où sont posés un broc et une cuvette, 1889
pastel sur papier beige • 65 x 50 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowski / presse
Berthe Morisot, Le Berceau, 1872
Une maternité impressionniste
Le Berceau est assurément l’un des tableaux les plus célèbres de Berthe Morisot (1841–1895). Dans ce huis clos plein de douceur, l’artiste représente sa sœur, Edma, veillant tendrement sur son bébé. Peinte en 1872, l’œuvre est présentée pour la première fois lors de l’exposition des impressionnistes inaugurale à Paris en 1874. L’artiste est alors la seule femme à y prendre part. Il s’agit de la première image de maternité dans l’œuvre de Morisot, qui en fera par la suite l’un de ses thèmes de prédilection.
huile sur toile • 56 x 46 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
Berthe Morisot, L’Enfant à la poupée ou Intérieur de cottage, 1886
Julie Manet, une muse en herbe
1886, Jersey. Pour leurs vacances d’été, Berthe Morisot (1841–1895) et son époux Eugène Manet (le frère d’Édouard), ont loué un ravissant cottage sur l’île anglo-normande. Près de la fenêtre, leur fille Julie, âgée de sept ou huit ans, joue avec sa poupée. Sa mère la surprend et la saisit en pleines confidences, sa touche libre esquissant rapidement les détails, brossant le drapé de la table dressée, blanche comme les robes des protagonistes. Une mise en abyme de la relation maternelle qui amuse l’artiste, follement éprise de sa fille qu’elle représentera sur au moins 70 tableaux. « Tu ne m’as pas causé un chagrin dans ta petite vie », lui écrira-t-elle tendrement en 1895, juste avant sa mort, quittant sa Julie alors que celle-ci n’est encore qu’une adolescente de 16 ans.
Huile sur toile • 50 x 60 cm • © Musée d’Ixelles, Bruxelles
Berthe Morisot, Femme et enfant au balcon, 1871-1872
Huile sur toile • 61 x 50 cm • Coll. Bridgestone Museum of Art, Ishibashi Foundation, Tokyo • © Tokyo Fuji Art Museum/Bridgeman Images / Service presse
Berthe Morisot, Eugène Manet avec sa fille à Bougival, vers 1881
Huile sur toile • 73 x 92 cm • Coll. Musee Marmottan Monet, Paris • © Bridgeman Images
Female gaze : des femmes peintes par des femmes !
À l’opposé des femmes nues et fantasmées de la peinture officielle, les femmes impressionnistes innovent en représentant de vraies femmes, naturelles et saisies dans leur quotidien. Loin d’être niaises, elles sont souvent mélancoliques et pensives, comme si elles réfléchissaient à leur condition. Dans Le Berceau de Berthe Morisot, la sœur de l’artiste, Edma, qui a abandonné la peinture pour se marier, pose un regard ambigu sur son bébé. La tête dans sa main, un peu lasse, elle ne sourit pas. À sa tendresse semble se mélanger une pointe de fatigue, d’ennui, voire même de regret…
Un mouvement au succès planétaire
Claude Monet, Antibes, 1888
huile sur toile • 65,5 x 92,4 cm • Coll. Courtauld Institute, Londres • © The Courtauld, Londres (Samuel Courtauld Trust)
Les impressionnistes ont réussi un véritable tour de force : incompris et moqués durant des décennies, ils ont persévéré jusqu’à ce que leur mouvement devienne finalement l’un des plus appréciés et des plus populaires de toute l’histoire de l’art. Non contents d’avoir fait d’innombrables émules dans le monde et ouvert la voie à toutes les avant-gardes, les impressionnistes continuent d’inspirer de nombreuses recherches et expositions. Et d’enchanter le public aux quatre coins du globe !
L’Angleterre
Dans les années 1880, de nombreux peintres anglais se sont inspirés des impressionnistes français, souvent après un voyage dans l’Hexagone. On retient notamment John Singer Sargent (Américain installé en Angleterre en 1886) et certains élèves de Whistler, tels Philip Wilson Steer et Walter Sickert qui, rejetés par l’Académie royale, organisent l’exposition « London Impressionists » en 1889. D’un enfant en robe blanche dans un jardin fleuri, à une chambre de prostituée dans un quartier ouvrier de Londres, leur approche du quotidien prend de multiples formes.
John Singer Sargent, Carnation, Lily, Lily, Rose, 1885-1886
Coll. Tate, Londres
Le Canada
De nombreux peintres canadiens, venus se former en France dans les années 1880-1890, ont exporté l’impressionnisme outre-Atlantique pour l’adapter aux paysages enneigés, aux lacs miroitants et aux forêts rougeoyantes de leur pays natal. Parmi eux, Paul Peel, Helen McNicoll, James Wilson Morrice, William Blair Bruce, Clarence Gagnon, Laura Muntz Lyall, Maurice Cullen, ou encore Lawren Harris. Ce dernier évoluera vers un autre style, celui du Groupe des sept, qui provoquera l’effacement de l’impressionnisme canadien au début du XXe siècle.
Lawren Harris, Spruce and Snow, Northern Ontario, 1916
huile sur toile • 102,3 x 114,3 cm • Coll. Art Gallery of Ontario, Toronto • © Bridgeman Images
Les États-Unis
Entre 1887 et 1914, de nombreux impressionnistes américains s’installent à Giverny, près de la maison de Claude Monet. En parallèle, des années 1890 aux années 1910, des colonies d’impressionnistes fleurissent dans plusieurs états outre-Atlantique. Frank Weston Benson, Childe Hassam, Theodore Robinson, John Henry Twachtman, William Merritt Chase, Richard E. Miller… Ces artistes peignent aussi bien la vie citadine et industrielle que les paysages ruraux et des scènes d’intérieur intimistes.
John Henry Twachtman, The White Bridge, vers 1895
Huile sur toile • 75 x 75 cm • Coll. The Art Institute, Chicago • © Bridgeman Images
La Scandinavie
Peinte dans la lumière diffuse et bleutée d’un soir d’été, Soirée calme sur la plage de Skagen (1893) de Peder Severin Krøyer est l’un des exemples les plus connus de l’impressionnisme scandinave, très porté sur les effets subtils de lumière. Mais le peintre danois affiche une touche plus lisse et moins enlevée que celle de Monet. Ses tableaux le rapprochent aussi du luminisme, du réalisme et du symbolisme. Le Suédo-Finlandais Berndt Lindholm, le Norvégien Erik Werenskiold, la Danoise Anna Ancher, le Finlandais Victor Westerholm et le Suédois Anders Zorn s’inscrivent également, chacun à leur manière, dans cette filiation impressionniste.
Peder Severin Krøyer, Soirée calme sur la plage de Skagen, Sønderstrand, 1893
Skagens Kunstmuseer
La Belgique
La peinture belge influencée par l’impressionnisme a donné lieu à un courant spécifique : le luminisme. De nombreux artistes comme Alfred Stevens, Georges De Geetere, Anna Boch, Guillaume Vogels, Émile Claus, Albert Baertsoen et Ferdinand Willaert adoptent une touche déliée et fractionnée, une palette ensoleillée et une passion pour la lumière qui les rapprochent de leurs modèles français. Mais leurs tableaux s’en distinguent par une plus grande part de réalisme, et par une influence du néo-impressionnisme – en particulier du pointillisme.
Alfred Stevens, Fille en robe blanche reposant sur un canapé, non daté
huile sur toile • Coll. particulière • © Bridgeman Images
L’Allemagne
Un style « plein air » allemand se développe, incarné notamment par Max Slevogt, qui a étudié la peinture à l’Académie Julian à Paris, ou encore Lovis Corinth et Max Liebermann. Ces artistes aux coups de pinceau énergiques adoptent une palette un peu moins lumineuse que les impressionnistes français, tout en s’inspirant aussi beaucoup de Van Gogh et des fauves pour ce qui est des gestes et des compositions.
Max Slevogt, Garten in Godrammstein mit Verwachsenem Baum und Weiher, 1910
huile sur toile • 100 x 81 cm • Coll. particulière • © Bridgeman Images
L’Espagne
Connu pour ses lumineuses scènes de loisirs et de pêche peintes sur les plages espagnoles ensoleillées – des tableaux irradiés de lumière, dominés par le sable jaune, une mer limpide et la blancheur des voiles des bateaux et des robes estivales – le natif de Valence Joaquín Sorolla (1863-1923) développe son propre style, à la fois inclassable, et partiellement influencé par les impressionnistes français.
Joaquín Sorolla y Bastida, Las Velas, 1916
huile sur toile de lin • 75 x 90 cm • Coll. Museo Sorolla, Madrid • © Bridgeman Images
L’Italie
Plusieurs Italiens installés à Paris, tels Federico Zandomeneghi et Giuseppe De Nittis, participent directement au mouvement impressionniste dans le sillage de Degas. Influencé par les gestes vifs des impressionnistes et leur usage intensif du blanc, le peintre mondain Giovanni Boldini s’exprime, quant à lui, par le biais de coups de pinceau énergiques et lumineux, qui font de ses portraits de femmes, vêtues de soie et de plumes, de véritables feux d’artifice. Des toiles partiellement esquissées pour un effet vivant.
Giovanni Boldini, Conversation au café, 1879
Huile sur bois • © Francesca Dini Archive, Florence
La Russie
La Russie a également connu plusieurs peintres impressionnistes, dont Constantin Korovine (qui, très inspiré par un séjour à Paris, abandonne le réalisme pour des juxtapositions de touches et d’aplats énergiques aux couleurs lumineuses), mais aussi Valentin Serov, Piotr Kontchalovski, Nikolaï Fechine et Vladimir Baranov-Rossiné. Leurs couleurs et leur touche les différencient cependant des impressionnistes français pour les rapprocher des néo-impressionnistes.
Piotr Kontchalovski, Un bouquet de lilas, 1950
huile sur toile • 79×104 cm • Coll. musée des Beaux-Arts d'Etat, Nijni Novgorod • © Bridgeman Images
Les néo-impressionnistes
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Le divisionnisme, ou « pointillisme »
Admirateur de Claude Monet, Georges Seurat souhaite dépasser l’impressionnisme. Dans les années 1880, il décide de pousser plus loin la division des couleurs appuyée sur la théorie de Chevreul [lire plus haut]. Suivi par des artistes comme Paul Signac et Henri-Edmond Cross, il développe un style très minutieux qui consiste à juxtaposer de petits points ou miettes de couleur pure afin que le mélange optique se fasse entièrement dans l’œil du spectateur. En résultent des toiles colorées, lumineuses et festives semblables à des nuages de confettis !
voir toutes les imagesGeorges Seurat, Un Dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte, 1884-1886
Huile sur toile • 207,6 × 308 cm • Coll. Art Institute of Chicago
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Le fauvisme
Au Salon d’Automne de 1905, les fauves font scandale avec leurs larges aplats de couleurs pures et stridentes. Visages verts, troncs d’arbres rouge sang… Si leurs œuvres bousculent davantage la perspective sous l’influence de Cézanne, et comportent des couleurs encore plus osées qui ne correspondent pas à celles de la nature, elles s’inscrivent dans la continuation de l’audace impressionniste – les premières expérimentations de Maurice de Vlaminck et André Derain prenant d’ailleurs place à Chatou, l’île des impressionnistes, avant qu’Henri Matisse ne convertisse Derain au soleil de Collioure.
voir toutes les imagesMaurice de Vlaminck, Restaurant de la Machine à Bougival, vers 1905
huile sur toile • 60 x 81,5 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © Bridgeman Images / © Adagp, Paris 2024
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Les Nabis
Disciples de Paul Gauguin (lui-même précurseur du fauvisme), les Nabis Paul Sérusier, Pierre Bonnard, Maurice Denis, Ker-Xavier Roussel, Paul-Élie Ranson et Édouard Vuillard s’inscrivent dans le postimpressionnisme. Si leur besoin d’un retour à l’imaginaire, ainsi que leur recours à des assemblages d’aplats de couleurs cernés de noir évoquant l’art du vitrail rompent avec les impressionnistes, ils possèdent le même goût que ces derniers pour les estampes japonaises, les couleurs lumineuses et le potentiel décoratif des couleurs et des formes.
voir toutes les imagesPaul Sérusier, Le Talisman, dit aussi Paysage au Bois d’Amour, 1888
huile sur bois • 27 x 21,5 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © RMN-GP / Hervé Lewandowski
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Vincent van Gogh
Avec ses couleurs éclatantes animées par une touche ondulante et tournoyante, Van Gogh développe dans les années 1880 un style unique qui ne le rattache à aucune école, si ce n’est la vaste mouvance postimpressionniste. Si ses tableaux opposent à l’étude précise des effets de lumière et d’atmosphère une transformation radicale de la nature mue par une vision mystique du monde, le peintre retient néanmoins des impressionnistes l’amour de la peinture en plein air et de l’art japonais, ainsi que l’idée selon laquelle un tableau doit exprimer les impressions personnelles de l’artiste face à la nature.
voir toutes les imagesVincent van Gogh, Le Semeur au soleil couchant, 1888
La plus provençale
Au loin, on entendrait presque les cigales chanter ! Attiré par la lumière provençale, Vincent van Gogh (1853–1890) quitte Paris et s’installe à Arles en 1888. Le soleil du sud lui inspire alors des tableaux aux couleurs franches, où l’astre occupe une place singulière, comme avec ce Semeur au soleil couchant. Inspiré par Le Semeur (1850) de Jean-François Millet (à qui l’artiste, fasciné par le monde paysan, vouait une grande admiration), il laisse ici exploser la lumière et s’embraser les champs de blés. « Ah, ceux qui ne croient pas au soleil d’ici sont bien impies », écrira d’ailleurs l’artiste.
Huile sur toile • 64 x 80,5 cm • Coll. Kröller-Müller Museum, Otterlo
Georges Seurat, Un Dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte, 1884-1886
Huile sur toile • 207,6 × 308 cm • Coll. Art Institute of Chicago
Maurice de Vlaminck, Restaurant de la Machine à Bougival, vers 1905
huile sur toile • 60 x 81,5 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © Bridgeman Images / © Adagp, Paris 2024
Paul Sérusier, Le Talisman, dit aussi Paysage au Bois d’Amour, 1888
huile sur bois • 27 x 21,5 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © RMN-GP / Hervé Lewandowski
Vincent van Gogh, Le Semeur au soleil couchant, 1888
La plus provençale
Au loin, on entendrait presque les cigales chanter ! Attiré par la lumière provençale, Vincent van Gogh (1853–1890) quitte Paris et s’installe à Arles en 1888. Le soleil du sud lui inspire alors des tableaux aux couleurs franches, où l’astre occupe une place singulière, comme avec ce Semeur au soleil couchant. Inspiré par Le Semeur (1850) de Jean-François Millet (à qui l’artiste, fasciné par le monde paysan, vouait une grande admiration), il laisse ici exploser la lumière et s’embraser les champs de blés. « Ah, ceux qui ne croient pas au soleil d’ici sont bien impies », écrira d’ailleurs l’artiste.
Huile sur toile • 64 x 80,5 cm • Coll. Kröller-Müller Museum, Otterlo
En diffusant l’impressionnisme à l’international dès la fin du XIXe siècle, les marchands Paul Durand-Ruel et Georges Petit ont fait décoller sa cote, qui reste toujours prospère aujourd’hui. En novembre 2023, un tableau tardif de Claude Monet, Bassin aux nymphéas (1917–1919), s’envolait à 74 millions de dollars à New York. Ce succès commercial va de pair avec une immense popularité auprès du public. En 2010, la rétrospective « Claude Monet » au Grand Palais a connu un record d’affluence avec 900 000 visiteurs. En 2023, l’exposition « Monet en pleine lumière » au Grimaldi Forum de Monaco a, quant à elle, rassemblé 120 000 visiteurs, soit plus de 2 000 visiteurs par jour en moyenne – un record historique pour ce musée.
Enchère du “Grand Canal” de Claude Monet par Sotheby’s Londres. Le tableau a été vendu 21£ millions, 3 février 2015
© Stephen Chung / Alamy / Hemis
4 artistes contemporains dans le sillage des impressionnistes
Aux XXe et XXIe siècle, l'impressionnisme continue d'infuser la peinture à travers des œuvres abstraites, gorgées de lumière ou méditatives. Focus sur quatre artistes majeurs profondément influencés par le mouvement.
La plus expressionniste : Joan Mitchell
Comme l’a démontré l’exposition « Monet/Mitchell » présentée en 2022-2023 à la fondation Louis Vuitton, l’expressionniste américaine Joan Mitchell (1925-1992), installée à Vétheuil en 1968, s’est beaucoup inspirée de Monet et des impressionnistes. Des points de convergence émergent : l’omniprésence de la nature, le flottement entre figuration et abstraction, certaines couleurs, et des gestes énergiques, transmetteurs d’émotions. Sauf qu’au lieu de représenter son ressenti face à la nature, Mitchell exprime ses sentiments intérieurs sous forme de paysages !
Joan Mitchell, La Grande Vallée
1. La plus expressionniste : Joan Mitchell
Comme l’a démontré l’exposition « Monet/Mitchell » présentée en 2022–2023 à la fondation Louis Vuitton, l’expressionniste américaine Joan Mitchell (1925–1992), installée à Vétheuil en 1968, s’est beaucoup inspirée de Monet et des impressionnistes. Des points de convergence émergent : l’omniprésence de la nature, le flottement entre figuration et abstraction, certaines couleurs, et des gestes énergiques, transmetteurs d’émotions. Sauf qu’au lieu de représenter son ressenti face à la nature, Mitchell exprime ses sentiments intérieurs sous forme de paysages !
La Grande Vallée (détail), 1983, huile sur toile • © Fondation Joan Mitchell
Le plus pop : David Hockney
Bien que connu pour ses piscines californiennes aux lignes nettes, le peintre britannique David Hockney (né en 1937) est de plus en plus influencé par les impressionnistes. Installé en Normandie depuis 2019, l’artiste, sur toile ou sur iPad, utilise comme eux une palette vive et lumineuse (mais aussi plus stridente et pop) et des gestes vifs pour représenter la campagne au rythme des saisons, l’herbe verdoyante, les meules de foin, la neige et les arbres en fleurs. En 2021-2022, il a même exposé au musée de l’Orangerie, en contrepoint des Nymphéas !
David Hockney, Jardin
2. Le plus pop : David Hockney
Bien que connu pour ses piscines californiennes aux lignes nettes, le peintre britannique David Hockney (né en 1937) est de plus en plus influencé par les impressionnistes. Installé en Normandie depuis 2019, l’artiste, sur toile ou sur iPad, utilise comme eux une palette vive et lumineuse (mais aussi plus stridente et pop) et des gestes vifs pour représenter la campagne au rythme des saisons, l’herbe verdoyante, les meules de foin, la neige et les arbres en fleurs. En 2021–2022, il a même exposé au musée de l’Orangerie, en contrepoint des Nymphéas !
Garden, 2015-2016, acrylique sur toile • © David Hockney / Photo Richard Schmidt
Le plus stylisé : Hiramatsu Reiji
Sept toiles et deux paravents du peintre japonais Hiramatsu Reiji (né en 1941) sont exposés au musée des impressionnismes de Giverny. Bien que très stylisées, les œuvres de cet adepte du nihonga (une technique traditionnelle nippone très méditative, impliquant des feuilles d’or et des pigments naturels) rend un vibrant hommage aux impressionnistes. Ses fragments de nature éphémère s’inspirent des cadrages de Monet, de son usage décoratif des végétaux, et de ses motifs favoris comme l’eau, les nénuphars et les rideaux de feuilles de saule.
Hiramatsu Reiji, Nymphéas et feuillage d’automne, 2010
3. Le plus stylisé : Hiramatsu Reiji
Sept toiles et deux paravents du peintre japonais Hiramatsu Reiji (né en 1941) sont exposés au musée des impressionnismes de Giverny. Bien que très stylisées, les œuvres de cet adepte du nihonga (une technique traditionnelle nippone très méditative, impliquant des feuilles d’or et des pigments naturels) rend un vibrant hommage aux impressionnistes. Ses fragments de nature éphémère s’inspirent des cadrages de Monet, de son usage décoratif des végétaux, et de ses motifs favoris comme l’eau, les nénuphars et les rideaux de feuilles de saule.
Nymphéas et feuillage d’automne, 2010 • © Hiramatsu Reiji / © musée des impressionnismes, Giverny
Le plus abstrait : Zao Wou-Ki
Tourbillons d’écume, bourrasques, eaux calmes, percées de soleil… Au cœur des grands formats abstraits et méditatifs de l’artiste chinois Zao Wou-Ki (1920-2013), les couleurs dansent de tourbillonnants ballets qui évoquent la poésie des éléments naturels. Également proche des expressionnistes américains et de la peinture chinoise ancestrale, le peintre s’inspire beaucoup de la liberté des impressionnistes (qu’il étudie avec émerveillement à Paris), de leurs émotions ressenties face à la nature, et de la prédominance chez eux du geste, de la couleur et de la lumière.
Zao Wou-Ki, Il ne fait jamais nuit – février 2005 – Diptyque, 2005
huile sur toile • 195 x 262 cm • Coll. particulière • © Adagp, Paris, 2024 / Photo Jean Louis Losi
Des Nymphéas... en Lego !
La popularité de l’impressionnisme a fait l’objet de multiples détournements. En 2022, l’artiste contemporain chinois Ai Weiwei a même réalisé une version illusionniste des Nymphéas de Monet composée de 650 000 briques de Lego. Une façon de leur rendre hommage tout en les désacralisant !
Ai Weiwei, Water Lilies #1, 2022
briques de Lego • 15 m de long • Coll. The Design Museum, Londres • © Ela Bialkowska/OKNO studio / Courtesy Ai Weiwei et Galleria Continua
En 2022, une exposition au musée de l’Orangerie mettait en lumière un aspect méconnu de l’œuvre des impressionnistes : Claude Monet, Camille Pissarro, Berthe Morisot, Mary Cassatt, Gustave Caillebotte, Edgar Degas et Marie Bracquemond se sont aventurés dans le domaine des arts décoratifs, produisant aussi bien des assiettes en porcelaine que des éventails, des vases, des paravents, et des panneaux décoratifs, et ornant même des meubles et des portes avec des fleurs et des paysages peints.
Camille Pissarro, Travailleurs dans les champs, dit aussi Travailleurs dans les champs (soleil couchant), éventail, 1883
gouache sur toile • 14,5 × 53,5 cm • Coll. particulière • © Musée d’Orsay / Patrice Schmidt
Le saviez-vous ?
Fin 2023, un projet d’éoliennes a été refusé par la préfète d’Eragny-sur-Epte (Oise), dans le but de préserver les paysages immortalisés au XIXe siècle par le peintre impressionniste Camille Pissarro !
À gauche, vue du village d’Eragny-sur-Epte. À droite, “Le Jardin de l’artiste” de Camille Pissarro en 1898
huile sur toile • 73,4 x 92,1 cm • Coll. National Gallery of Art, Washington DC • © NGA. Photo Christophe Rannou / Vexin Tourisme
11 musées à visiter
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Le musée d’Orsay
Installé dans une ancienne gare 1900 et consacré à l’art du XIXe siècle, ce sublime musée est surtout célèbre pour abriter la plus grande collection impressionniste au monde. Située au dernier étage, son exceptionnelle galerie des impressionnistes rassemble un nombre impressionnant de chefs-d’œuvre absolus de Monet, Renoir, Degas et Caillebotte (entre autres) et des plus célèbres néo-impressionnistes tels Seurat, Gauguin et Van Gogh.
voir toutes les imagesNef du musée d’Orsay
© UlyssePixel / Alamy / Hemis
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Le musée de l’Orangerie
Situé dans le jardin des Tuileries à Paris, ce musée offre une immersion totale et incontournable dans la peinture impressionniste grâce à ses deux salles ovales abritant les célébrissimes Nymphéas de Monet, ses ultimes chefs-d’œuvre en format panoramique.
voir toutes les imagesSalle des “Nymphéas” au musée de l’Orangerie, Paris
Photo Sophie Boegly / musée d'Orsay
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Le musée Marmottan Monet
Installé dans le bel hôtel particulier parisien de Paul Marmottan, le musée Marmottan Monet a reçu des donations exceptionnelles d’œuvres de Claude Monet et Berthe Morisot léguées par leurs descendants, ce qui fait de ce musée le dépositaire du premier fonds mondial d’œuvres de ces deux artistes : aujourd’hui, il possède notamment 81 œuvres de Morisot et 94 toiles de Monet, dont plusieurs Ponts japonais et Nymphéas, et le célèbre Impression, soleil levant !
voir toutes les imagesLa façade du musée Marmottan Monet
© musée Marmottan Monet
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Le Metropolitan Museum of Art de New York
Écrin de l’une des plus belles collections de peinture européenne au monde, le Met de New York possède un vaste ensemble de 37 toiles de Claude Monet et 21 de Paul Cézanne, ainsi que de superbes peintures de Mary Cassatt, Auguste Renoir et Vincent van Gogh, pour ne citer qu’eux !
voir toutes les imagesLe Metropolitan Museum of Art de New York
© P.Spiro / Alamy / Hemis
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L’Art Institute de Chicago
Femme à sa toilette de Berthe Morisot, Le Bain de l’enfant de Mary Cassatt, plusieurs meules de foin iconiques de Claude Monet, ou encore Rue de Paris, temps de pluie de Gustave Caillebotte constituent quelques exemples de la riche collection impressionniste de l’Art Institute de Chicago, qui reste l’une des plus importantes et qualitatives au monde.
voir toutes les imagesLes salles impressionnistes de la collection permanente de l’Art Institute, Chicago
© Art Institute Chicago
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La fondation Barnes à Philadelphie
Détentrice de l’une des plus grandes collections de peintures impressionnistes et postimpressionnistes au monde, la fondation Barnes de Philadelphie abrite en particulier un vaste ensemble d’œuvres d’Auguste Renoir.
voir toutes les imagesLa fondation Barnes à Philadelphie
Photo Michael Moran
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Le musée national de l’Art occidental à Tokyo
Fondé en 1959 à Tokyo et écrin de la collection d’art français de l’industriel Matsukata Kōjirō, ce musée japonais dédié à l’art occidental accueille pas moins de 14 œuvres de Claude Monet, mais aussi des peintures d’autres impressionnistes de renom comme Renoir, Pissarro et Sisley.
voir toutes les imagesLes “Nymphéas” de Claude Monet au musée national de l’Art occidental, Tokyo
© Iain Masterton / Alamy / Hemis
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La Courtauld Gallery à Londres
Affilié à l’Institut Courtauld de l’Université de Londres, ce musée détient de nombreuses œuvres impressionnistes de Claude Monet, Berthe Morisot, Auguste Renoir, Edgar Degas et Alfred Sisley (dont Neige à Louveciennes), ainsi que des peintures d’Édouard Manet (dont le fameux Un bar aux Folies Bergère), de Paul Cézanne et de néo-impressionnistes comme Van Gogh, Gauguin et Seurat.
voir toutes les imagesLa Courtauld Gallery, Londres
Photo Hufton+Crow
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Le Ny Carlsberg Glyptotek à Copenhague
Situé à quelques mètres des jardins de Tivoli, ce musée danois fondé en 1888 par le mécène Carl Jacobsen (fils du fondateur de la brasserie Carlsberg et qui a offert La Petite Sirène à la ville de Copenhague) recèle entre autres une importante collection de tableaux impressionnistes de Degas, Renoir, Monet et Pissarro, ainsi que plusieurs Gauguin et Van Gogh.
voir toutes les imagesNy Carlsberg Glyptotek à Copenhague
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Le MuMa Le Havre
Dans ce bâtiment contemporain situé à l’entrée du port du Havre, le visiteur peut admirer, entre autres, plusieurs Monet (dont des Nymphéas de 1904), L’Excursionniste de Renoir, Les Blanchisseuses de Degas, et plusieurs paysages d’Armand Guillaumin. Sans oublier de nombreuses peintures d’Eugène Boudin, mentor de Monet, ainsi qu’une importante collection d’œuvres postérieures à l’impressionnisme, dont de nombreuses de Raoul Dufy et du fauve Albert Marquet.
voir toutes les imagesVue intérieure du parcours d’exposition permanente du MuMa, musée d’Art moderne André-Malraux, au Havre
© MuMa Le Havre
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Le musée des impressionnismes de Giverny
Si sa collection contient peu d’œuvres majeures de Monet et consorts, ce musée en rassemble de nombreuses d’artistes inspirés par le mouvement. Moderne mais fondu dans le paysage, ce bâtiment comprend un jardin contemporain labellisé « Jardin remarquable » qui rend hommage aux couleurs des impressionnistes, et une vue sur les collines de Giverny, à deux pas de la maison de Monet. Tantôt constellé de coquelicots ou parsemé de meules de foin, ce paysage suit le rythme des saisons en souvenir des tableaux mythiques de l’impressionnisme !
voir toutes les imagesJardin du musée des Impressionnismes de Giverny
© DR
Nef du musée d’Orsay
© UlyssePixel / Alamy / Hemis
Salle des “Nymphéas” au musée de l’Orangerie, Paris
Photo Sophie Boegly / musée d'Orsay
La façade du musée Marmottan Monet
© musée Marmottan Monet
Le Metropolitan Museum of Art de New York
© P.Spiro / Alamy / Hemis
Les salles impressionnistes de la collection permanente de l’Art Institute, Chicago
© Art Institute Chicago
La fondation Barnes à Philadelphie
Photo Michael Moran
Les “Nymphéas” de Claude Monet au musée national de l’Art occidental, Tokyo
© Iain Masterton / Alamy / Hemis
La Courtauld Gallery, Londres
Photo Hufton+Crow
Ny Carlsberg Glyptotek à Copenhague
Vue intérieure du parcours d’exposition permanente du MuMa, musée d’Art moderne André-Malraux, au Havre
© MuMa Le Havre
Jardin du musée des Impressionnismes de Giverny
© DR
Paris 1874. Inventer l'impressionnisme
Le musée d’Orsay célèbre les 150 ans de l’impressionnisme. En effet, le 15 avril 1874, s’ouvrait la première exposition impressionniste, avec les œuvres de Monet, Renoir, Degas, Morisot, Pissarro, Sisley ou encore Cézanne, qui tous ont décidé de s’affranchir des règles en organisant leur propre exposition, en dehors des voies officielles. L’impressionnisme était né ! L’exposition retrace l’avènement d’un mouvement artistique surgi dans un monde en pleine mutation et reconstitue l'exposition sise dans l'ancien atelier de Nadar tout comme le Salon officiel organisée dans le palais de l'Industrie.
Paris 1874 – Inventer l’impressionnisme
Musée d'Orsay
Du 26 mars 2024 au 14 juillet 2024
Adresse : Esplanade Valéry Giscard d'Estaing • 75007 Paris
Billetterie Beaux Arts présentée par Come to Paris.
Pour fêter les 150 ans de l’impressionnisme, le musée d’Orsay ressuscite l’exposition fondatrice de 1874 grâce à une expérience immersive en réalité virtuelle : "Un soir avec les impressionnistes, Paris 1874". On peut ainsi revivre sa soirée inaugurale sur le boulevard des Capucines, mais faire connaissance avec ses membres fondateurs et assister à la réalisation de certains de leurs plus grands chefs-d'œuvre, à Bougival ou au Havre.
De plus, l'institution a décidé de prêter pour l'occasion 178 œuvres à 34 musées partenaires dans toute la France et jusqu'à l'île de La Réunion, pour une véritable fête nationale de l'impressionnisme !
« Un soir avec les impressionnistes. Paris 1874 », expédition immersive en réalité virtuelle proposée par le musée d’Orsay en parallèle de l’exposition « Paris 1874. Inventer l’impressionnisme »
© EXCURIO - GEDEON Experiences / Musée d’Orsay
Partir sur les traces des impressionnistes en Normandie !
De Chatou à Honfleur, sur des sentiers ou au fil de l’eau, de nombreux lieux charmants, jadis fréquentés par les impressionnistes, permettent de marcher sur leurs pas tout en s’offrant un bol d’air frais. Tous les trois ou quatre ans depuis 2010, le festival Normandie Impressionniste propose par ailleurs de nombreuses expositions et animations sur ce thème, déployées sur l’ensemble du territoire normand. Expositions Hockney et Whistler mais aussi projections lumineuses de Bob Wilson à Rouen, hommage de Zao Wou-Ki à Monet à Deauville, exposition sur l’impressionnisme et la mer à Giverny… Pour les 150 ans du mouvement, le programme s’annonce particulièrement riche !
Normandie impressionniste 2024
Du 22 mars 2024 au 22 septembre 2024
Coordination éditoriale : Florelle Guillaume assistée de Myrtille Mayaud-Dequero
Production et développement : Clémence Baudouin et Cécile Briard
Textes : Joséphine Bindé
Iconographie : Alexandra Buffet
Relecture : Mathieu Champalaune
Voix de Louis Leroy : Olivier Richard
Coordination vidéo et podcast : Diane Guédon
Pour découvrir tous les secrets de l'impressionnisme, plongez dans notre hors-série.
Dans cet ouvrage de 76 pages, disponible en français ou en anglais, Beaux Arts revient en profondeur sur le Paris des années 1870 et sur le paysage artistique qui voit alors émerger le jeune "clan des révoltés". Un numéro riche en illustrations, récits et décryptages qui explore la personnalité des futurs maîtres de l'impressionnisme et étudie le mouvement dans ses aspects les plus révolutionnaires.
